Le Met en Forêt-Noire

La Scène, Opéra, Opéras

Baden-Baden, Festspielhaus. 03-X-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, comédie en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : Bartlett Sher. Décors : Michael Yeargan. Costumes : Catherine Zuber. Lumières : Christopher Akerlind. Avec : Anna Bonitatibus, Rosina ; Lawrence Brownlee, Il Conte Almaviva ; Franco Vassallo, Figaro ; Maurizio Muraro, Dottore Bartolo ; Reinhard Dorn, Basilio ; Manuela Bisceglie, Berta ; Roman Grübner, Fiorello / l’Officier ; Rob Besserer, Ambrogio. Alessandro Pianu, piano-forte. Balthasar Neumann Chor (chef de chœur : Walter Zeh), Balthasar Neumann Ensemble, direction : Thomas Hengelbrock.

Le Barbier de Séville

Rossini est le bienvenu en Forêt-Noire. Le festival de Bad-Wildbad explore le répertoire du Maître de Pesaro tous les étés depuis deux décennies. Et voici que, à moins de vingt kilomètres à vol d’oiseau, le festival d’automne de Baden-Baden programme son plus grand succès, le Barbier de Séville, avec le soin et le luxe coutumiers de ce théâtre.

Le luxe, c’est d’avoir importé la production du Metropolitan Opera, créée en novembre 2006, qui constitue une sorte de quintessence des qualités de l’opéra new-yorkais : d’abord un profond respect de l’œuvre et de la tradition (au sens noble du mot), sans volonté d’actualisation ou relecture intempestives, ensuite un évident amour du travail bien fait, visant une certaine perfection formelle. Michael Yeargan a ainsi construit des décors d’un goût parfait, faits de hautes portes de chêne blond et d’orangers en pots, dont la mobilité constante délimite les espaces et participe à l’agitation scénique (scène de l’orage par exemple). Catherine Zuber a, de même, dessiné des costumes somptueux d’époque XVIIIe siècle : perruques poudrées, chaussures à boucles et livrées soyeuses. Et cependant rien d’ennuyeux ou de convenu dans ce spectacle au prime abord si classique, grâce à la mise en scène soignée et inventive de Bartlett Sher. La direction d’acteurs très travaillée a su faire de chaque protagoniste un comédien authentique et drôle. Les gags font mouche sans excès ni vulgarité ; mention spéciale à l’hilarant Rob Besserer dans le rôle muet du domestique Ambrogio à qui arrivent tous les malheurs du monde. Enfin, Bartlett Sher utilise un praticable en avant de l’orchestre pour rapprocher les chanteurs du public aux moments-clés de l’œuvre.

Le soin, c’est celui apporté à la distribution, d’une grande qualité mais sans faire appel, cette fois, aux méga stars du monde lyrique. Faut-il y chercher l’explication d’un remplissage incomplet de l’immense salle du Festspielhaus ? Les absents, en tout cas, auront eu tort. Car en Rosine, la belle est tout simplement idéale : voix riche et profonde, registre grave exceptionnellement timbré, technique à toute épreuve et d’une aisance confondante, capacités de comédienne de haut niveau. Avec elle, la leçon de chant du second acte en devient réellement une, alternant dans un sourire trilles, messe di voce, vocalises liées ou staccato. Moins à l’aise dans l’extrême aigu, elle propose des variations originales et pleinement enthousiasmantes. Le Figaro virevoltant de est tout aussi excellent, débordant d’énergie scénique et vocale ; les aigus puissants et longuement tenus de son air d’entrée «Largo al factotum» impressionnent, ses dons d’acteur finissent de conquérir le public. Précédé d’une flatteuse réputation, déçoit quelque peu en Comte Almaviva. Vocalement pourtant, les moyens sont considérables ; le timbre corsé, sans nasalité aucune, la richesse des registres medium et graves – tout le contraire d’un tenorino – offrent à Almaviva une virilité qui n’est pas si fréquente. La technique est de haute école et sûre, lui autorisant un «Cessa di più resistere» d’une perfection d’exécution proche de l’idéal. Mais que l’acteur est apparu emprunté ! Quant au chanteur, qui donnait avec facilité récemment à Seattle le contre-fa de Arturo dans I Puritani, il s’est montré ce soir plutôt avare de suraigus, ne faisant que ceux que lui imposait la partition. campe un Docteur Bartholo très drôle et plutôt bien chantant, en dépit de quelques nasalités de l’émission et d’un assourdissement des aigus. En Basilio, Reinhard Dorn offre des mimiques inénarrables mais une voix usée à l’aigu laborieux.

Il ne manquait plus qu’une direction parfaitement enlevée pour faire de ce Barbier une totale réussite. , à la tête d’un Balthasar Neumann Ensemble et Chœur sans reproche, y parvient pleinement. La clarté d’articulation et la variété de timbres, que permet l’usage d’instruments d’époque, convient idéalement à la vivacité et à la richesse du discours rossinien. L’énergie et la précision de la direction, les accélérations de tempo compensent largement la palette dynamique plus limitée de l’orchestre et apportent un soutien efficace et attentif aux chanteurs.

En dépit des frimas et de la pluie d’un automne précoce, Rossini et son Barbier sont venus apporter le soleil et le sourire en terre badoise, dans une réalisation classique mais impeccable. Voilà certainement «un Barbiere di qualità»!

Crédit photographique : (Figaro) & (Bartolo) © Andrea Kremper

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