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Non, la Traviata n’est pas la Star Ac’

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Orange. Théâtre antique. 15-VII-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia. Assistants : Jane Piot et Gœffrey Carey. Scénographie : Jacques Gabel. Costumes : Catherine Leterrier. Chorégraphie : Sophie Tellier. Lumière : Franck Thévenon. Avec : Patrizia Ciofi, Violetta Valery ; Laura Brioli, Flora Bervoix ; Christine Labadens, Annina ; Vittorio Grigolo, Alfredo Germont ; Marzio Giossi, Giorgio Germont ; Stanislas de Barbeyrac, Gastone de Letorieres ; Jean-Marie Delpas, Il Barone Douphol ; Armando Noguera, Il Marchese d’Obigny ; Nicolas Courjal, Il Dottore Grenvil ; Julien Dran, Giuseppe ; Marc Malardenti, Il Commissionario ; Yvan Sautejeau, Il Domestico. Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand). Chœur de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon). Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque). Ensemble vocal des Chorégies d’Orange. Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (direction : Eric Belaud). Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung

La Traviata

Non, La Traviata n’est pas la Star Ac’. Certes le genre opéra n’est pas sacré, et il est agréable que le public manifeste son admiration. Mais lorsque des milliers de spectateurs applaudissent de façon mécanique dès qu’un aria se termine, ou même couvrent les dernières mesures ; et que de surcroît certains commentent à haute voix, alors là non, l’opéra n’est pas la Star Ac’! C’est la fête, pas la foire !

Oui, cette Traviata-là est une fête, une belle fête, somptueuse, élégante, d’un goût exquis. , qui avait également signé la récente mise en scène de Lucia de Lammermoor à Avignon – où l’on avait déjà applaudi une bonne partie de la même équipe technique et plusieurs des solistes -, a composé de beaux tableaux à la façon de David. Un long praticable fait glisser choristes et figurants, et déplace subtilement le lit omniprésent, lieu où se scellent une fois encore Eros et Thanatos. Une judicieuse avant-scène circulaire, autour de l’orchestre, permettra à Violetta puis Alfredo, d’offrir au public, au plus près des premiers rangs, une émotion en prise directe. Lumières et scénographie subliment le décor deux fois millénaire, caressant les pierres, offrant un écrin parfait aussi bien au déploiement des fêtes qu’à l’intimité de la chambre de Violetta. Les couleurs des costumes, pour leur part, sont intelligemment suggestives : dès le premier acte, sur une élégance en noir et blanc se détachent deux robes aux couleurs complémentaires : le rouge de la passion et le vert de la robe de bal de Violetta, couleur habituellement bannie du théâtre (les pigments d’autrefois, notamment dans les décors verts, étaient toxiques) et annonciatrice de la pâleur de la mort.

Mais la Traviata ce sont surtout des voix, avec une affiche prestigieuse. Effectivement, tous les solistes sont excellents. incarne une Violetta toute frémissante, avec une voix d’une pureté parfaite, déroulant son rôle avec la limpidité et l’apparente facilité qui sont l’apanage des grands artistes ; son timbre, sans être coloré, est joliment cristallin, et sait habiter avec la même classe toute la palette du rôle. Germont père impose sa belle prestance vocale et l’humanisation progressive de son personnage. Quant à (Alfredo), il a fait distribuer, avec les programmes, un feuillet sollicitant toute l’indulgence du public pour une récente rhinopharyngite – dans une période quasi caniculaire !- susceptible d’affecter sa prestation ; quelques soupçons de glissando hésitants, à l’acte I ont pu en effet donner le change. Mais on soupçonne là une coquetterie du divo, peut-être un clin d’œil à l’adresse du créateur du rôle en mars 1853, Lodovico Graziani, qui avait lui-même pris froid ? Car il a très vite recouvré «la plénitude de ses moyens habituels» selon les termes du communiqué. Avec sobriété dans le jeu mais dans la lumineuse chaleur d’une étoile montante, pardon : d’un jeune ténor qui ira loin. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France a su se montrer souple et délicat, accompagnant excellemment les voix sans jamais les couvrir, sous la baguette précise et rigoureuse de son chef , qui dirige sans partition.

La retransmission télévisée en direct a pu en donner confirmation de la réussite de cette production. Ne manquait au petit écran que la douceur de la nuit orangeoise, le souffle retenu de 8. 500 spectateurs – à guichets fermés pour les deux représentations -, et l’émotion palpable, toujours à fleur de peau et de voix… hors applaudissements intempestifs !

Notons que cette représentation du 15 juillet était accessible en audiodescription pour les déficients visuels grâce à la Fondation Orange. Par ailleurs, la convention de jumelage avec le Festival de Baalbeck signée il y a trois ans se concrétise : après les graves événements qui ont plusieurs fois endeuillé le Liban, voilà que cet été 2009, très précisément le 13 août, les Chorégies présenteront devant les colonnes mythiques du Temple de Bacchus, cette nouvelle production de La Traviata, que dirigera à Baalbeck , avec, dans le rôle-titre, la participation d’.

Crédit photographique : (Violetta Valery) ; (Alfredo Germont) © Philippe Gromelle

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Orange. Théâtre antique. 15-VII-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia. Assistants : Jane Piot et Gœffrey Carey. Scénographie : Jacques Gabel. Costumes : Catherine Leterrier. Chorégraphie : Sophie Tellier. Lumière : Franck Thévenon. Avec : Patrizia Ciofi, Violetta Valery ; Laura Brioli, Flora Bervoix ; Christine Labadens, Annina ; Vittorio Grigolo, Alfredo Germont ; Marzio Giossi, Giorgio Germont ; Stanislas de Barbeyrac, Gastone de Letorieres ; Jean-Marie Delpas, Il Barone Douphol ; Armando Noguera, Il Marchese d’Obigny ; Nicolas Courjal, Il Dottore Grenvil ; Julien Dran, Giuseppe ; Marc Malardenti, Il Commissionario ; Yvan Sautejeau, Il Domestico. Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand). Chœur de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon). Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque). Ensemble vocal des Chorégies d’Orange. Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (direction : Eric Belaud). Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung

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