La Esméralda révélée par Lawrence Foster

Festivals, La Scène, Opéra

Montpellier, 23-VII-2008. Louise Bertin (1805-1877) : La Esmeralda opéra en quatre actes ; version de concert ; livret de Victor Hugo d’après Notre Dame de Paris (création). Maya Boog, soprano, Esmeralda ; Manuel Núñez Camelino, ténor, Phœbus ; Francesco Ellero d’Artegna, basse, Claude Frollo ; Frédéric Antoun, ténor, Quasimodo ; Yves Saelens, ténor, Clopin ; Eugénie Danglade, mezzo-soprano, Fleur de Lys ; Eric Huchet, ténor, Vicomte de Gif ; Marie-France Gascard, soprano, Madame Aloïse de Gondelaurier ; Evgeniy Alexiev, baryton : Monsieur de Morlaix ; Marc Mazuir, baryton : Monsieur de Chevreuse ; Sherri Sassoon-Deshler, mezzo-soprano : Diane ; Alexandra Dauphin-Heiser, mezzo-soprano : Bérangère ; Gundars Dzilums, baryton : Pierre Torterue. Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon ; Chœur de la Radio Lettone ; Lawrence Foster, direction.

Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2008

L’ouvrage n’avait jamais été redonné depuis sa création en 1836 excepté dans la version piano/chant de Liszt en 2002 et 2007 lors des célébrations autour de Victor Hugo. «La Esméralda» de fut en effet volontairement mise à l’écart pour de multiples raisons, politique d’abord – la fille de Bertin, orléaniste et directeur du Journal des Débats n’était guère plébiscitée à l’époque ! – d’inconvenance également – surtout de la part d’une femme – la censure étant tombée sur le livret sulfureux d’Hugo lui interdisant de faire du volcanique Frollo un archidiacre. On alla jusqu’à mettre en doute l’authenticité du travail de la compositrice alors qu’elle avait déjà signé plusieurs ouvrages lyriques dont une des premières adaptations au XIXe siècle du Faust de Gœthe (Fausto en 1831). On sait que Berlioz assura toutes les répétitions et apporta quelques touches personnelles à la partition (se limitant semble-t-il à la péroraison de»l’air des cloches» de Quasimodo). Force est de reconnaître qu’à l’audition de l’ouvrage, la facture en est totalement originale, s’écartant de toute influence immédiate (on pense parfois à Mozart à la faveur des nombreux et merveilleux ensembles où les lignes vocales se délient savoureusement). Inventive et tout en nuances, l’écriture témoigne d’un sens aigu de la couleur (les cuivres sont souvent à découvert) et du ressort dramaturgique corseté par le verbe puissamment suggestif de son auteur.

Le livret s’éloigne sensiblement du célèbre roman d’Hugo, minimisant la présence de Quasimodo pour resserrer l’intrigue autour du trio Esméralda, Frollo et Phœbus qui, dans l’opéra, est le seul à mourir sous les coups de son rival. Après les quelques pages de l’Ouverture reliée directement à l’action – et dont l’orchestration perdue était restituée ce soir par Richard Dubugnon – c’est le chœur – celui de la Radio Lettone, précis autant que réactif – davantage mobilisé dans les deux premiers actes qui donne le ton (celui des truands dans la Cour des Miracles) et l’épaisseur dramatique du propos. /Esméralda campe avec beaucoup de personnalité la bohémienne aux aigus éclatants qu’elle saura nuancer comme dans l’émouvante «Romance» soutenue par le cor anglais – un des sommets de la partition – qu’elle chante au début de l’Acte IV. A ses côtés, la voix éminemment légère du très jeune ténor argentin Manuel Núñez Campelino (à peine 27ans) semble parfois un peu frêle, surtout dans les ensembles, mais confère une certaine élégance au bellâtre Phœbus. Quelque peu monolithique, la voix de Frollo – démoniaque Francesco Ellero d’Artegna – véhicule toute sa noirceur même si on eu souhaité plus d’éclat dans sa diction. Peu sollicité certes, le ténor ne s’illustre pas moins dans l’étonnante «chanson» de Quasimodo intervenant in extremis avant le dénouement.

Deux heures quinze d’une musique sans faiblesse – on en attend bien évidemment la version scénique – magistralement supervisée par à la tête de l’Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon ce soir encore très investi dans sa mission de découvreur.

Crédit photographique : photo © Luc Jennepin

 

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