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Wayne McGregor, très loin de Francis Bacon

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Paris. Opéra Bastille. 11-VII-2011. Ballet de l’Opéra national de Paris : L’anatomie de la sensation, pour Francis Bacon. Chorégraphie : Wayne McGregor (création mondiale). Musique : Mark Anthony Turnage Blood on the Floor (1994). Scénographie : John Pawson. Costumes : Moritz Junge. Son : Willi Bopp. Lumières : Lucy Carter. Assistante du chorégraphe : Laïla Diallo. Ensemble InterContemporain (direction musicale : Peter Rundel) et John Parricelli (guitare électrique), Peter Erskine (batterie jazz), Martin Robertson (saxophone, clarinette), Michel Benita (guitare basse). Avec Amandine Albisson, Jérémie Bélingard, Audric Bezard, Aurélie Dupont Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Mathias Heymann, Josua Hoffalt, Myriam Ould-Braham, Alice Renavand, Simon Valastro, et les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Reportée pour cause de grève, l’unique création mondiale de la saison signée du Britannique déçoit. Une pluie d’étoiles ne suffit pas à compenser l’absence d’inspiration du chorégraphe.

Au lendemain de la mort de , disparu le 10 juillet à Genève, auquel cette représentation était dédiée, on mesure avec d’autant plus de cruauté l’absence de créativité et d’inventivité du chorégraphe . L’affiche était pourtant alléchante : pas moins de sept étoiles, dont le grand retour d’ après son congé de maternité, un hommage au peintre Francis Bacon et une partition jazz de en neuf mouvements, jouée par un au meilleur de sa forme.

Las, il en faut davantage pour nous faire vibrer sur le vaste plateau de l’Opéra Bastille ! Gardant en mémoire les tableaux du peintre Britannique, on cherche en vain la subversion, la dislocation des corps, l’horreur charnelle des tableaux qui trônent à la Tate Gallery ou ailleurs. Le duo de et Mathias Heyman qui ouvre le ballet perd de sa substance au fur et à mesure qu’il se transforme en lutte. Le solo de qui lui succède est aussi très décevant, sage et sans aucune transgression ni flamme. Il faut attendre le troisième mouvement (un quatuor) et ses éléments de décor métallique signés de l’architecte John Pawson, pour être davantage saisi.

En effet, l’écriture chorégraphique de Wayne McGregor peine à insuffler une personnalité à ces scènes successives. Arabesques, développés, mouvements ondulés et rampants ne suffisent pas à évoquer les corps torturés, les brèves étreintes, la chair à vif des tableaux de Francis Bacon. Plus grave, le chorégraphe ne profite pas suffisamment des corps et des techniques superbes qui lui sont offerts par les solistes du Ballet de l’Opéra de Paris pour écrire des mouvements ou des portés audacieux. Il se repose sur une élégance factice, restant à la surface des choses au lieu de proposer au spectateur un espace d’émotion, de réflexion, de frayeur peut-être.

Dans le quatrième mouvement, pourtant, le couple formé par et (notre photo) aurait pu être celui qui inspire, plus malléable et plus inquiétant que celui formé par et . Juste après, la seule danseuse à distiller un peu d’esprit, par sa souplesse et sa musicalité, à une séquence de boîte de jazz placée sous le rouge des projecteurs, est . Lui succède une sublime , voilée de noir, dont la maturité irradie dans un duo sensuel avec .

Mais ce qui manque le plus à Wayne McGregor est la musicalité. En témoigne l’unique séquence collective du ballet, sur un septième mouvement très rapide, qui se révèle brouillonne et illisible, malgré les ardents efforts des jeunes danseurs qui s’emmêlent les pinceaux ! Complice et ludique, le duo joyeux entre et qui précède le final ne compense pas une absence de vision et de radicalité qu’appelait la thématique du spectacle. Seule la quasi nudité, pudiquement voilée, du dernier mouvement, approche dans une grande confusion l’affolement des corps de Bacon. Le tout étant trop lisse et trop policé pour que l’on puisse y croire…

 

Crédit photographique : Anne Deniau

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Paris. Opéra Bastille. 11-VII-2011. Ballet de l’Opéra national de Paris : L’anatomie de la sensation, pour Francis Bacon. Chorégraphie : Wayne McGregor (création mondiale). Musique : Mark Anthony Turnage Blood on the Floor (1994). Scénographie : John Pawson. Costumes : Moritz Junge. Son : Willi Bopp. Lumières : Lucy Carter. Assistante du chorégraphe : Laïla Diallo. Ensemble InterContemporain (direction musicale : Peter Rundel) et John Parricelli (guitare électrique), Peter Erskine (batterie jazz), Martin Robertson (saxophone, clarinette), Michel Benita (guitare basse). Avec Amandine Albisson, Jérémie Bélingard, Audric Bezard, Aurélie Dupont Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Mathias Heymann, Josua Hoffalt, Myriam Ould-Braham, Alice Renavand, Simon Valastro, et les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

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