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Pastorale de Gérard Pesson, Paître côte à côte n’est pas vivre ensemble

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Paris, Théâtre du Châtelet. 20-VI-2009. Gérard Pesson (né en 1958) : Pastorale, opéra en 4 actes et 42 numéros sur un livret de Martin Kaltenecker, Philippe Beck et du compositeur, avec la collaboration de Hervé Péjaudier et Adrien Léveillé. Création scénique mondiale. Mise en scène, vidéo, décors, costumes et lumières : Pierrick Sorin ; Chorégraphique : Kamel Ouali ; Opérateur vidéo : Eric Perroys. Avec : Judith Gauthier, Astrée ; Olivier Dumait, Céladon ; Ivan Geissler, Listandre ; Marc Labonnette, Adamas ; Pierre Doyen, Listandre ; Marie-Eve Munger, Florice / Sylvie ; Hoda Sanz, Phillis ; Raphaëlle Dess, Diane ; Mélody Louledjian, Bergère 1 ; Amaya Dominguez, Bergère 2 / Léonide ; Sophie Leleu, Bergère 3 / Galathée ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Hylas ; Thomas Huertas, Lycidas. Chœur du Châtelet (chef de chœur : Alexandre Piquion), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Jean-Yves Ossonce

A force de faire passer des vessies pour des lanternes… Pastorale a été présenté comme un mélange des mondes, une passerelle entre la musique contemporaine et la variété, avec pour «caution» des chanteurs venus d’émissions télévisées de large audience et un chorégraphe officiant dans ce même milieu. Non, Pastorale de reste un opéra contemporain. Une bonne partie du public, se sentant flouée, a quitté peu à peu les lieux (de préférence bruyamment) et les applaudissements finaux ont été d’une rare mollesse.

Pourtant cette production méritait mieux. Pastorale serait-il un opéra maudit ? Créé en mai 2006 à Stuttgart, une grève du personnel du théâtre oblige à donner l’œuvre en version de concert. A Paris en 2009 l’affiche l’annonce presque comme un spectacle de divertissement. Il faut dire que a composé sur un livret impossible. Comment résumer en deux heures les plus de 5000 pages de L’Astrée, premier roman fleuve moderne écrit (et non achevé) par Honoré d’Urfé (1568-1625), œuvre à tiroirs dans laquelle les amours impossibles d’Astrée et de Céladon sont contrariées par une série d’intrigues politiques et de rites initiatiques ? L’intrigue de l’opéra, centrée autour des deux personnages principaux, se perd en détours divers qui n’ont plus lieu d’être, provocant ainsi des longueurs. Le style de Gérard Pesson, morcelé à l’extrême, apologie du détail et de la petite forme, ne réussit pas non plus à condenser un discours trop long. Quelques coupures ça et là permettraient d’avoir une œuvre à la dramaturgie plus concise, d’autant que l’écriture du livret est dans un délicieux français néoclassique et la musique d’une invention hors-normes.

On retrouve dans cette partition tout l’art de Gérard Pesson, une orchestration diaphane et inventive qui laisse la part belle aux percussions, un abus du figuralisme sonore, un éclatement du texte réparti à toutes les voix lors des scènes-clés (à l’instar de Forever Valley, son précédent opus lyrique), une pointe de néoclassicisme dans des passages parodiques (danses, madrigaux, airs) et quelques citations très courtes et appuyées à Ravel, Debussy et Mahler.

Si Pierrick Sorin se définit plus comme scénographe que metteur en scène, il ne tombe pas dans le même piège que La pietra del Paragone de Rossini, montée dans ce même théâtre, qui voyait des chanteurs immobiles devant un défilement d’images vidéos filmées en temps réel. Bien sur cette «caméra immédiate», élément obligé (en tout cas à la mode) de tout dispositif scénique actuel (cf Le Roi Roger au même moment à Bastille), est bien présente, avec de remarquables effets qui prolongent la fausse naïveté de l’intrigue. Le dispositif scénique reste simple et d’une remarquable efficacité. On reste plus circonspect en revanche devant la chorégraphie de , qui se résume à quelques pantomimes et mouvements de gymnastique…

Le plateau, formé de jeunes chanteurs prometteurs, n’appelle que des éloges. La discrète sonorisation, indispensable pour les deux chanteuses venues du monde de la variété, est discrète et bien dosée (contrairement à Welcome to the voice). De cette importante distribution (pas moins de 11 rôles), on peut retenir , rayonnante dans le rôle-titre et déjà bien remarquée dans Die Feen en mars dernier, , remarquable Céladon, (Adamas), et , chanteurs tout autant qu’acteurs, et ces deux chanteuses révélées respectivement par «Star Academy» (Hoda Sanz) et «La Nouvelle Star» (Raphaëlle Dess). Toutes deux sont des «chanteuses à voix», dotées d’une technique sûre (quoiqu’un peu trop de vibrato pour la première) et d’une habitude de la scène. Mais rien dans l’écriture vocale qui leur est confiée ne les distingue vraiment du reste de la troupe. Dans la fosse, dirige «son» Orchestre Symphonique de Tours qui se révèle une formation solide jouant avec assurance.

Cette production de Pastorale, mal présentée, mise en concurrence (du fait des dates de représentation) avec l’ultime spectacle de l’ère Mortier de l’Opéra National de Paris, n’a pas eu la diffusion qu’elle méritait. Dommage, car l’ensemble est homogène malgré les longueurs, et cet hommage à la comédie-ballet et à la «pastorale» du XVIIe siècle mérite plus et mieux. Peut-être qu’une reprise à Tours sera prévue…

Crédit photographique : (Hylas) & Raphaëlle Dess (Diane) © Marie-Noëlle Robert

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Paris, Théâtre du Châtelet. 20-VI-2009. Gérard Pesson (né en 1958) : Pastorale, opéra en 4 actes et 42 numéros sur un livret de Martin Kaltenecker, Philippe Beck et du compositeur, avec la collaboration de Hervé Péjaudier et Adrien Léveillé. Création scénique mondiale. Mise en scène, vidéo, décors, costumes et lumières : Pierrick Sorin ; Chorégraphique : Kamel Ouali ; Opérateur vidéo : Eric Perroys. Avec : Judith Gauthier, Astrée ; Olivier Dumait, Céladon ; Ivan Geissler, Listandre ; Marc Labonnette, Adamas ; Pierre Doyen, Listandre ; Marie-Eve Munger, Florice / Sylvie ; Hoda Sanz, Phillis ; Raphaëlle Dess, Diane ; Mélody Louledjian, Bergère 1 ; Amaya Dominguez, Bergère 2 / Léonide ; Sophie Leleu, Bergère 3 / Galathée ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Hylas ; Thomas Huertas, Lycidas. Chœur du Châtelet (chef de chœur : Alexandre Piquion), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Jean-Yves Ossonce

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