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Guennadi le Terrible

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 07-V-2010. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : La Grande Pâque russe, ouverture op. 36 ; Concerto pour piano et orchestre en ut dièse mineur op. 30. Serge Prokofiev (1891-1953) : Ivan le Terrible op. 116a (arrangement d’Abram Stassevitch). Viktoria Postnikova, piano. Igor Chernevich, récitant. Larissa Diadkova, contralto. Alexei Tanovitski, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture & Geoffroy Jourdain). Orchestre de Paris, direction et récitant : Gennady Rozhdestvensky

L’année France-Russie nous concocte ces temps-ci des programmes 100% russes, sur des programmes rarement joués jusqu’alors, ainsi que l’occasion d’entendre plusieurs grands chefs de l’époque soviétique, Guennadi Rozhdestvensky ce soir, prochainement, …

Programme original donc, car La Grande Pâque russe n’est pas si souvent donnée. Immense thème et variations – dont le second solo de violon réveillait les auditeurs matinaux de France-Musique dans les années 90 – de près de quinze minutes, c’est évidemment une œuvre à l’orchestration flamboyante. Sous la direction de Gennady Rozhdestvensky, l’ se surpasse en sonorités somptueuses, malgré un manque d’épanchement romantique dans certains solos. Le chef sculpte littéralement le son, livrant une série d’images musicales au détriment de l’homogénéité du discours. Le très rare Concerto pour piano du même compositeur bénéficie du même traitement : son d’orchestre exceptionnel, mais une lecture très hétérogène. partage cette lecture : le son est projeté sans duretés, le piano n’est jamais couvert par l’orchestre, et l’ensemble sonne comme une série de miniatures musicales. En bis, la Barcarolle extraite des Saisons de Tchaïkovski – la pianiste rappelant justement au public que ce compositeur était né un 7 mai – d’une délicatesse inouïe.

La structure morcelée d’Ivan le Terrible convient mieux à la direction de Rozhdestvensky. Musique de film transformée en oratorio par Abram Stassevitch huit ans après le décès de Prokofiev, chaque chef d’orchestre puise dans le matériau musical pour s’approprier l’œuvre. A l’inverse de Vladimir Fesosseïev avec l’Orchestre Philharmonique de Radio-France en 2006, Guennadi Rozhdestvensky propose l’intégralité de cet Ivan le Terrible, moins la Polonaise (scène d’ouverture de la seconde partie du film d’Eisenstein), qui contrairement aux affirmations du programme du concert fait partie intégrante de l’oratorio remodelé par Stassevitch.

La réussite aurait été totale si… si le chef d’orchestre s’était contenté de diriger. Les parties d’Igor Chernevich en récitant ont été réduites à la portion congrue : quand Ivan Grozny, premier Tsar de Russie prend la parole, c’est le chef d’orchestre qui se retourne. Alternant le récit et la direction, Guennadi Rozhdestvensky «casse» un peu le rythme de l’œuvre, les morceaux ne s’enchaînant plus naturellement les uns aux autres. Au-delà de ces quelques réserves, un souffle épique règne sur un orchestre survolté, un Chœur de l’Orchestre de Paris en grande forme et une excellemment préparée. prête son timbre sombre pour ses deux airs, et on regrette la si courte intervention d’Alexei Tanovitski, découvert récemment dans un concert Rachmaninov avec l’Orchestre National de France.

L’année de la Russie en France ne fait que débuter au niveau musical. Espérons qu’elle se poursuive avec autant de qualité.

Crédit photographique : Guennadi Rozhdestvensky © DR

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