La Scène, Opéra, Opéras

Andrea Chénier, un opéra bien affûté

Plus de détails

Barcelone. Grand Théâtre du Liceu. 5-X-2007. Umberto Giordano (1867- 1948) : Andrea Chénier, drame historique en quatre actes sur un livret de Luigi Illica, créé le 28 mars 1896 à la Scala de Milan. Mise en scène et lumières : Philippe Arlaud. Costumes : Andrea Uhmann. Chorégraphie : Keith Morino. Production : The New National Theatre Foundation-Tokio. Avec José Cura, André Chénier ; Carlos Álvarez, Charles Gérard ; Deborah Voigt, Madeleine de Coigny ; Marina Rodríguez-Cusí, Bersi ; Viorica Cortez, Comtesse de Coigny ; Irina Mishura, Madelon ; Miguel Ángel Zapater, Roucher ; Enric Serra, Fléville et Fouquier-Tinville ; Philip Cutlip, Matthieu ; Francisco Vas, L’Incroyable ; Josep Ruiz, l’Abbé ; Vicenç Esteve Corbacho, Schmidt ; Manel Esteve Madrid, Dumas. Chœur et Orchestre symphonique du Grand Théâtre du Liceu (Chef de chœur : José Luis Basso). Direction musicale : Pinchas Steinberg.

Si les noms d’André Chénier et d’ sont aujourd’hui quasiment tombés dans l’oubli il nous reste heureusement en héritage ce drame historique en quatre actes dont le vérisme affirmé est caractéristique de ce mouvement italien apparu à la fin du XIXe siècle et tout droit issu du Naturalisme français. Si la partition et le livret sont, somme toute, d’un accès relativement aisé et plaisant pour le public, cet opéra peut devenir radieux pour peu que la mise en scène soit réussie et que les artistes ne sombrent pas dans un pathos exagéré.

L’argument est évidemment basé sur l’histoire même d’André Chénier, auteur notamment de « La Jeune Captive », qui après avoir soutenu la révolution française en tant que poète a fini par en critiquer les excès et les violences. Il fut jeté dans les geôles de Saint-Lazare et mourut en homme libre et courageux, refusant de se défendre devant le tribunal révolutionnaire. Son histoire a inspiré le mouvement vériste et a donné cet opéra dont l’auteur du livret n’est autre qu’Illica que l’on sait avoir aussi écrit les textes de La Bohème, Tosca, Madame Butterfly, etc. pour Puccini. Le librettiste donne une touche plus romantique à la réalité en imaginant une histoire d’amour tragique entre André Chénier et Madeleine de Coigny qui n’hésitera pas à soudoyer le geôlier pour prendre la place d’une femme emprisonnée afin de rejoindre son amant et le suivre dans la mort.

La version donnée au Liceu est, il faut le dire, très réussie. Tout dans le décor rappelle la terrible guillotine, l’angle de la lame est suggéré partout jusque dans les arbres penchés. Les acteurs se faufilent avec agilité et ponctualité entre les lames d’un décor qui s’ouvre, se referme et tourne pour donner différents points de vue sur les saynètes qui se jouent ici ou là, cisaillant l’espace et le temps. A la fin de chaque acte, le rideau tombe comme une terrible lame avec le bruit sinistre de la guillotine.

Du côté des acteurs, campe un André Chénier convaincant qui suscite les applaudissements à la fin de l’« Improvisation » de l’acte I. Il n’arrive cependant pas à la hauteur d’un qui impressionne vraiment dans le rôle de Charles Gérard. Tout y est, prestance, puissance, musicalité. Le baryton enchante un public qui lui réservera le meilleur de ses applaudissements et quelques bravos bien mérités lorsque le couperet tombe pour la dernière fois. Les bonnes impressions de Munich dans Rigoletto, Cologne dans un concert de gala ou Vienne dans Sulpice sont confirmées. est impliquée dans son rôle de Madeleine de Coigny. Elle ne ménage ni grave, ni aigu et nous offre un « La mamma morta » au troisième acte de toute beauté. Il faut dire que cette belle page qui commence dans le registre grave de la voix pour déboucher sur un lyrisme exalté à l’évocation de l’amour a tout pour séduire le public.

Formidable moment donc que vous vous devez de vivre si vous avez l’intention de vous rendre à Barcelone. Il vous reste les 11, 14 et 17 octobre 2007 pour pouvoir savourer cette version avec la même distribution.

Crédit photographique : © Grand Théâtre du Liceu / Antoni Bofill

Plus de détails

Barcelone. Grand Théâtre du Liceu. 5-X-2007. Umberto Giordano (1867- 1948) : Andrea Chénier, drame historique en quatre actes sur un livret de Luigi Illica, créé le 28 mars 1896 à la Scala de Milan. Mise en scène et lumières : Philippe Arlaud. Costumes : Andrea Uhmann. Chorégraphie : Keith Morino. Production : The New National Theatre Foundation-Tokio. Avec José Cura, André Chénier ; Carlos Álvarez, Charles Gérard ; Deborah Voigt, Madeleine de Coigny ; Marina Rodríguez-Cusí, Bersi ; Viorica Cortez, Comtesse de Coigny ; Irina Mishura, Madelon ; Miguel Ángel Zapater, Roucher ; Enric Serra, Fléville et Fouquier-Tinville ; Philip Cutlip, Matthieu ; Francisco Vas, L’Incroyable ; Josep Ruiz, l’Abbé ; Vicenç Esteve Corbacho, Schmidt ; Manel Esteve Madrid, Dumas. Chœur et Orchestre symphonique du Grand Théâtre du Liceu (Chef de chœur : José Luis Basso). Direction musicale : Pinchas Steinberg.

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.