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La Vie parisienne à Nancy, du champagne sans les bulles

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 29-XII-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie parisienne, opéra-bouffe en quatre actes, sur un livret de Henri Meilhac & Ludovic Halévy. Mise en scène : Carlos Wagner. Décors : Rifail Ajdarpasic & Ariane Isabell Unfried. Costumes : Patrick Dutertre. Chapeaux : Estelle Ramousse. Lumières : Marie Nicolas. Chorégraphie : Ana Garcia. Avec : Peter Edelman, le Baron de Gondremarck ; Christophe Berry, Raoul de Gardefeu ; Armando Noguera, Bobinet ; Olivier Grand, Frick ; Loïc Félix, le Brésilien ; Abdellah Lasri, Prosper ; Julien Véronèse, Urbain ; José Luis Barreto, Alfred ; Maxime Perrotin, Joseph ; Jérémie Duval, Alphonse ; Elodie Méchain, Métella ; Mélanie Boisvert, Gabrielle ; Sophie Angebault, la Baronne Christine de Gondermarck ; Laure Baert, Pauline ; Julie Stancer, Clara ; Joanna Hinde, Léonie ; Lucy Strevens, Caroline ; Inna Jeskova, Julie ; Barbara Wysokinska, Augustine ; Valérie Barbier, Louise ; Pascal Desaux, Gontran ; Elizabeth Lanore, Charlotte ; Soon Cheon Yu, Albertine ; Robert Parize, l’Employé de gare. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler

Programmer un opéra-bouffe de pour les fêtes de fin d’année, c’est presque une évidence, la promesse d’une atmosphère joyeuse et débridée. Et quelle œuvre du compositeur allemand pourrait être mieux adaptée à la trêve des confiseurs que cette Vie parisienne, qui présente les festivités élégantes, un peu superficielles et abondamment arrosées de champagne du Paris haussmannien ?

On y attendait beaucoup de la mise en scène de et de son équipe, dont l’imagination et l’humour avaient conquis le public nancéien dans Les Neveux du Capitaine Grant. On retrouve ici le soin des décors de Rifail Ajdarpasic et Ariane Isabell Unfried – une alliance de piliers de Tour Eiffel et de Gare d’Orsay en texture de dentelle noire – ainsi que l’inventivité délirante des costumes de Patrick Dutertre et des chapeaux d’Estelle Ramousse, en particulier lors de l’arrivée des invités chez Bobinet au 3ème acte, traitée sous forme de défilé de haute-couture très réussi. Mais le Paris du Second Empire et l’esprit d’Offenbach, mélange de satire, de pastiche et d’allusions connotées, n’ont rien en commun avec la «Movida» madrilène. Question de culture peut-être, d’affinités sûrement, ne parvient pas pleinement à donner humour et souffle à son spectacle. Les airs chorégraphiés prennent la forme de numéros de music-hall, certes de belle facture, mais paraissent plaqués sur l’intrigue, manquant de liaison. Les longs dialogues sonnent déclamés, rarement vivants et suscitent quelques sourires épars mais nul rire franc. Très calibrée, trop respectueuse, il manque à cette mise en scène l’étincelle de folie et l’autodérision qu’Offenbach appelle.

La distribution se montre elle aussi globalement trop sage et un peu «coincée». Ce n’est pourtant pas le cas du Bobinet de ni de la Gabrielle de , véritables meneurs de revue, tous deux drôles, débordants d’énergie, excellents chanteurs-acteurs et, de plus, bons danseurs. Peter Edelman, vocalement impeccable, donne lui aussi beaucoup de relief à son Baron de Gondremarck constamment digne et dénué de ridicule. D’une vocalité moins transcendante mais acteur engagé, Olivier Grand réussit à convaincre avec son Frick rabelaisien haut en couleurs. On ne peut hélas pas en dire autant de la Métella très précautionneuse et rigide d’, du Gardefeu uniformément geignard et sous-dimensionné de , de la transparente Baronne de Gondremarck de ou du Brésilien ultra-light de Loïc Félix. En Prosper, Abdellah Lasri tire mieux son épingle du jeu grâce à sa faconde et ses accès de colère en arabe. En fait, il faut attendre le dernier final et les deux reprises du cancan aux saluts pour que tout ce petit monde finisse par se lâcher et que la fête et la joie de vivre envahissent le plateau. Un peu tard…

Même , qui dirige ici son répertoire de prédilection, qui s’était montré avec le même orchestre si vif et enjoué dans Wiener Blut, semble curieusement amorphe. Il peine à insuffler au plateau, à l’orchestre (propre mais sans brillant) et au chœur (correct mais sans panache) la gaieté et le pétillement adéquats. Une battue rythmique mécanique, de soudains alanguissements, d’innombrables décalages viennent entacher cette direction qu’on a connue plus inspirée et attentive.

Crédit photographique : © Opéra National de Lorraine

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 29-XII-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie parisienne, opéra-bouffe en quatre actes, sur un livret de Henri Meilhac & Ludovic Halévy. Mise en scène : Carlos Wagner. Décors : Rifail Ajdarpasic & Ariane Isabell Unfried. Costumes : Patrick Dutertre. Chapeaux : Estelle Ramousse. Lumières : Marie Nicolas. Chorégraphie : Ana Garcia. Avec : Peter Edelman, le Baron de Gondremarck ; Christophe Berry, Raoul de Gardefeu ; Armando Noguera, Bobinet ; Olivier Grand, Frick ; Loïc Félix, le Brésilien ; Abdellah Lasri, Prosper ; Julien Véronèse, Urbain ; José Luis Barreto, Alfred ; Maxime Perrotin, Joseph ; Jérémie Duval, Alphonse ; Elodie Méchain, Métella ; Mélanie Boisvert, Gabrielle ; Sophie Angebault, la Baronne Christine de Gondermarck ; Laure Baert, Pauline ; Julie Stancer, Clara ; Joanna Hinde, Léonie ; Lucy Strevens, Caroline ; Inna Jeskova, Julie ; Barbara Wysokinska, Augustine ; Valérie Barbier, Louise ; Pascal Desaux, Gontran ; Elizabeth Lanore, Charlotte ; Soon Cheon Yu, Albertine ; Robert Parize, l’Employé de gare. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler

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