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Un Faust de niveau international

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Toulouse, Théâtre du Capitole. 19-VI-2009. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Nicolas Joël ; décors : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Vinicio Cheli. Avec : Inva Mula, Marguerite ; Isabelle Vernet, Dame Marthe ; Giuseppe Filianoti, Faust ; Orlin Anastassov, Mephistophélès ; Andrew Schrœder, Valentin ; Blandine Staskiewicz, Siebel ; André Heybœr, Wagner. Chœur du Théâtre du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Patrick Marie Aubert), Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Emmanuel Plasson

Faust

Affichée «complet» bien avant la première, cette nouvelle production de Faust était extrêmement attendue. Dernière mise en scène proposée par Nicolas Joël aux toulousains avant son départ pour l’Opéra National de Paris, dernier spectacle de la saison, ce devait être une fête absolue. Fête il y a eu, mais pas sur tous les plans.

Tout d’abord la joie de voir Nicolas Joël venir saluer malgré les séquelles de l’attaque qu’il a subie. Le public lui a fait une ovation moins à propos de cette mise en scène qu’en raison des 20 magnifiques saisons proposées à Toulouse hissant cette ville bien souvent à un niveau international.

Cette production peut prétendre à cette excellence. Réunir des belles voix dans une telle homogénéité est une gageure que ce grand connaisseur des meilleurs chanteurs peut relever. Sa mise en scène comme à son habitude est très respectueuse de la partition. Elle s’appuie sur les décors et les superbes costumes de ses complices, et et limite les accessoires au spartiate. Les acteurs sont un peu trop sobres et sages.

est une Marguerite qui nous avait enchantés à Orange en 2008. Sa subtilité vocale reste magique surtout dans la conduite de la ligne de chant et les sons piano aériens. Signalons toutefois que l’appui devient lourd dans le bas médium et le grave. Des relâchements stylistiques et certains escamotages de trilles diminuent un peu la classe de cette artiste qui mise ici trop sur la splendeur d’une voix rare. Le personnage n’évolue ni vocalement ni psychologiquement avec une voix au fruité ensoleillé tout du long. fait vocalement honneur à ce rôle si lourd et complexe. Il chante vaillamment mais ne peut dessiner les autres facettes de Faust. La voix bénéficie d’un métal mâle avec de superbes aigus, un médium solide et des graves sonores. Un manque de colorations, de nuances et surtout d’humour lasse au bout du compte celui qui a encore dans l’oreille Roberto Alagna. Et surtout vocalement son style est bien trop italianisant avec larges portamenti et tenues trop longues sur les notes aigues.

a lui aussi une belle et grande voix, vaillante et richement timbrée. Il renoue avec la tradition des Méphistophélès slaves qui donnent au personnage un côté à la fois inquiétant et séducteur. Le style est relâché, le texte malmené mais son étrangeté dérange moins chez le diable qui vient toujours d’ailleurs. Ce qui est le plus remarquable est la théâtralité du personnage mâtiné d’humour. Il forme avec la Superbe Dame Marthe d’ un couple détonnant, débordant de théâtralité qui anime la scène du jardin. Car le style français, l’appui sur le texte, le respect de la prosodie qui dirige la ligne vocale c’est et André Heybœr qui le défendent ne lâchant rien de leur splendeur vocale pour autant. Leurs rôles sont courts mais déterminants par le retour du style et de l’esprit de Gounod. Qu’ils en soient remerciés ! et chantent admirablement des rôles particulièrement ingrats peu mis en valeur par la mise en scène.

La direction d’orchestre d’ est sans complexes. Très différente de celle de son père qui reste toujours une référence en particulier lors de ce Faust à Orange comme dans l’enregistrement chez EMI. Dès le prélude particulièrement sombre, le jeune chef ose des couleurs contrastées. La pâte sonore est très riche, ferme, épaisse et les tempi mesurés. Il ose ne pas atténuer ce que cette partition doit parfois à Meyerbeer. La valse qui clos l’acte II ne cherche plus à s’approcher d’un Landler mais tonne de la vigueur la plus lourdement terrienne, mettent en valeur les apartés entre Faust et Marguerite qui paraissent subtiles. Mais cette audace dans les fortissimi assez constante éloigne son interprétation d’un goût français pour aller vers le grand opéra international, parfois italien ou germanique d’autant que le chef est assez complaisant avec les chanteurs. Mais comment lui en vouloir devant la beauté vocale d’un tel plateau ? La splendeur de timbres de cet orchestre ? Le chœur impose un volume sonore constamment forte et ne bénéficie pas d’une direction d’acteur originale.

Nicola Joël propose donc un Faust privilégiant les voix, la force de la partition et le respect du goût du public comme les plus grandes scènes en rêveraient. Nul doute que Paris bénéficiera de son talent bien réel à monter des distributions parfaitement équilibrées qui a enchanté les heureux toulousains.

Crédit photographique : (Méphistophélès) & (Dame Marthe) ; (Marguerite) © Patrice Nin

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Toulouse, Théâtre du Capitole. 19-VI-2009. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Nicolas Joël ; décors : Ezio Frigerio ; costumes : Franca Squarciapino ; lumières : Vinicio Cheli. Avec : Inva Mula, Marguerite ; Isabelle Vernet, Dame Marthe ; Giuseppe Filianoti, Faust ; Orlin Anastassov, Mephistophélès ; Andrew Schrœder, Valentin ; Blandine Staskiewicz, Siebel ; André Heybœr, Wagner. Chœur du Théâtre du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Patrick Marie Aubert), Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Emmanuel Plasson

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