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Bénédicte Tauran, formidable fille de Mme Angot

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Lausanne. Métropole. 26-XII-2010. Charles Lecocq (1832-1918) : La Fille de Mme Angot, opéra comique en trois actes sur un livret de Clairville, Paul Siraudin et Victor Koning. Mise en scène : Anémone. Décors : Jean Haas. Costumes : Dominique Borg. Eclairages : Patrick Méuüs. Chorégraphie : Gianni Santucci. Avec Bénédicte Tauran, Clairette ; Emiliano Gonzalez Toro, Pomponnet ; Jean-Sébastien Bou, Ange Pitou ; Maryline Fallot, Mlle Lange ; Alain Vernhes, Larivaudière ; Michèle Lagrange, Amaranthe ; Frédéric Longbois, Trénitz ; Philippe Cantor, Louchard. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Direction : Véronique Carrot). Sinfonietta de Lausanne. Direction musicale : Nicolas Chalvin

De la soixantaine d’opéras composés par , seule La Fille de Mme Angot survit encore. Probablement grâce au seul charme de sa musique parce qu’au-delà de l’imbroglio amoureux, l’intrigue se révèle d’une faiblesse crasse. A noter toutefois qu’en toile de fond La Fille de Mme Angot dévoile des aspects politiques de la période du Directoire qui se prêteraient parfaitement à sa transposition à notre époque. Ce n’est pourtant pas l’option choisie par la metteure en scène Anémone, transfuge de la mythique troupe du Splendid. En fait de parti pris, Anémone n’en prend aucun. En lieu et place d’une mise en scène, elle se borne à une simple mise en place. De l’histoire, des enjeux entre les personnages, Anémone n’en dit rien. Conscient de la faiblesse du livret, n’aurait-il pas mieux valu enrichir l’argument dans la direction des acteurs, l’humour des situations, voir l’invention scénique ? Ici, tout se résume dans un défilé de personnages vêtus de jolis costumes dans un décor minimaliste. Des scènes colorées traduisant une volonté esthétique qui, sans le talent de certains protagonistes, iraient rejoindre la cohorte des spectacles de fin d’année comme on en voit, et on a vu, des centaines de fois ! Quand un metteur en scène n’a rien à raconter, il donne dans le convenu, le déjà vu.

Dans ces conditions, à quoi bon monter un opéra sans autre projet que de favoriser le costume et le décor ? Il ne suffit pas de déclarer à la presse, comme l’a fait Anémone, qu’on écoute en boucle La Fille de Mme Angot, qu’on en adore la musique, pour en réussir la mise en scène.

Devant le manque d’enjeu, l’ennui gagne le spectateur. A l’image des interludes animés par deux danseurs faisant leur numéro devant le rideau sans qu’on saisisse le lien de leur chorégraphie avec le spectacle. Il faudra alors fermer les yeux pour apprécier le charme des pages musicales qui ouvrent chacun des trois actes. L’occasion d’admirer la finesse de la baguette de dirigeant un très agréable et un Chœur de l’Opéra de Lausanne en verve.

Sur scène, avec leurs talents divers, les protagonistes se maintiennent au mieux de leurs moyens tant vocaux que théâtraux. Chacun tente de plaire avec des fortunes diverses. Ainsi le baryton (Ange Pitou) chante-t-il correctement sans offrir toutes les couleurs qu’il pourrait donner à un personnage paré de gouaille. Le métier d’ (Larivaudière) lui permet d’assurer un personnage de cocu magnifique crédible.

Quant à (Pomponnet), on regrettera de voir ce chanteur d’une si belle tenue vocale se débattre avec son personnage, un coiffeur traité d’une manière ridicule. A ses côtés, on retrouve la mezzo soprano Maryline Fallot (Mlle Lange), la Belle Hélène lausannoise d’il y a deux ans. Si la voix reste celle d’une bonne professionnelle, son jeu est bien pâle face à ce que le personnage débauché qu’elle incarne offre de possibilités.

Reste le rôle-titre confié à la soprano (Clairette). Elle tente d’animer la scène dans les deux premiers actes. Certes, elle se démène, elle s’exclame, elle bouge, mais il faudra attendre le dernier acte pour que son personnage s’épanouisse. Soudain, la pétulance, la joie de jouer, l’admirable comédienne et la splendide chanteuse surgissent. Elle régale son auditoire avec une voix d’une fraicheur extrême qui n’a d’égale que l’énergie exultant de son personnage. Avec sa prestation, il semble qu’enfin le spectacle prend forme, qu’enfin il exprime sa raison d’être. A elle seule, elle va déchainer les applaudissements du public qui ressent tout le talent communicatif de la soprano française. signe une performance qui devrait la porter sur le devant d’autres scènes, car outre son incroyable et touchante personnalité théâtrale, elle possède une voix d’une justesse de son et de couleurs peu commune. Merci à l’Opéra de Lausanne qui aura eu le grand mérite de donner son «enfin» premier grand rôle à cette jeune soprano, certainement l’un des plus grands espoirs de la comédie lyrique.

Le public lausannois a réservé un bel accueil à chaque protagoniste avec une ovation toute particulière à . Seule Anémone manquait au salut !

Crédit photographique : Bénédicte Tauran (Clairette), Maryline Fallot (Mlle Lange) © Opéra de Lausanne/Marc Vanappelghem

 

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Lausanne. Métropole. 26-XII-2010. Charles Lecocq (1832-1918) : La Fille de Mme Angot, opéra comique en trois actes sur un livret de Clairville, Paul Siraudin et Victor Koning. Mise en scène : Anémone. Décors : Jean Haas. Costumes : Dominique Borg. Eclairages : Patrick Méuüs. Chorégraphie : Gianni Santucci. Avec Bénédicte Tauran, Clairette ; Emiliano Gonzalez Toro, Pomponnet ; Jean-Sébastien Bou, Ange Pitou ; Maryline Fallot, Mlle Lange ; Alain Vernhes, Larivaudière ; Michèle Lagrange, Amaranthe ; Frédéric Longbois, Trénitz ; Philippe Cantor, Louchard. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Direction : Véronique Carrot). Sinfonietta de Lausanne. Direction musicale : Nicolas Chalvin

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