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Les frères Porras déjantent La Périchole

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Lausanne. Salle Métropole. 26-XII-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en 3 actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Omar Porras. Décors : Fredy Porras. Costumes : Coralie Sanvoisin. Masques : Cécile Kretschmar Lumières : Mathias Roche. Avec : Brigitte Hool, La Périchole ; Emiliano Gonzalez Toro, Piquillo ; Patrick Rocca, Don Andres de Ribeira ; Humberto Ayerbe-Pino, Miguel de Panatellas ; Michel Vaissière, Pedro de Hinoyosa ; Elizabeth Bailey, Guadelina & Manuelita ; Antoinette Dennefeld, Berginella & Ninetta ; Madjouline Zérari, Brambilla & Frasquinella ; Jean-Pierre Gos, le marquis de Tarapote ; Daniel Capelle, le vieux prisonnier ; Orianne Moretti, Ninetta. Chœur de l’Opéra de Lausanne (cheffe de chœur : Véronique Carrot), Compagnie de ballets Omar Porras, Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Emmanuel Joel-Hornak

Un univers complètement déjanté, un paradis impossible, des personnages masqués, des décors fous, des comédiens, des chanteurs, des danseurs, un monde onirique complètement insensé.

L’incompréhensible choix de coiffes tirées de potagers ou de parterres fleuris, décorant la tête des personnages souligne le caractère volontairement extravagant du spectacle que le metteur en scène peint pour sa nouvelle production lyrique de La Périchole de à l’Opéra de Lausanne. On sait l’exubérance du metteur en scène colombien qu’on se prend à assimiler à celle de Jérôme Savary. Toutefois, les grosses ficelles de l’autre sont tout de même traitées avec un peu plus de finesse chez . Reste que l’excès des couleurs, la débauche des mouvements, les courses poursuite effrénées, les chutes et les gestes caricaturaux ne manquent pas. Un service minimum pour habiller la maigreur de l’argument de l’opéra-bouffe d’Offenbach.

La Périchole, chanteuse de rues et son ami, amant et compagnon d’infortune Piquillo tentent de convaincre sans succès les habitants de Lima de leur donner quelques pièces contre les airs qu’ils chantent. Tenaillée par la faim, pendant que Piquillo court les autres quartiers de la ville à la recherche du pécule de la journée, La Périchole s’endort. Bientôt réveillée par le vice-roi qui en tombe éperdument amoureux. Il l’emmène au palais, mais ne peut profiter de sa nouvelle compagne au titre qu’elle n’est pas mariée. Va comprendre ! Qu’à cela ne tienne, on l’épousera à Piquillo quoique s’étant refusé à épouser une femme qu’il ne connaît pas. Tout est bien qui finit bien !

Dans des décors de Fredy Porras, (frère du metteur en scène) d’un goût malheureusement pas très en phase avec la grâce de la musique d’Offenbach, les danseurs du ballet d’Omar Porras envahissent le plateau avec une énergie débordante et communicative qu’empoignent avec bonheur les chœurs de l’Opéra de Lausanne. On aurait aimé que cette verve ravisse tout autant l’orchestre Sinfonietta quelque peu submergé et surtout un plateau où certains solistes semblent confondre la subtilité et l’humour de cette musique avec une comédie tonitruante «à-la-Feydeau». On pense plus particulièrement à Humberto Ayerbe-Pino (Miguel de Panatellas) et à Michel Vaissière (Pedro de Hinoyosa) dont les interventions caricaturales donnaient une note plus vulgaire que grotesque. Si (Don Andres de Ribeira) est un vice-roi sans grande élégance, sa présence scénique rachète un chant «parlé» un peu fruste. Certes, avec un démarrage sur les chapeaux de roue, ce spectacle tonique en diable peine à tenir le même rythme durant toute la soirée. Ainsi passé l’entracte, les scènes tombent dans une certaine confusion que de bruyantes interventions chorales n’arrivent pas à réveiller. Le metteur en scène d’habitude si prompt à régler les grands ensembles se perd dans le désordre que des policières en mini-jupes tentent de contenir dans un banal ballet. Il faudra attendre le feu d’artifice final et les serpentins traversant la salle pour oublier brusquement le conventionnel qui tendait à s’installer.

Pour sa prise de rôle, la soprano neuchâteloise campe une Périchole attrayante quoiqu’inégale. Si son «Je suis un peu grise» s’avère d’une belle drôlerie avec le culot d’y inclure une éructation sonore exhalant la stupeur du public, elle est apparue parfois manquant de puissance vocale dans les ensembles. Admirable soliste, son «Je t’adore, brigand» la montre au mieux de son expressivité vocale et théâtrale. Se contorsionnant aux pieds de son amant en jouant de son physique avenant, elle se fait convaincante alliant sa sensualité à sa belle technique de voix. A ses côtés, si on eût aimé que le Piquillo du ténor genevois jouisse d’une projection vocale plus claire et d’une diction parlée plus intelligible, il s’engage admirablement dans son rôle lui réservant quelques attitudes comiques du plus bel effet.

Si le public lausannois s’est trouvé enchanté en réservant ses applaudissements nourris à tout le plateau, il restera le souvenir d’une production colorée qui aurait mérité une lecture musicale plus délicate et un dosage des effets scéniques mieux répartis pour faire de cette production un véritable triomphe. Au sortir, il n’était pas rare d’entendre ci et là quelques spectateurs chantonnant des bribes de mélodies entendues pendant la soirée. Encore une fois, c’est Offenbach qui aura gagné !

Crédits photographiques : (La Périchole), (Piquillo) © Marc vanAppelghem

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Lausanne. Salle Métropole. 26-XII-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en 3 actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Omar Porras. Décors : Fredy Porras. Costumes : Coralie Sanvoisin. Masques : Cécile Kretschmar Lumières : Mathias Roche. Avec : Brigitte Hool, La Périchole ; Emiliano Gonzalez Toro, Piquillo ; Patrick Rocca, Don Andres de Ribeira ; Humberto Ayerbe-Pino, Miguel de Panatellas ; Michel Vaissière, Pedro de Hinoyosa ; Elizabeth Bailey, Guadelina & Manuelita ; Antoinette Dennefeld, Berginella & Ninetta ; Madjouline Zérari, Brambilla & Frasquinella ; Jean-Pierre Gos, le marquis de Tarapote ; Daniel Capelle, le vieux prisonnier ; Orianne Moretti, Ninetta. Chœur de l’Opéra de Lausanne (cheffe de chœur : Véronique Carrot), Compagnie de ballets Omar Porras, Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Emmanuel Joel-Hornak

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