Un Benvenuto Cellini à la mitraille

À emporter, CD, Opéra

Hector Berlioz (1803-1869) : Benvenuto Cellini. Avec : Gregory Kunde, Benvenuto Cellini ; Laura Claycomb, Teresa  ; Darren Jeffery, Balducci ; Peter Coleman-Wright, Fieramosca ; Isabelle Cals, Ascanio  ; John Relyea, Le Pape Clément VII  ; Andrew Kennedy, Francesco ; Andrew Foster-Williams, Bernardino ; Alasdair Elliott, le Cabaretier  ; Jacques Imbrailo, Pompeo  ; London Symphony Chorus (chef de chœur : Joseph Cullen), London Symphony Orchestra, direction : Sir Colin Davis. 2 SACD LSO Live LSO0623. Enregistré au Barbican, Londres, en juillet 2007. Notice en anglais, français et allemand de David Cairns. Livret en français et anglais. Durée totale : 148’16’.

 

Dans une caricature fameuse de « L’illustration » de 1846, Berlioz dans une attitude impériale et flegmatique dirige un orchestre de cuivres – par douzaines – et de canons encore fumants. On peut y lire ce sous-titre vengeur : « Un concert à la mitraille ». Trente-cinq ans après avoir ressuscité Benvenuto Cellini, Sir repart à l’assaut de ce chef-d’œuvre et le fait avec une nouvelle dimension : il restitue à l’auditeur contemporain le sentiment d’assourdissement que les contemporains de Berlioz avaient pu ressentir en entendant sa musique.

Quand publia chez Phillips les premières intégrales des Troyens et surtout de Benvenuto Cellini, il marqua de manière indélébile la discographie par ce que l’on considérait à juste titre comme un double coup de maître. Seule limite à ces réussites, mais elle était de taille, les prises de sons étaient faites en studio, ce qui privait ces enregistrements de la flamme irremplaçable de l’enregistrement en concert. Or Berlioz n’est pas seulement compositeur, il est aussi poète et homme de théâtre. Sa musique ne brûle que sur les planches, elle se conçoit dans la magie de la scène. Fort heureusement, le label autoproduit LSO Live allait donner au Maestro Colin Davis la deuxième chance dont il avait besoin et que lui refusaient les autres labels. Son nouvel enregistrement des Troyens pour LSO Live fit jeu égal par la qualité de la distribution vocale avec celui pourtant exceptionnel de Phillips. Surtout il le dépassa par le feu irrésistible du direct qui transcendait artistes et musiciens. On attendait donc beaucoup du second Benvenuto, opéra dont Berlioz pensait avec raison, quatorze années après l’échec de sa création à l’Opéra de Paris en 1838 qu’il était d’une inventivité inégalée : « je viens de relire avec soin et la plus froide impartialité ma pauvre partition, et je ne puis m’empêcher d’y rencontrer une variété d’idées, une verve impétueuse, et un éclat de coloris musical que je ne retrouverai peut-être jamais et qui méritaient un meilleur sort ».

Comme pour Les Troyens, ce second Benvenuto Cellini marque un accomplissement dans la carrière de Colin Davis. Enregistré en version de concert, il a la vie théâtrale qui manquait à son aîné en studio. Toutefois, de même que le premier Benvenuto restait un cran en deçà des premiers Troyens, le nouveau Benvenuto reste en deçà des seconds Troyens. est un magnifique Benvenuto, mais la soprano colorature dans le rôle de Teresa est d’un format vocal trop large pour convaincre dans ce rôle de piquante jeune femme prête à tout pour l’amour du maître ciseleur. Du coup, elle peine à adopter la folle virtuosité de l’écriture de ses airs dans l’acte I. A l’entendre, parce que la voix est belle, on croirait que Berlioz ne sait pas écrire pour la voix. Le reste de la distribution est homogène et peine un peu sur la prononciation, à l’exception d’ qui se distingue en Ascanio.

Autre reproche fréquemment fait à Berlioz, comme on l’indiquait en ouverture, celui d’être bruyant. Le fait est que les ingénieurs du son ont déployé tout leur savoir-faire à mettre en avant les percussions au détriment de tous les autres instruments, et l’acoustique déplorablement sèche du Barbican les a aidés dans leur tâche. S’ils n’étaient pas anglais, de cette nation qui a honoré Berlioz quand les français le boudaient, on pourrait croire à un coup de Trafalgar. Ainsi le pyrotechnique chœur final du 1er acte « A nous voisines et servantes » est gâché par des tambourins de foire si frénétiquement agités qu’ils parviennent à couvrir l’orchestre et le chœur réunis ! Dans la scène de taverne « A boire, à boire », supposée latine et joyeuse, mailloches et timbales s’en donnent à cœur joie au point qu’on se demande si Benvenuto Cellini ne se serait pas subrepticement reconverti maître fondeur de canons aux usines Krupp. Quant au final de l’acte I, « Ah, cher canon du fort », il n’est même pas besoin de le commenter plus avant pour comprendre ce que les balance engineers en on fait. Ces défauts, s’ils sont en partie de la responsabilité de Colin Davis qui ne fait pas suffisamment preuve de la légèreté et de l’humour nécessaires, auraient toutefois pu être substantiellement gommés lors du mixage. Que cela n’ait pas été fait est très regrettable au regard de la qualité par ailleurs remarquable de cet enregistrement. Espérons que cela sera fait lors d’une prochaine réédition.

Au sommet de la discographie, on continuera à chérir la splendide réussite de avec l’Orchestre National de France, un enregistrement réalisé sur le vif à la Maison de Radio-France lors du bicentenaire de la naissance de Berlioz et publié par Virgin (Clef ResMusica). y réunit la verve, la passion, l’humour, l’invention qui donnent à l’opéra le plus controversé de Berlioz l’éclat d’un feu d’artifices.

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