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A Genève, un Comte Ory bâclé

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 18-XII-2011. Gioachino Rossini (1792-1868) : Le Comte Ory, opéra comique en 2 actes sur un livret de Eugène Scribe et Charles Delestre-Poirson. Mise en scène : Giancarlo Del Monaco. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Antonis Koroneos, Le Comte Ory ; Silvia Vázquez, La Comtesse Adèle ; Monica Bacelli, Isolier ; Jean-François Lapointe, Raimbaud ; Andrea Concetti, Le Gouverneur ; Isabelle Henriquez, Dame Ragonde ; Bénédicte Tauran, Alice ; Rémi Garin, Coryphée 1 ; Nicolas Carré, Coryphée 2 ; Emmanuelle Annoni Le Voyeur. Chœur du Grand Théâtre de Genève (direction : Ching-Lien Wu), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Paolo Arrivabeni

Rarement les applaudissements de tomber de rideau ont été aussi brefs et peu nourris. Deux saluts de toute la troupe sur le devant de la scène et, le rideau baissé, tout était terminé. Sans manifester bruyamment son insatisfaction, comme lors de certaines productions aux mises en scène tapageuses, le public genevois a exprimé sa déception à ce spectacle musicalement, vocalement, théâtralement et scéniquement inabouti.

Inabouti musicalement à cause d’un dirigé avec mollesse et pauvreté de couleurs par un peu inspiré. Inabouti vocalement parce que la majeure partie des solistes manquent de l’agilité nécessaire aux vocalises rossiniennes. Inabouti théâtralement parce que ne domine pas le burlesque des scènes. Et inabouti scéniquement parce qu’on ne fait rien du décor carton-pâte qui s’offre à ces scènes.

Pourtant tout avait bien commencé avec l’amusante et divertissante apparition de ce personnage en frac (Emmanuelle Annoni) qui, malgré sa petite taille, se lance avec des efforts surhumains, acrobatiques et comiques dans l’ouverture d’un énorme livre d’où émerge le décor du château de Formoutiers. Si son épuisante gymnastique occupe agréablement l’œil, sa (très grande) présence scénique distrait le public de l’écoute de la musique de l’ouverture.

Mais, tant pis, le décor duquel on extrait les figurines d’un coq, de quelques poules, d’un mouton, et d’une vache est attrayant. Arrivent les gens du village (magnifique Chœur du Grand Théâtre) entourant tapageusement le moine Raimbaud (). Tout ça bouge, s’agite, s’excite. On se prend à imaginer de folles envolées tant scéniques que vocales. Hélas, le soufflé retombe bien vite.

D’abord, dans sa mise en scène (d’un opéra à l’argument malgré tout bien mince), habituellement si talentueux à raconter les histoires (comme lors de son brillant Don Giovanni d’Avenches en 2009 semble avoir bâclé l’ouvrage. Ses scènes sans inventivité parsemées de quelques rares gags déraillent bientôt dans la vulgarité (ainsi le voyeur nu sous une gabardine scandalisant quelques fermières de passage). Ne sachant traiter cet opéra en vaudeville, il montre une farce grossière aux allures d’un mauvais spectacle de province. Déplaçant ses personnages dans une désolante convention, l’animation de certaines scènes sont laissées au « bon savoir » des protagonistes avec des résultats affligeants. Telle cette beuverie des « pèlerines » où, non dirigés, les personnages font un « n’importe-quoi » d’ivrognerie.

Vocalement, une fois de plus le Grand Théâtre de Genève n’a pas su choisir les voix idéales à ce style d’opéra. Pour la majorité d’entre eux incapables de vocaliser avec agilité, Rossini n’est guère servi. Seule (Isolier) démontre un bel abattage accompagné d’une voix piquante et bien dans l’esprit du compositeur. Vive, se déplaçant avec à propos dans l’espace de cette scène trop vide, elle reste l’interprète idéale de son rôle. Tout comme (Raimbaud) qui entame son rôle avec autorité, voire même avec un peu trop d’expressivité. Mais, pour le moins, avec ces deux-là, on comprend ce qu’ils chantent.

Ce n’est malheureusement pas le cas des autres protagonistes qui mettent en évidence le problème devenu récurrent aux productions lyriques genevoises : la totale absence de soin dans la diction et l’articulation des paroles. Certes le français est une langue difficile à chanter, mais avec les nombreuses semaines de préparation que Genève offre à ses solistes, il est inacceptable qu’une maison de cette réputation n’exige pas que cet aspect des choses soit mieux soigné. Donc, sans les surtitres, on se demande parfois dans quelle langue on chante. A commencer par le rôle-titre du ténor (Le Comte Ory). Annoncé souffrant, il semble toutefois que ses manquements vocaux et de prononciation française ne sont pas tous imputables à son indisposition. Pour d’identiques raisons, la basse Andrea Concetti (Le Gouverneur) ne convainc guère même si sa voix possède une belle étendue de registres.

Quant à la soprano (La Comtesse Adèle), elle semble posséder de réelles qualités vocales. Mais pas pour Rossini. Elle ne possède pas l’humour vocal nécessaire à ce répertoire. Lisse, elle manque singulièrement du sel que la cuisine rossinienne requiert. Cependant très habile, elle chante son premier air très proprement même si sans grand caractère. Toutefois, le terminant avec un magnifique son filé, elle force l’admiration et les applaudissements. Bien joué, avec une seule note elle rafle les suffrages du public !

C’est le Chœur du Grand Théâtre qui, une fois de plus, montre sa parfaite préparation musicale. Il n’est besoin à presque personne de ses membres de regarder le chef. Chacun sait quoi, où et quand : des pros !

Crédits photographiques : (Le Comte Ory), (Isolier), (La Comtesse Adèle) ; Jean-François Lapointe (Raimbaud), Andrea Concetti (Le Gouverneur), Antonis Koroneos (Le Comte Ory), (La Comtesse Adèle), Isabelle Henriquez (Dame Ragonde), (Isolier) © GTG / Vinvent Lepresle

 

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