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Alcina chez Ikea à Lausanne

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. 22-II-2012. Salle Métropole. Georg Friedrich Haendel (1685-1789) : Alcina, opéra en trois actes sur un livret d’Antonio Fanzaglia d’après l’Orlando Furioso de l’Arioste. Mise en scène : Marco Santi. Décors : Katrin Hieronimus. Costumes : Katharina Beth. Lumières : Guido Petzold. Vidéo : Kristian Breitenbach. Avec Olga Peretyatko, Alcina ; Florin Cesar Ouatu, Ruggiero ; Sophie Graf, Morgana ; Delphine Galou, Bradamante ; Juan Francisco Gatell, Oronte ; Giovanni Furlanetto, Melisso ; Paolo Lopez, Oberto. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef du chœur : Véronique Carrot). Tanzkompagnie des Theater St. Gallen. Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Ottavio Dantone

 Deux étages de bois montés sur pilotis, sorte de squelette d’un appartement façon Ikea, voilà l’univers poétique et paradisiaque imaginé par le metteur en scène et chorégraphe et sa décoratrice Katrin Hieronimus pour l’île dont Alcina est la reine. A l’arrière de ce maigre tréteau, un écran vidéo géant projette des images d’écoulements de peintures bleues, vertes ou rouges parasitant ce qui éventuellement pourrait se passer sur la scène.

Pourrait, parce qu’à l’évidence, si l’argument d’Alcina est celui d’une femme en constantes amours, une mangeuse d’hommes, la manière de traiter le propos par est lassante. Visuellement acceptables, les alanguissements sans cesse répétés de ses danseurs tout au long de l’opéra expriment toujours la même chose dans des redites et des redondances d’attitudes et de gestes. On aimerait qu’enfin nous raconte l’histoire plutôt que de nous rabâcher le climat dans lequel elle se déroule. Mais, le chorégraphe ne sait pas raconter, ni ne sait diriger des acteurs. Sinon, pour quel message, à quelles fins dramatiques déplace-t-il ses personnages aux étages de son échafaudage, qui passant par des escaliers, qui se hissant en montant sur des chaises de bureau ou des caisses ? Ajouter à cela des costumes puisés dans l’ère moderne, le plus souvent laids et mal ajustés, et le tableau de cette décevante Alcina est complet.

Resterait la musique, mais las ! Dès le premier mouvement de l’ouverture, l’ montre d’inquiétantes limites techniques dans les trilles des violons jouées à la débandade. Et la répétition tout aussi approximative de ces traits démontre une imprécision coupable de préparation orchestrale. Tout au long de la soirée, les fréquents décalages entre la fosse et le plateau soulignent une direction imprécise du chef italien , pourtant expérimenté dans l’exercice de ce répertoire.

 

Du côté des chanteurs, on attendait beaucoup de la soprano russe , vedette montante de l’art lyrique. Annoncée souffrante, sa prestation n’a heureusement rien laissé paraître de son malaise, si ce ne sont que de rares et insignifiantes hésitations. A l’image de son bel « Di, cor mio ». La voix reste toujours aussi plaisante, aussi bien conduite que celle qui nous avait charmé lors de son Rossignol de Stravinsky d’Aix-en-Provence, sa Susanna des Nozze à Paris en 2009 ou encore sa Gilda de Rigoletto à Avenches en 2011. Néanmoins une certaine déception habite sa prestation. L’absence totale de vocalises telles que l’exige l’actuel respect de la musique lyrique de Haendel dévoile les limites techniques de la soprano russe.

Des vocalises que lancent les autres protagonistes de cette aventure souvent avec bonheur, même si parfois elles divulguent l’inexpérience liée à leur jeunesse et leur inexpérience. Au contraire de la jeune soprano vaudoise (Morgana) qui, de prestations en prestations, affirme son joli talent et son évidente volonté de bien faire. Avec le charme de son timbre vocal et son engagement, elle est l’artiste la plus convaincante de ce plateau. A l’image de son air « Tornami a vaggheggiar » qui déclenche les premiers applaudissements d’un public jusque-là tiède. A ses côtés, la soprano (Bradamante) se révèle aussi capable de vocaliser avec aisance et de se fondre dans l’esprit musical de Händel.

Chez les messieurs, on reste plus mitigés. Si la projection vocale du ténor (Oronte) l’inscrit comme la figure vocale la plus intéressante du plateau masculin, le contre-ténor (Ruggiero) quoique possédant l’agilité des vocalises haendéliennes, manque sensiblement de legato. Tout comme fait défaut le registre grave de son instrument. Alors que la basse (Melisso) apparaît toujours hésitante et à la limite de la justesse, la voix pourtant virtuose du contre-ténor (Oberto) révèle une acidité de timbre parfois dérangeante.

Discret puisque s’exprimant depuis les coulisses, le Chœur de l’Opéra de Lausanne aurait peut-être mérité d’être mieux en vue.

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