Plus de détails

Montpellier. Opéra Berlioz-Le Corum. 28-VII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Ezio, opéra en trois actes sur un livret d’après Pietro Metastasio. Version de concert. Avec : Verónica Cangemi, Fulvia ; Kristina Hammarstrœm, Onoria ; Lawrence Zazzo, Ezio ; Sonia Prina, Valentiniano ; Vittorio Prato, Massimo ; Antonio Abete, Varo. Kammerorchesterbasel, direction : Attilio Cremonesi

Ezio

Ezio, le vingt-cinquième opéra de Haendel, ne connut, lors de sa création au King’s Theatre en janvier 1732, que cinq représentations. Haendel reprenait l’un des inusables livrets de Métastase (d’après une pièce de Thomas Corneille, Maximian, créée en 1662) déjà mis en musique par une quarantaine de compositeurs dont Hasse, Porpora, Jommelli et Gluck, pour ne citer que quelques uns d’entre eux. Le général Ezio revient à Rome, auréolé de son triomphe sur Attila lors de la bataille des Champs Catalauniques. L’empereur Valentiniano le reçoit avec les honneurs, mais sa fiancée Fulvia révèle à Ezio que son père, Massimo, l’a fiancée avec Valentiniano. En réalité, Massimo veut que sa fille épouse l’empereur pour pouvoir aisément assassiner celui qui autrefois a séduit son épouse. Valentiniano souhaite récompenser dignement le héros en lui offrant la main de sa propre sœur, Onoria. Ezio la refuse et réclame celle de Fulvia. Le héros est emprisonné car accusé à tort d’un attentat fomenté par Massimo contre l’empereur. Onoria devra épouser Attila et Fulvia Valentiniano tandis qu’Ezio est condamné à mort. Lorsque Massimo est découvert, Valentiniano se désole d’avoir envoyé un innocent à la mort. Mais Varo n’avait pu se résoudre à exécuter un ordre aussi injuste et Ezio réapparaît et peut enfin épouser Fulvia.

Le public anglais n’était pas sensible au théâtre psychologique de Métastase, dont il goûtait peu la complexité et ignorait la langue. Haendel n’eut donc recours aux livrets du poète italien que pour cinq de ses pasticci et trois de ses propres opéras (Sirœ, Ezio et Poro). Les difficultés matérielles qu’il rencontrait alors le menèrent à confier Ezio à une nouvelle équipe, après la défection de ses prime donne, la Cuzzoni et la Faustina, et du castrat alto Senesino. C’est peut-être la raison pour laquelle il sacrifie dans cet ouvrage la virtuosité vocale au profit d’une plus grande rhétorique du texte. Le rôle-titre reste en particulier confiné dans un registre mélancolique et une présence souvent passive. Ses airs restent sobrement accompagnés et ne débouchent jamais sur un matériau propre à briller et impressionner. Plus complexes sont les personnages de Valentiniano, tyran brutal mais surtout peu sûr de lui, dont l’inquiétude est marquée par les parties haletantes d’altos et de bassons dans «Tutto il timore», et surtout Massimo, à qui Haendel ne demande pas de virtuosité – il ne connaît pas encore bien l’interprète – mais dont il dessine le portrait par l’accompagnement. Les airs de Fulvia sont du meilleur Haendel – et seront repris par la suite. De ses cinq airs, on retient au moins «Finché un zeffiro», rêverie qui nécessite poésie et souffle, «La mia costanza», air de fureur à l’élan communicatif et «Ah non son io», dialogue de la soprano et de l’orchestre. C’est à Varo qu’échoient les airs plus spectaculaires de l’œuvre, notamment dans «Nasce al bosco» qui nécessite un large ambitus et permet à l’interprète de briller dans les vocalises et messe di voce.

En prima donna, Verónica Cangemi fait entendre une voix durcie qu’elle compense par son intelligence du rôle et sa technique indiscutable. «La mia costanza» emporte l’adhésion d’un public quelque peu assoupi par ce seria très traditionnel sans duo et pauvre en airs pyrotechniques. Kristina Hammarstrœm fait d’Onoria la seule chose que l’on peut en faire, un personnage élégique à qui est attribuée l’incontournable partie pastorale. rend justice au héros discret qu’est Ezio grâce à la chaleur de son timbre, la beauté de ses nuances et sa musicalité. L’aplomb et les couleurs cuivrées de sont on ne peut plus à leur place pour le rôle de Valentiniano, tyran qu’elle parvient à rendre touchant. se fait connaître dans le rôle porteur d’un père manipulateur et distille humour et ironie dans son rôle de courtisan et se fait remarquer par ses phrasés remarquables. Très homogène, la distribution parvient à donner vie à cette œuvre oubliée, et même s’il manque un peu de legato chez la basse et de rondeur chez la soprano, séduit par son engagement et sa capacité à habiter le texte de Métastase. N’étaient quelques imprécisions dans les passages les plus prestes, le placé sous la direction d’, n’appelle que les éloges, tant dans sa capacité à porter les solistes que pour un rendu orchestral élégant et coloré.

Crédit photographique : © Luc Jennepin

Plus de détails

Montpellier. Opéra Berlioz-Le Corum. 28-VII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Ezio, opéra en trois actes sur un livret d’après Pietro Metastasio. Version de concert. Avec : Verónica Cangemi, Fulvia ; Kristina Hammarstrœm, Onoria ; Lawrence Zazzo, Ezio ; Sonia Prina, Valentiniano ; Vittorio Prato, Massimo ; Antonio Abete, Varo. Kammerorchesterbasel, direction : Attilio Cremonesi

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.