Soirée d’ouverture à Musica 2007

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès. 28-IX-2007. Bruno Mantovani (né en 1974) : Time Stretch (on Gesualdo) ; James Dillon (né en 1950) : Concerto pour piano Andromeda ; Igor Stravinsky (1882-1971) Le Sacre du Printemps. Noriko Kawai, piano. Orchestre Philharmonique de Liège Wallonie-Bruxelles ; Pascal Rophé, direction.

Festival Musica 2007

C’est le discours de Madame Christine Albanel, ministre de La Culture, nous assurant de son soutien dans le domaine de la musique d’aujourd’hui, qui ouvrait officiellement la 25ème édition du Festival Musica à Strasbourg. Cette manifestation internationale, assurément l’une des plus importantes pour la création contemporaine, en vertu du rayonnement et de l’envergure qu’a su lui donner l’équipe de direction de Jean-Dominique Marco, se déroulera cette année en trois longs week-ends – du Mercredi au Dimanche – mettant en vedette plusieurs personnalités du monde musical contemporain : le compositeur portugais Emmannuel Nunes tout d’abord, puis la jeune Coréenne Unsuk Chin (élève de disparu en 2006 à qui Musica rend parallèlement hommage), enfin le concepteur multi média Bernard Lang, dont l’opéra des « assassins » sera donné, à Bâle, en clôture du Festival.

S’ouvrant en grande pompe au Palais de la Musique et des Congrès avec, à l’affiche, rien moins que Le Sacre du Printemps de Stravinsky, le Festival recevait l’Orchestre Philharmonique de Liège dirigé par son chef titulaire, , dont la dernière participation parisienne au Festival Présences à Radio France laissait présager l’excellence de la prestation.

Compositeur emblématique de l’édition 2006, c’est dont on connaît l’étonnante fécondité, qui débutait le premier concert 2007 avec une nouvelle pièce d’orchestre – donnée ce soir en création française – Time Stretch (on Gesualdo), une œuvre pour grand orchestre, gorgée d’énergie et d’élans flamboyants, puisant assez paradoxalement à la source plutôt intimiste d’un madrigal du Ve Livre de Gesualdo – Prince de Venosa et compositeur assassin du XVIème siècle – dont Mantovani nous dévoile par instants les sonorités en filigrane, lorsque l’orchestre « se retire » comme un océan à marée basse, laissant miroiter de manière allusive les résonances du matériau d’origine. L’œuvre, puissante dans ses déploiements sonores et ses brusques « arrêts sur image », se nourrit de ces contrastes et ménage, dans des retenues spectaculaires, de superbes solos (tel celui de la clarinette au début de l’œuvre, virtuose et magistralement interprété) qui assurent au discours sa dramaturgie et son articulation formelle.

Investi corps et âme dans une mission – celle de la création – qu’il assume avec une sincérité et une exigence hors du commun, nous livre une vision lumineuse et fulgurante de cette nouvelle partition écrite, aux dires du compositeur, dans un instant de répit, entre deux actes de son opéra.

Un rien provocateur et pour le moins rapsodique, le Concerto pour piano du compositeur britannique suggère l’idée du montage cinématographique juxtaposant, par associations hasardeuses, des paysages sonores très disparates. Le piano, « déconcertant », ne met guère en valeur la prestation de Noriko Kawai, souvent « noyée » par les effets d’une percussion bruyante et très en dehors. Antithèse radicale du geste précis et volontaire de l’orchestre mantovanien, la musique sans nervure apparente de , qui puise davantage au jazz et aux pratiques improvisées, réclame de toute évidence une autre écoute ; mais quels en sont les objectifs véritables ?

Si, comme nous le rappelait Madame la ministre, Le Sacre du Printemps est désormais un classique du XXe siècle, il n’en demeure pas moins l’entreprise la plus audacieuse qu’ait connue l’époque moderne et, en cela, l’œuvre occupe une position tout à fait particulière et solitaire dans l’histoire du siècle dernier. Avec une maîtrise exemplaire et une rigueur absolue dans la lecture rythmique et la précision des enchaînements, laissant s’épanouir dans la jouissance sonore ces « contrepoints de masses », Pascal Rophé nous livre le chef d’œuvre jusque dans ses moindres détails ; et notamment dans l’attention aux timbres et aux alliages subtils qui naissent dans l’Introduction de la deuxième partie et font de cette plage extatique une pure merveille sonore. Saluons les qualités individuelles de chaque pupitre, du valeureux bassoniste au jeune et fringant timbalier et l’investissement massif et communicatif d’un orchestre mené ce soir à un rare niveau d’excellence.

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