La Scène, Opéra, Opéras

Médée à Bruxelles : musicalement exceptionnel, scéniquement indigent !

Plus de détails

Bruxelles. 15-IV-2008. Théâtre Royal de La Monnaie. Luigi Cherubini (1760-1842) : Médée, opéra-comique en trois actes. Livret de François-Benoît Hoffman. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski ; Décors et costumes : Malgorzata Szczesniak ; lumières : Felice Ross ; dramaturgie : Miron Hachenbeck ; vidéo : Denis Guéguin. Avec : Kurt Streit, Jason ; Nadja Michael, Médée ; Ekaterina Gubanova, Néris ; Philippe Rouillon, Créon ; Virginie Pochon, Dircée ; Violet Serena Noorduyn, Première servante ; Rachel Frenkel, Deuxième servante. Chœur de La Monnaie, direction : Piers Maxim ; Les Talens lyriques, direction : Christophe Rousset

La passe de trois ? Après une mouvementé Eugène Onéguine à Munich à l’automne dernier et quelques semaines après l’exceptionnel Parsifal à l’Opéra de Paris, le très recherché , s’attaque à Médée de Cherubini à La Monnaie de Bruxelles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce spectacle est dramaturgiquement un cruel échec scénique. L’histoire est plongée dans le quotidien glauque et peu reluisant de peoples « fashion-victimes » aux relents « bling bling ». Jason est une sorte de VIP avec des cheveux tressés et des costumes de parvenus, Néris, une jolie petite vierge, Créon un beauf parvenu qui se la joue avec des bermudas longs et ses grosses lunettes de soleil et Médée, visiblement, une ex-prostituée qui survit dans les bas fonds. La direction d’acteur, si souvent brillante chez le scénographe polonais, est ici bâclée et vide d’idées alors que les costumes disgracieux au possible détournent l’œil. On passe rapidement sur les multiples allusions assez obscures à la religion catholique des nonnes de la vidéo de présentation au crucifix sur scène. L’actualisation des œuvres du passée n’est en rien condamnable et c’est souvent un atout plus qu’appréciable mais quelle idée d’avoir réécrit les dialogues ! Certes la langue originale est peut être datée, mais ne vaut-il pas mieux un certain maniérisme linguistique que la soupe grossière servie par ce spectacle. On quitte drastiquement la magie de l’antiquité pour retrouver le monde d’un personnage connu pour avoir invectiver un passant lors d’une manifestation agricole avec ses « casse toi ». Ainsi, cette « proposition », comme le présente le petit fascicule joint au livre programme, verse dans : « toi l’étrangère ! La garce à l’œil farouche, à la bouche impie qui n’annonce que le mal, barre-toi, dégage ! ». Sans oublier le contraste entre un texte chanté qui pratique le « vous » et ce dialogue favorisant le « tu ».

Fort heureusement, la partie musicale était d’un très très haut niveau avec aux commandes un impérial caressant avec amour cette musique qu’il tire vers l’héritage de Gluck avec la légèreté bondissante des danses de Rameau. Sous cette battue inspirée, offrent un festival de couleurs à travers des interventions solistes (le basson !) admirables. Forte personnalité, la soprano est une Médée surdimensionnée avec une amplitude vocale souveraine et un timbre éclatant. Cette actrice chanteuse est possédée par le rôle s’impliquant à merveille dans son personnage de peste malfaisante. Ténor mozartien très demandé, fait valoir son timbre léger et sa connaissance des rôles des contemporains de Cherubini pour livrer une incarnation de haut vol. Ekaterina Gubanova est une Néris toute en finesse et subtilité alors que le vaillant Philippe Rouillon donne une leçon de chant et de prononciation. Le chœur de La Monnaie, visiblement heureux de se défouler, fait preuve d’homogénéité et de souplesse.

De cette production, on retiendra tout d’abord, l’intérêt musicologique car la partition jouée était la, très rare, version française de 1797, inspirée d’Euripide ; la direction de Rousset et le charisme scénique et vocal de . Côté mise en scène, on espère que Warlokowski, incontestable talent, se ressaisisse bien vite.

Crédit photographique : © Maarten Vanden Abeele

Plus de détails

Bruxelles. 15-IV-2008. Théâtre Royal de La Monnaie. Luigi Cherubini (1760-1842) : Médée, opéra-comique en trois actes. Livret de François-Benoît Hoffman. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski ; Décors et costumes : Malgorzata Szczesniak ; lumières : Felice Ross ; dramaturgie : Miron Hachenbeck ; vidéo : Denis Guéguin. Avec : Kurt Streit, Jason ; Nadja Michael, Médée ; Ekaterina Gubanova, Néris ; Philippe Rouillon, Créon ; Virginie Pochon, Dircée ; Violet Serena Noorduyn, Première servante ; Rachel Frenkel, Deuxième servante. Chœur de La Monnaie, direction : Piers Maxim ; Les Talens lyriques, direction : Christophe Rousset

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.