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Ensemble Intercontemporain au gré des temps

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Cité de la musique. 06-II-2009. Claude Debussy (1862-1918) : Danse sacrée et danse profane. Unsuk Chin (née en 1961) : Double Concerto pour piano, percussion et dix neuf musiciens. Arnulf Herrmann (né en 1968) : Fiktive Tänze, 2ème cahier (création mondiale). Igor Stravinsky (1882-1971) : Ragtime ; Renard. Frédérique Cambreling, harpe, Dimitri Vassilakis, piano, Samuel Favre, percussion, Olivier Dumait, ténor ; Dmitri Voropaev, ténor ; Ronan Nédélec, baryton ; Maxim Mikhailov, basse. Ensemble Intercontemporain ; direction, Susanna Mälkki.

Inscrit dans la thématique «le temps de la danse» qui nous portait en cinq manifestations de l’antique légende du Ramayana à la création des «danses fictives» du compositeur allemand Arnulf Hermann, le concert de l’, ce vendredi 6 février, mettait en perspective le temps des «pères» – Debussy et Stravinsky – et la création d’aujourd’hui.

Elégantes et subtilement dosées entre cordes et harpe soliste, les sonorités envoûtantes des Danses de Debussy débutaient le concert dans la plus grande intimité. Debussy les avait écrites pour la harpe chromatique (à doubles cordes), conçue par Gustave Lyon pour la maison Pleyel et rapidement abandonnée au profit de l’instrument à pédales dont nous enchantait ce soir . L’acoustique peu réverbérante de la Cité de la Musique sert à merveille la Danse sacrée flottant dans une atmosphère poétique et lointaine inspirée des visions de la Grèce antique. Dans la Danse profane qui s’enchaîne sans pause, c’est sur le tissu soyeux des cordes rendu avec une homogénéité rare par les solistes de l’Ensemble que jaillissent les ruissellements de la harpe très en dehors dans un élan de sensualité qui nous traverse.

La fibre sensuelle parcourt également l’œuvre de la compositrice coréenne – élève de Ligeti à l’Académie de Hambourg – dont nous entendions ce soir le Double Concerto pour piano préparé et percussion, la reprise très attendue d’une commande de l’Intercontemporain créée au Festival Présences de Radio France en 2003. L’œuvre séduit d’emblée par sa luxuriance sonore et les effets inouïs obtenus par les combinaisons de timbres. Les sonorités savoureusement perverties du piano dont certains registres sont «préparés» s’associent aux différentes couleurs d’une percussion à hauteurs fixes (marimba, jeux de gongs, blocs chinois) parfois rehaussées par les résonances délocalisées d’un lithophone joué par un deuxième percussionniste. L’orchestre très fusionnel doit être «l’ombre» des parties solistes très exposées – impressionnants et Samuel Favre – qui impulsent toute l’énergie. Mais va parfois suspendre le cours de cette trajectoire virtuose par des plages de temps lisse – la part orientale de son vocabulaire – imprimant les courbes de sons glissés d’une dimension très plastique.

Le deuxième cahier des Fiktive tänze d’Arnulf Hermann, commande de l’Intercontemporain, était donné ce soir en création mondiale. Ecrites pour seize vents incluant la sonorité singulière des «tubas Wagner», ces danses détachées de toute référence chorégraphique, font admirablement sonner cet ensemble de «souffleurs» : en intégrant l’écriture en quart de tons qui colore le spectre harmonique et en diversifiant radicalement les allures, souvent «de guingois», fruit d’un travail rythmique approfondi. Après l’humour de la Danse grossière (n°2) sollicitant les cuivres gras, la vrille redoutable de la Danse en spirale (n°3) imprimant son schéma fixe sur les irrégularités de l’ensemble, met à l’œuvre des ressources insoupçonnées de la clarinette – étonnant – !

Le concert se terminait, thématique oblige, par deux pièces de Stravinsky composées à une époque (1915-1918) où toute sa musique est encore irriguée par le rythme, l’esprit de la danse et de la musique populaire. Sa découverte du jazz (par personne interposée) incite ce styliste hors norme à confronter le cymbalum hongrois au principe syncopé du Ragtime ; en résulte cette «perle» d’une saveur toute stravinskienne dont la direction de soulignait l’élégance. Quant à Renard, tiré du célèbre Roman de Renart, c’est une commande des Ballets russes de Diaghilev (1915) destinée à être jouée et dansée. Dans la version de concert de ce soir, desservie par l’acoustique de la salle des concerts, il nous manquait les tréteaux d’un théâtre au cadre chaleureux et la rusticité de ton – les voix peinent à s’affirmer, exceptée celle du ténor – pour apprécier à sa juste valeur la verve haute de cet authentique chef d’œuvre.

Crédit photographique : Unsuk Chin – DR

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