Banniere-ClefsResmu-ok

Ernest Ansermet réédité

À emporter, Actus Prod, CD

Henri Dutilleux (né en 1916) : Symphonie n° 1. Bohuslav Martinů (1890-1959) : Symphonie n° 4. Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. 1 CD Cascavelle « Ernest Ansermet collection »VEL 3127. Code barre : 7619930 312713. Enregistrement live des 22 mars 1956 (Dutilleux) et 15 mars 1956 (Martinů) à la Radio Suisse Romande, Genève. AAD. Notice trilingue (français, anglais et allemand). Durée : 70’04’’

 

En 1969 disparaissait . Le chef d’orchestre, créateur de nombre d’œuvres de Stravinsky, Ravel ou Debussy, a toujours témoigné une certaine attirance pour le XXe siècle. Fondateur en 1918 de l’, il n’a cessé de le diriger jusqu’en 1967, soit 49 ans d’enregistrements, de concerts et de commandes. Lié par contrat exclusif à Decca, les prises «live» de ces performances dormaient tranquillement. Les droits étant levés, Cascavelle s’est donné pour mission d’enfin les dévoiler au grand jour.

Professeur de mathématiques (1906), Ansermet se rapproche irrémédiablement de la musique pour y briller des lustres durant. Après avoir étudié la direction d’orchestre en Allemagne avec Felix Mottl et Arthur Nikisch, il dirige au casino de Montreux (1912) et se lie d’amitié avec Ramuz et Stravinski. Il se fait un nom comme directeur des Ballets russes de Diaghilev (1915-1923) et fonde l’ en 1918. Il en assurera vaillamment la direction jusqu’en 1966. Ses interprétations de Ravel, Debussy et Stravinski le couvriront de gloire. Cet inconditionnel de la tonalité a abordé avec précision et passion un immense répertoire.

Quarante ans après sa disparition la «Collection » pilotée par la Radio Suisse Romande et le label Cascavelle nous convie à une (nouvelle) rencontre avec l’art du maître suisse. Ce volet retient un Français, (né en 1916) et un Tchèque (1890-1959). Du premier, il dirige dès 1956 et pour la première fois en Suisse, la Symphonie n° 1, chef-d’œuvre né en 1952 au Festival d’Aix-en-Provence par Jean Martinon. Sa vision de la «première œuvre d’orchestre importante» (selon les propos de Dutilleux) possède le rare pouvoir de conduire l’auditeur vierge vers la dégustation et l’adoption de cette symphonie singulière certes mais vitement attachante. Ansermet et Martinù se connaissaient intimement, le premier appréciant particulièrement «le caractère expressif de son œuvre». Il dirigea souvent sa musique dans le monde entier. La Symphonie n° 4 de Martinů (1945) reçoit elle aussi, à travers un enregistrement datant de mars 1976, une lecture parfaite, d’une grande clarté et d’une profonde poésie. Ansermet confia à son endroit : «Elle nous fait bien vivre les quatre états d’âme typiques de l’homme, qui seront incarnés dans les quatre mouvements classiques de la symphonie…».

En dépit d’un enregistrement monophonique et live, le résultat final justifie l’élection de ces deux gravures au rang des indispensables présences dans toute discothèque éclairée.

(1865-1914) : Symphonie n° 3 en si bémol mineur op. 11. (1851-1931) : Symphonie en sol majeur sur un chant montagnard «Cévenole» op. 25. , piano ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. 1 CD Cascavelle «Ernest Ansermet collection» VEL 3128. Code barre : 7619930312812. Enregistrement live les 25 septembre 1968 (Magnard) et 5 octobre 1955 (D’Indy) à la Radio Suisse Romande, Genève. AAD. Notice trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 64’55’’

Face à son orchestre de la Suisse Romande, Ansermet a souvent défendu un répertoire traditionnel de qualité, n’hésitant aucunement à aborder aussi des partitions récentes ou contemporaines. Dans cette démarche hautement louable la musique française aura été mise sur un piédestal flatteur et traitée de la meilleure manière qui soit.

Mais pour autant faut-il nécessairement ressortir des enregistrements insuffisamment aboutis ? On pense présentement à la Symphonie n° 3 en si bémol mineur d’ abordée avec une regrettable froideur et une restitution sonore notablement dommageable à l’écoute. Bien qu’enregistrée une douzaine d’années auparavant la Symphonie sur un chant montagnard «Cévenole», pour piano et orchestre en sol majeur de bénéficie à la fois d’une meilleure qualité sonore et d’un engagement formidable de la part du chef, ici réellement impliqué, de l’orchestre de la Suisse Romande, très bien disposé et enfin du pianiste, irréprochable et totalement au service de la partition en la personne de (1899-1972), figure incontournable tout au long de sa fameuse carrière et intimement attaché artistiquement à Ansermet en compagnie duquel il joua dans sa jeunesse, entre autres, Petrouchka de Stravinski. Ansermet, grand défenseur de Magnard qu’il dirigea très souvent a ouvert la voie au travail superlatif d’un qui deux décennies plus tard (Orchestre du Capitole de Toulouse, EMI, 1989) nous permettra d’en découvrir toutes les richesses dissimulées. Quant à Vincent d’Indy, son catalogue gagne depuis peu en diffusion et qualité (chez Timpani, avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg ou l’Orchestre de Bretagne) et esquisse encore un timide mais indéniable regain d’intérêt.

Benjamin Britten (1913-1976) : Les Illuminations* ; War Requiem**. (1885-1935) : Sieben frühe Lieder***. *, **, Chloé Owen***, sopranos ; Peter Pears, tenor ; Thomas Hemsley, baryton. Chœur de la Radio Suisse Romande, Chœur Pro Arte, Petit chœur du Collège Villamont (chef des chœurs : André Charlet), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. 2 CDs Cascavelle «Ernest Ansermet collection» VEL 3125. Code-barre : 7-619930-312515. Enregistré en public à la RSR Genève le 17 décembre 1953*, le 26 avril 1967** et le 5 novembre 1959***. AAD. Notice trilingue (français, anglais, allemand). Durée CD1 : 64’01’’ ; CD2 : 50’32’’

Ernest Ansermet, grand défenseur de la musique de son temps, abhorrait la musique sérielle. C’est donc fort logiquement qu’il s’est consacré, parmi ses contemporains, à Benjamin Britten, et que seul ait trouvé grâce à ses yeux et à ses oreilles chez les trois viennois.

Le présent enregistrement des Illuminations avait connu une réédition antérieure qui avait bouleversé la vision de ce cycle de mélodies de jeunesse de Britten. D’habitude confiée à un ténor (la partition ne l’indique pas, mais qui dit Britten dit souvent Pears) de préférence britannique, cette œuvre sur des textes de Rimbaud trouve une nouvelle luminosité avec la soprano . Les poèmes sont tous intégralement intelligibles, les cordes de l’OSR nerveuses à souhait, bref, une version idéale de ces Illuminations, malgré la qualité sonore (AAD) de l’enregistrement. Ansermet était aussi un habitué du War Requiem. En 1967, à la fin de sa vie, il livre une version électrisante de ce chef d’œuvre, entourés de solistes habitués à l’univers de Britten et de son chef de chœur «attitré», André Charlet. Malgré les liens d’amitié indéfectible qui liaient le chef au compositeur, Ansermet n’a jamais pu enregistrer du Britten, les deux artistes étant sous contrat exclusif chez Decca. Le temps a heureusement pu résoudre ce paradoxe, ces bandes de la RSR devenant d’autant plus émouvantes.

A l’origine de Britten fut Alban Berg. Ansermet, connu dans la musique française ou l’esthétique néoclassique, excelle aussi dans ce post-romantisme déliquescent. L’OSR est somptueux de sonorités, les Sieben frühe Lieder sonnent comme une série d’airs d’opéras en miniature avec la voix ample de Chloé Owen. Peu enregistré, ce cycle trouve ici une version idéale.

Article rédigé par Jean-Luc Caron (Dutilleux / Martinů ; Magnard / d’Indy) et Maxime Kaprielian (Britten / Berg)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.