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Terribles enfants à Bordeaux

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Bordeaux, Grand-Théâtre. 20-XI-2011. Philip Glass (né en 1937) : Les Enfants terribles, opéra en 12 scènes sur un livret de Susan Marshall et du compositeur. Mise en scène, scénographie et lumières : Stéphane Vérité ; costumes : Hervé Poyedomenge ; images numériques : Romain Sosso. Avec : Chloé Briot, Elisabeth ; Amaya Dominguez, Dargelos / Agathe ; Olivier Dumait, Gérard / le Narrateur ; Guillaume Andrieux, Paul. Jean-Marc Fontana, Françoise Larrat, pianos ; Emmanuel Olivier, piano et direction musicale

Après une première production hexagonale au Théâtre de l’Athénée en 2009, Les Enfants terribles de Glass d’après Cocteau investissent le sud-ouest (au point de déborder en Espagne). Le sujet est connu, la forme est légère (trois pianos, quatre chanteurs, trois lieux d’action), l’objet lyrique idéal, adaptable à toute scène. Quant à la musique de , elle reste fidèle à elle-même.

Resituons ces Enfants terribles : Cocteau a élaboré dans son court roman un Pelléas trash. Le château d’Allemonde est la chambre de Paul et Elisabeth, le père malade est devenu une mère souffrante (mais reste toujours autant invisible), le frère ainé tyrannique est une grande sœur possessive, … Ici les choses ne sont pas dites à demi mais à moitié : tout n’est pas avoué, par peur ou honte plus que par timidité, et le mensonge et la manipulation règnent. Paul et Elisabeth, frère et sœur, ont une relation incestueuse. Agathe, collègue de travail d’Elisabeth, ressemble étrangement à Dargelos, un « mauvais garçon » dont le souvenir hante Paul depuis le lycée. Gérard, le meilleur ami de Paul, aime en secret Elisabeth. Et Agathe ressent de plus en plus de sentiments pour Paul. Mais rien ne se passe comme prévu : Elisabeth, mariée à un riche américain, est veuve le lendemain de ses noces. Jalouse d’Agathe, elle la pousse à épouser Gérard. Paul, pour se dégager de l’emprise de sa sœur, ingurgite du poison que lui a fait parvenir… Dargelos.

Sur ce quatuor à huis clos concentrant toutes les névroses humaines, a composé une véritable musique d’ameublement qui accompagne plus le drame qu’elle ne le sert. Nous avons droit aux habituelles boucles sonores répétées à l’envi, de préférence sur des accords mineurs et en ternaire. L’agacement minimaliste laisse peu à peu la place à un fond sonore hypnotique, le drame devient alors prépondérant. L’autre particularité de ces Enfants terribles est le besoin à la sonorisation des voix pour des raisons expressives. Le texte est primordial, la musique n’est ici qu’un support – et c’est une volonté du compositeur. Si les trois pianos, coordonnés par et parfaitement tenus par les trois musiciens, ne risquent pas de couvrir les chanteurs (excellents au demeurant), Glass a désiré s’affranchir des faiblesses de la voix humaine pour la plier aux besoins de la prosodie.

La mise en scène de , toute en retenue et sobriété, laisse apparaître clairement les affres sentimentaux des personnages. Les déplacements sont réduits au minimum, donnant ainsi plus de signification à chaque geste. Le décor est du même acabit : un vaste écran de fond, diffusant les créations numériques (forts belles et réussies) de Romain Sosso, délimite la scène. Le reste n’est qu’accessoires : deux lits, puis un seul, et un vaste tapis. Les chanteurs sont ainsi, vocalement et théâtralement, surexposés. Et ils font crânement face à ce défi.

Saluons ce quatuor vocal homogène, formé de jeunes chanteurs en début de carrière. Certes, doit encore soigner sa prononciation et accuse une certaine fatigue à la fin de l’opéra – mais le rôle de Gérard est particulièrement tendu, et il est le seul à devoir alterner parlé et chanté. et – à peine 50 ans à eux deux – forment un couple familial crédible, tant vocalement que physiquement. Tous les quatre sont aussi des acteurs accomplis, et on ne peut que leur souhaiter une carrière fructueuse. Dans Pelléas et Mélisande, œuvre de référence de ces Enfants terribles, peut-être ?

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Bordeaux, Grand-Théâtre. 20-XI-2011. Philip Glass (né en 1937) : Les Enfants terribles, opéra en 12 scènes sur un livret de Susan Marshall et du compositeur. Mise en scène, scénographie et lumières : Stéphane Vérité ; costumes : Hervé Poyedomenge ; images numériques : Romain Sosso. Avec : Chloé Briot, Elisabeth ; Amaya Dominguez, Dargelos / Agathe ; Olivier Dumait, Gérard / le Narrateur ; Guillaume Andrieux, Paul. Jean-Marc Fontana, Françoise Larrat, pianos ; Emmanuel Olivier, piano et direction musicale

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