La Scène, Opéra, Opéras

Aida entre les murs

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Paris, salle Pleyel. 07-X-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida, opéra en quatre actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Version de concert. Avec : Hasmik Papian, Aida ; Nora Gubisch, Amnéris ; Badri Maisuradze, Radamès ; Nigel Smith, Amonasro ; Konstantin Gorry, le roi d’Egypte ; Martin Tzonev, Ramfis ; Sarah Pagin, la grande prêtresse ; Franck Bard, le messager. Chœur de l’Opéra National de Montpellier (chef de chœur : Noëlle Geny) ; Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Alain Altinoglu.

Après quatre soirées au Corum de Montpellier où la version de concert d’Aida faisait l’événement de rentrée, René Kœring déplaçait ses troupes à Pleyel, confiant la baguette à actuellement premier chef invité de l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon. Familier des plus grands décors naturels tels que les Thermes de Caracalla ou les Arènes de Vérone, cet opéra, commandé à Verdi par le khédive d’Egypte pour le théâtre du Caire et crée en 1871, se donnait ce soir «dans son plus simple appareil». Cette absence du «costume» écartait nécessairement tout déploiement de monumentalité en faveur des pages intimistes de l’ouvrage et d’une écriture particulièrement soignée qui sera menée par un Verdi vieillissant jusqu’à son accomplissement dans ses deux derniers ouvrages, Otello et Falstaff.

Habituée des scènes méridionales (Marseille, Montpellier, Toulouse, …) révèle de grandes qualités dramatiques – à haute tension dans le début du troisième acte avec Amonasro – à la faveur d’une voix puissante sinon profonde qu’elle sait nuancer de couleurs très diverses. On aurait souhaité une humanité plus chaleureuse pour ce personnage éminemment tragique mais la voix presque trop solaire d’ prend sa juste dimension dans le sublime chant céleste du duo d’amour et de mort terminant l’opéra. A ses côtés le ténor «lyrico spinto» Badri Maisuradze assume très/trop vaillamment le rôle de celui qui fut en définitive le héros le plus faible de Verdi. Voix ample et puissamment timbrée qui n’évite pas les stéréotypes, Bari Maisuradze campe un Radamès très monolithique dont la raideur patriotique ne laisse guère de place aux transports amoureux. Double également est le rôle d’Amnéris – le personnage préféré de Verdi – enfermé dans sa jalousie dont elle sera la propre victime. incarne cette femme conquérante avec beaucoup de tempérament et une voix d’une intensité vibrante et expressive qui sait capter son auditoire. en Amonasro fait une entrée très remarquée dans le deuxième acte par la vivacité du ton et l’aisance de sa diction qui rompt avantageusement avec le cérémonial figé en l’honneur du vainqueur. Sa voix relativement légère manquera cependant d’épaisseur dramatique et de mâle rugosité dans son duo furioso du troisième acte où l’on attend davantage les qualités du grand baryton verdien. Impressionnante autant que bien conduite, la voix du baryton-basse – souvent couplée à celle du roi d’Egypte/Konstantin Gorny – séduit dans son récit un rien solennel mais éminemment libre des premières pages de l’ouvrage même si l’aspect trop hiératique du grand prêtre Ramfis finit par affadir le propos. Pour son unique apparition suscitant une très belle intervention chorale, dans le rôle de la grande prêtresse apporte une touche orientale en chantant sa prière au sein de l’orchestre sur un ton plus sensuel que recueilli.

Convainquant dès le Prélude dont il assume avec soin tous les détails d’écriture, , très à l’écoute des chanteurs, mène une direction précise autant qu’efficace sans éviter certains éclats très intempestifs de l’orchestre qui ne servent en rien la dramaturgie. Forçant également un peu le trait, les chœurs confèrent une certaine rigidité aux scènes d’ensemble alors que leur chant en coulisse dans le quatrième acte est du plus bel effet. Les «bergeries» de la salle Pleyel offraient enfin une situation idéale pour la spatialisation des six trompettes droites à l’antique qui sonnèrent avec tout l’éclat souhaité dans la scène finale du second acte.

Crédit photographique : © Konrad Kuhn

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Paris, salle Pleyel. 07-X-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida, opéra en quatre actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Version de concert. Avec : Hasmik Papian, Aida ; Nora Gubisch, Amnéris ; Badri Maisuradze, Radamès ; Nigel Smith, Amonasro ; Konstantin Gorry, le roi d’Egypte ; Martin Tzonev, Ramfis ; Sarah Pagin, la grande prêtresse ; Franck Bard, le messager. Chœur de l’Opéra National de Montpellier (chef de chœur : Noëlle Geny) ; Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Alain Altinoglu.

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