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Roland Petit, existentialisme et humanisme

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 24-IX-10. Ballet de l’Opéra National de Paris : Programme Roland Petit. Chorégraphies : Roland Petit. Le rendez-vous (1945). Argument : Jacques Prévert. Musique : Joseph Kosma. Décors : Brassaï. Rideau de scène : Pablo Picasso. Costumes : Mayo. Le loup (1953). Argument : Jean Anouilh et Georges Neveux. Musique : Henri Dutilleux. Décors et costumes : Carzou. Le jeune homme et la mort (1946). Argument : Jean Cocteau. Musique : Jean-Sébastien Bach, Passacaille en do mineur, BWV 582. Décors : Wakhevitch. Costumes : Karinska. Lumières : Jean-Michel Désiré. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre Colonne, direction : Yannis Pouspourikas.

Ne cherchons pas plus loin ! Avec , la France a eu ses Ballets Russes, juste après la seconde guerre mondiale. Petit aperçu avec cette remarquable soirée « patrimoine » qui enchaîne trois histoires d’amour tragiques.

Le répertoire de l’Opéra National de Paris recèle de véritables pépites. Leur exhumation permet de concocter des soirées patrimoniales tout à fait exceptionnelles, telle cette soirée qui ouvre la saison du Ballet à l’Opéra Garnier. Le rendez-vous n’a pas été dansé par la compagnie depuis 1995, trois années seulement après son entrée au répertoire. Et pourtant, quel générique ! Prévert pour l’argument, Kosma pour la musique, Brassaï pour les décors, Picasso pour le rideau. Roland Petit, jeune transfuge de l’Opéra de Paris, savait s’entourer en 1945… Paris libéré bruissait déjà de projets artistiques ambitieux et jetait les bases de la culture d’après-guerre, marquée par le jazz, l’existentialisme et un mode de vie bohème. Ce ballet, qui conte le destin tragique d’un homme ayant rendez-vous avec la « plus belle fille du monde », en est l’emblème…

C’est une réussite ! On s’étonne de la modernité des décors, constitué d’agrandissements de photographies noir et blanc de Brassaï ou de la nostalgie des mélodies de qui donnèrent naissance à la célébrissime chanson «Les feuilles mortes». Mais on admire surtout la chorégraphie et l’interprétation. La danse expressive, voir expressionniste de incarnant le jeune homme. Les développés lascifs en sandales hautes et collants noirs, essence même de la femme fatale selon . La résurgence du Mime Marceau, interprété par un Michael Denard déglingué. L’amusante composition, enfin, du bossu, ludion espiègle joué par .

Huit années séparent la création du Rendez vous, en 1945, et celle du Loup, en 1953. Sur un argument de Jean Cocteau, qui n’est pas sans rappeler celui de La Belle et la Bête, compose une partition symphonique très riche, une parfaite musique de ballet. Carzou, artiste alors à la mode, signe décors et costumes luxuriants, qui sont reproduits fidèlement dans cette superbe production. Avec sa roulotte de bohémiens et ses paysans agressifs, l’atmosphère du ballet n’est pas éloignée de celle des Forains, le premier succès de Roland Petit. Sa puissance narrative et chorégraphique n’est pas non plus sans rappeler les plus spectaculaires des Ballets Russes.

incarne une piquante bohémienne. , le jeune homme qui vient de se marier, se laisse séduire. Il est interverti avec un loup (, fier et craintif) qui craint la lumière du jour et le regard des hommes. La jeune fille (Emilie Cozette, lumineuse) hésite entre peur et fascination. Les scènes de groupe, à la gestuelle graphique, ont sans doute inspirées le chorégraphe suédois . Animalité et sincérité des sentiments sont en but à la vindicte populaire. Traqués, la bête et sa belle sont poursuivis par des paysans menaçants, armés de fourches. Dans un final bouleversant et haletant, la jeune femme choisit de mourir avec lui.

La soirée, qui avait exceptionnellement démarré par le délicieux rituel du défilé du Ballet, s’achève par une reprise du Jeune homme et la mort, l’un des plus célèbres ballets de Roland Petit. Le choix de pour cette prise de rôle est malheureux. Il offre certes toute sa fougue et un corps jeune, disponible pour les sauts et les élans de la chorégraphie, mais n’incarne pas vraiment son personnage. Face à lui, déploie un jeu trop mécanique et saccadé pour être glaçant et émouvant. Tentatrice, elle n’est pas suffisamment mystérieuse. La scène finale, sur les toits de Paris, est en revanche toujours aussi impressionnante avec sa potence, fichée en plein milieu, et la robe blanche et rouge de la mort.

Crédit photographique : et dans Le rendez-vous, Emilie Cozette et dans Le loup, et dans Le jeune homme et la mort © Anne Deniau/Opéra National de Paris

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