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Balanchine/Brown/Bausch, le sacre du Sacre

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Paris. Opéra Garnier. 12-XII-2010. Ballet de l’Opéra national de Paris  : George Balanchine/ Trisha Brown/ Pina Bausch. Apollon. Chorégraphie (1928) : George Balanchine. Musique : Igor Stravinsky. Avec Mathieu Ganio, Apollon ; Emilie Cozette, Terpsichore ; Myriam Ould-Braham, Calliope ; Nolwenn Daniel, Polymnie. O zlozony / O composite. Chorégraphie (2004) : Trisha Brown. Musique : Laurie Anderson. Décor : Vija Celmins. Costumes : Elisabeth Cannon. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Claire-Marie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt. Le Sacre du Printemps. Chorégraphie (1975) : Pina Bausch. Musique : Igor Stravinsky. Scénographie, costumes et lumières : Rolf Borzik. Avec Eleonora Abbagnato, l’Elue ; les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Vello Pähn.

Choc visuel et émotion esthétique pour la reprise du Sacre du printemps de , dans une soirée consacrée à trois chorégraphes majeurs du XXe siècle.

C’est par Le Sacre du printemps que l’on se doit de commencer cette chronique. Même si la couche de terre répandue sur le plateau sur laquelle danse les interprètes repousse nécessairement cette pièce en fin de soirée, marquant l’odorat, la vue et l’ouïe avec intensité. Depuis que la chorégraphe l’a confié au répertoire du , la version de égale en force et en émotion celles de Nijinsky, fondatrice en 1913, puis de à son arrivée à la tête des Ballets du XXe siècle à Bruxelles en 1959.

La reprise cette saison par la compagnie réunit des danseurs de plusieurs générations, des plus anciens (, Géraldine Wiart, , ) aux plus jeunes, qui ont bénéficié des conseils des quatre répétiteurs du Tanztheater de Wuppertal, Dominique Mercy, Mariko Aoyama, Josephine Ann-Endicot, Kenji Takagi. Dans cette œuvre, chaque danseur est unique et donne sa force, sa puissance et sa personnalité aux deux groupes d’hommes et de femmes.

D’une grande modernité, ils sont tels qu’en eux-mêmes, au naturel, cheveux retenus dans une simple queue de cheval pour les femmes, boucles au vent et barbe naissante pour les hommes, corps couverts de sueur et de terre, rejoignant ainsi la sauvagerie brute de la musique. Une musique interprétée avec brio et intensité par l’, sous la direction de Vello Pahn.

Dans ce sommet de tensions et de désirs exacerbés, tendus et tremblants, on ne sait jamais qui va être l’Elue, la femme donnée en sacrifice. Ce soir là, c’est qui est choisie par pour revêtir la robe rouge. Emmenée de force, elle a peur, elle demande de l’aide, comme une biche effarée prise dans les phares d’une voiture. Sa blondeur éthérée donne à son interprétation une certaine immatérialité, un contrepoint peut-être légèrement en retrait par rapport à la puissance tellurique de ce chef-d’œuvre. Mais l’émotion est intacte et se sent lors de saluts dans le regard des danseurs, émus et heureux, tout comme nous !

La soirée consacrée à trois chorégraphes majeurs du XXe siècle avait commencé par le merveilleux Apollon, chorégraphié en 1928 par . Dans le rôle d’Apollon, est divin, d’une superbe et impériale amplitude, d’une élégance folle. , fine, précieuse, élégante en Calliope est la plus balanchinienne des trois muses. , plus mûre, affiche une belle personnalité et beaucoup de caractère dans le rôle de Polymnie.

Emilie Cozette, enfin, moins ferme dans ses épaulements et ses bras, déçoit dans le rôle de Terpsichore. Dans son duo avec , elle recherche visiblement les applaudissements, alors que les deux danseurs ne se mettent pas en valeur l’un l’autre. Impeccablement maîtrisé et exécuté, le quatuor est néanmoins d’une très haute tenue, offrant aux quatre interprètes des rôles d’étoile (ou de première danseuse) à leur mesure.

Suivait O Zlozony / O composite, créé par en 2004 pour les danseurs de l’Opéra de Paris, sur des poèmes de Czeslaw Milosz et Edna St. Vincent Millay mis en musique par Laurie Anderson. Ce trio offre à un rôle d’une grande sobriété, qui montre son aisance dans le contemporain. Plus fluide, est un bon contrepoint à sa puissance tranquille, tandis que use de sa légèreté comme d’une plume, passant d’un homme à l’autre.

Décor de nuit étoilée, musique étrangement intime, il règne une très belle harmonie entre les danseurs qui se glissent dans les tempi mathématiques imaginés par la chorégraphe. Six alphabets pour chaque danseur, dont trois sont inspirés par le style classique et trois par la «postmodern dance», auxquels s’ajoutent trois ponctuations rythmiques. La pièce s’ouvre et se ferme par des portés époustouflants, exécutés avec un naturel et une évidence confondants. Un trio étonnant, paisible et fort pour une superbe soirée.

Crédit photographique : Le Sacre du printemps, de Pina Bausch. Claire Marie-Osta, et dans O Zlotony / O Composite de . Nicolas Le Riche dans O Zlotony / O Composite de Trisha Brown © Sébastien Mathé – Opéra national de Paris

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Paris. Opéra Garnier. 12-XII-2010. Ballet de l’Opéra national de Paris  : George Balanchine/ Trisha Brown/ Pina Bausch. Apollon. Chorégraphie (1928) : George Balanchine. Musique : Igor Stravinsky. Avec Mathieu Ganio, Apollon ; Emilie Cozette, Terpsichore ; Myriam Ould-Braham, Calliope ; Nolwenn Daniel, Polymnie. O zlozony / O composite. Chorégraphie (2004) : Trisha Brown. Musique : Laurie Anderson. Décor : Vija Celmins. Costumes : Elisabeth Cannon. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Claire-Marie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt. Le Sacre du Printemps. Chorégraphie (1975) : Pina Bausch. Musique : Igor Stravinsky. Scénographie, costumes et lumières : Rolf Borzik. Avec Eleonora Abbagnato, l’Elue ; les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Vello Pähn.

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