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Werther écorché vif à l’Opéra de Paris

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra-Bastille. 28-II-2009. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux sur un poème d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann. Version de Saint-Pétersbourg (1900) pour baryton. Mise en scène, décors et costumes : Jürgen Rose ; lumières : Michael Bauer et Jürgen Rose. Avec : Ludovic Tézier, Werther ; Susan Graham, Charlotte ; Franck Ferrari, Albert ; Adriana Kucerova, Sophie ; Alain Vernhes, le Bailli ; Christian Jean, Schmidt ; Christian Tréguier, Johann ; Vincent Delhoume, Brühlmann ; Letitia Singleton, Kätchen ; Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Gaël Darchen), Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Kent Nagano.

L’Opéra de Paris avait pour cette production de Werther de (qui nous vient du Bayerische Staatsoper de Munich) prévu de donner en alternance les deux versions, pour ténor (1892) et pour baryton (1900). Le forfait de Rolando Villazón était à prévoir. C’est donc Ludovic Tézier qui a assuré la première de cette série. Autant dire que les spectateurs n’ont absolument rien perdu.

Werther baryton ajoute à la profondeur et au romantisme du personnage. Le jeune homme désespéré et impulsif en changeant de tessiture se mue en un adulte dépressif. La mise en scène de en fait un poète éploré, clone de Lamartine, qui expie ses souffrances par l’écrit. Un rocher central, surmonté d’un bureau, représente le fort intérieur de Werther, dans lequel il s’isole pour épancher ses sentiments. L’action parfois se fige lors de certains airs ou ariosos du rôle principal, tel un procédé cinématographique de voix off commentant des images. Le décor unique se charge progressivement de vers manuscrits sur les murs et le sol. Dans cet espace scénique, les chanteurs ne sont jamais laissés à eux-mêmes, guidés au millimètre près. Une mise en scène d’une rare intelligence, qui met à nu les relations entre les personnages sans affèteries. Evidemment ce Werther sans Gretchen à nattes blondes et sans lederhose (la culotte / salopette traditionnelle bavaroise), transposé au début du XXe siècle, a provoqué quelques huées de spectateurs mal embouchés.

Quelques «bouh !» aussi pour , mais cela semble la mode à l’Opéra de Paris ces derniers temps. Pourtant l’ reste toujours la meilleure formation symphonique de la capitale. Le son est généreux, les subtils détails de l’orchestration de Massenet (dont les fameux solos de saxophone) sont mis en valeur, jamais les voix ne sont couvertes. Le plateau vocal est dans une forme éclatante. Certes, peine à prononcer le français mais présente un joli timbre un peu espiègle qui convient à Sophie. a une voix presque surdimensionnée pour le court rôle d’Albert. Les comprimarii sont excellents, à commencer par , tout comme le chœur d’enfants.

Bien sur les deux premiers rôles sont idéaux. est une Charlotte élégante, au français parfait, à la ligne de chant homogène et au timbre rond et généreux, qui livre une version anthologique de l’Air des lettres. Enfin ne pouvait qu’abattre les réticences de ceux qui ne jurent que par un Werther ténor. La forme vocale constatée l’avant-veille dans Lélio se confirme. Le chanteur est capable d’aigus filés pianissimi qui accentuent le coté «écorché vif» du personnage, comme en témoigne le fameux Lied d’Ossian, fait tout en délicatesse. Le timbre, légèrement plus clair que celui de Ferrari, permet une bonne différentiation vocale entre les deux barytons. Le triomphe au tomber du rideau est plus qu’amplement mérité.

Crédit photographique : (Werther) ; (Albert), (Charlotte), Ludovic Tézier (Werther) © Bernd Uhlig / Opéra National de Paris

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