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Adriana Lecouvreur : Merci Monsieur Marcelo Álvarez !

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Turin. Teatro Regio. 05-VII-2006. Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes sur un livret d’Arturo Colautti. Mise en scène : Lorenzo Mariani. Décors : Nicola Rubertelli. Costumes : Luisa Spinatelli. Chorégraphie : Michele Merola. Lumières : Claudio Schmid. Avec : Micaela Carosi, Adriana Lecouvreur ; Marcelo Alavarez, Maurizio di Sasso ; Marianne Cornetti, La Principessa di Bouillon ; Alfonso Antoniozzi, Michonnet ; Simone De Saviole, il Principe di Bouillon ; Luca Casalin, l’Abbate ; Antonella De Chaira, Mademoiselle Jouvenot ; Patrizia Porzio, Mademoiselle Dangeville ; Carlo Bosi, Poisson ; Diego Matamoros, Quinault ; Giuseppe Verdi Milano, un Maggiordomo ; Carola Iannuzzi, la Cameriera. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Claudio Fenoglio), direction : Renato Palumbo.

Quand Arturo Toscanini affirmait que pour faire une bonne production d’Il Trovatore il suffisait d’avoir les quatre meilleurs chanteurs du monde, il aurait pu aisément généraliser sa citation et l’appliquer à presque tous les opéras. Ainsi est Adriana Lecouvreur même si cet opéra fait plus appel à de véritables acteurs. Des acteurs qui savent chanter plus que des chanteurs qui savent jouer.

Dans ce drame, Adriana est une actrice de théâtre, une véritable diva des planches. Qu’elle soit une star qui se prend au jeu ou qu’elle soit une artiste d’exception, peu importe, elle est un personnage lumineux, un être à part, une présence, un charisme qui survole tous les autres personnages. A l’opéra, n’est pas Adriana Lecouvreur qui veut. Il ne suffit pas de bien chanter, il faut chanter juste. Il faut chanter Adriana. Chanter le personnage. Ce n’est pas pour rien que les Renata Scotto, Joan Sutherland, Monserrat Caballé, Raina Kabaivanska ont marqué ce rôle. Sans oublier la plus grande Adriana d’entre toutes : . Sa mythique prestation du Théâtre San Carlo de Naples en 1959 reste un moment unique de la personnification de ce personnage non tant par la voix de mais par l’intensité et l’humanité qu’elle lui apporte.

Cinquante ans plus tard, c’est avec une nouvelle production du San Carlo de Naples que le Teatro Regio de Turin clôt sa saison lyrique. Opéra rarement programmé, l’événement est assez rare pour qu’il soit relevé. Une musique magnifique, un beau livret. Ce drame de la vengeance amoureuse, de la rivalité de deux femmes éperdument amoureuses du même homme est un chef d’œuvre de l’opéra vériste, un régal musical. Le chef l’a bien compris lorsqu’il entraîne l’Orchestre du Teatro Regio dans les couleurs claires obscures de la partition. Que de belles nuances il apporte, que de sensibilité musicale il offre, quel admirable soutien aux chanteurs.

Si sur la scène, le spectacle est beau, les costumes superbement dessinés, le décor intéressant et les éclairages en phase avec le drame, la mise en scène de reste noyée dans la tradition la plus totale. Sans grande inventivité, elle se contente de raconter, de déplacer les protagonistes, sans que la caractérisation des personnages soit particulièrement recherchée. Peut-être comptait-il sur la personnalité des chanteurs pour faire vivre l’intrigue. Malheureusement, sans la générosité débordante d’un bouleversant Marcelo Alvarez (Maurizio), le spectacle serait resté dans la grisaille théâtrale. Dans le rôle-titre, chante correctement sans jamais être le personnage. La voix de la soprano italienne reste trop blanche pour laisse soupçonner les tourments de son personnage. Pourtant les deux romances principales de ce rôle figurent parmi les plus belles pages de l’art lyrique. Comme si la soprano italienne ne réalisait pas les mots qui jalonnent ses «Io son l’umile ancella» et «Poveri fiori», qui restent nus de sens. Avec une voix plus grosse que grande, la mezzo américaine (La Princesse de Bouillon) ne convainc guère non plus. De son côté, Alfonso Antoniozzi (Michonnet) reste un peu trop sur la retenue pour le directeur de théâtre qu’il doit incarner et est trop vite résigné dans sa quête amoureuse. Cette attitude de perdant transparaît autant dans sa voix sans grande lumière que dans son jeu trop retenu.

Le plaisir de la scène, la lumière vocale surgit avec la prestation sans modération du ténor Marcelo Alvarez (Maurizio). Si certains pourraient lui reprocher une manière peut-être surannée de chanter, la mode étant au non-effet vocal, la générosité du ténor colombien donne du baume au cœur de tout véritable amateur d’opéra. Marcelo Alvarez nous replonge dans le monde des Giuseppe di Stefano, des Mario del Monaco, des Franco Corelli. Avec cette générosité vocale qui a fait leur renommée, avec ce phrasé qui n’est pas sans rappeler , Marcelo Alvarez saigne de tout son être, s’engage sans compter dans l’intrigue. Le voir jouer, alors qu’il ne chante pas, montre l’importance qu’il donne à sa présence sur scène. Avec lui, il n’y a plus rien d’autre qui compte que d’être le personnage. L’émotion qu’il dégage dans son «Ho l’anima stanca» suscite l’enthousiasme du public qui l’applaudit pendant de longues minutes. Merci Monsieur Álvarez !

Crédit photographique : Marcelo Alvarez (Maurizio), (Adriana Lecouvreur) © Ramella & Giannese/Fondazione Teatro Regio di Torino

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Turin. Teatro Regio. 05-VII-2006. Francesco Cilea (1866-1950) : Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes sur un livret d’Arturo Colautti. Mise en scène : Lorenzo Mariani. Décors : Nicola Rubertelli. Costumes : Luisa Spinatelli. Chorégraphie : Michele Merola. Lumières : Claudio Schmid. Avec : Micaela Carosi, Adriana Lecouvreur ; Marcelo Alavarez, Maurizio di Sasso ; Marianne Cornetti, La Principessa di Bouillon ; Alfonso Antoniozzi, Michonnet ; Simone De Saviole, il Principe di Bouillon ; Luca Casalin, l’Abbate ; Antonella De Chaira, Mademoiselle Jouvenot ; Patrizia Porzio, Mademoiselle Dangeville ; Carlo Bosi, Poisson ; Diego Matamoros, Quinault ; Giuseppe Verdi Milano, un Maggiordomo ; Carola Iannuzzi, la Cameriera. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Claudio Fenoglio), direction : Renato Palumbo.

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