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Pour célébrer le cent-cinquantenaire de Frédérick Delius, Resmusica consacre un dossier complet à la vie et à l’œuvre de Frédérick Delius à travers plusieurs témoignages de ceux qui se sont engagés pour défendre sa musique. Pour accéder au dossier complet : Frédérick Delius : « la musique est un cri de l’âme »

 

Anglais d’origine allemande, Frederick (Fritz) Delius (1862-1934), contrairement à son compatriote et contemporain Edward Elgar (1857-1934), a vécu comme un cosmopolite à la recherche d’un destin singulier avec possiblement, comme corollaire, une postérité trop modeste eu égard aux qualités intrinsèques de sa musique.

« La musique est un cri de l’âme.
Elle est une révélation,
une chose que l’on doit vénérer »
(Delius, 1917)

Avant de nous concentrer sur les rapports que Delius entretint avec le monde scandinave nous nous proposons de résumer son parcours biographique et créateur en quelques lignes synthétiques.

Parcours biographique

Né à Bradford (Yorkshire, Angleterre), le 29 janvier 1862, au sein d’une riche famille commerçante (compagnie lainière) il ne reçoit aucun encouragement dans son désir de s’engager dans une carrière musicale. On lui destine un avenir dans l’industrie et le commerce. Son père lui impose des postes dans ses affaires avec plus ou moins de bonheur. Au début des années 1880 Fritz réussit à le convaincre de l’envoyer en Suède, à Norrköping précisément, région où le commerce de la laine est prospère (1881). De là, il se rend en Norvège toute proche où il découvre, fasciné et totalement acquis, les superbes paysages de ce pays encore sauvage. Des randonnées de plusieurs jours comblent son besoin de rêves mystiques et d’austérité. Il commence même à apprendre la langue du pays. Ses escapades trouvent assez rapidement un terme lorsque son père intervient et le rappelle à la réalité, essaie de l’éloigner de ses aspirations mais finit quand même par le renvoyer en Scandinavie au profit des affaires familiales qu’il néglige rapidement préférant une fréquentation du monde artistique local. L’année suivante (1882) il y retourne et se passionne intensément pour la littérature régionale.

A l’âge de vingt-deux ans (1884), il part s’installer à Solano (près de Jacksonville) en Floride dans la plantation d’oranges acquise par sa famille. Tout son temps libre est alors consacré à la musique. Il fréquente Thomas F. Ward, un organiste américain qui lui enseigne la théorie musicale. Ses progrès sont tels qu’il va enseigner à Danville en Virginie, en 1885. Il en résultera une suite symphonique baptisée Florida (1887).
Lorsqu’ il retourne en Europe il fréquente le Conservatoire de musique de Leipzig. Nous y reviendrons.

Delius a cinq ans de moins que Elgar et trois de plus que Nielsen et Sibelius. Grieg est son aîné de vingt ans. Sa musique s’avère fort distincte de celle de ces trois personnages.

A partir de 1890 il vit majoritairement en France. A Paris d’abord (1888) puis à Grez-sur-Loing (1897), non loin de Fontainebleau, à une soixantaine de kilomètres de la capitale. C’est là qu’il finira ses jours.
Il se marie en 1903 avec une artiste peintre germano-scandinave nommée Jelka Rosen, rencontrée en 1896. De cette date jusqu’autour de 1924 il compose des œuvres majeures jusqu’à ce que les dramatiques conséquences d’une syphilis tertiaire (contractée à Paris en 1895) le rendent impotent et aveugle.
Ses dernières partitions n’ont pu être écrites qu’avec l’aide précieuse de sa femme Jelka et de Eric Fenby, un jeune musicien dévoué, lui aussi originaire du Yorkshire.

Au cours de toutes ces années, et même pendant la guerre mondiale de 1914-1918, il se rend régulièrement en Norvège (et en Angleterre) où il aime se ressourcer au sein des magnifiques paysages de ce pays qu’il aime démesurément.

En dépit des quatre décennies p assées en France la musique de Delius y est pratiquement inconnue mais elle jouit d’une notoriété autrement plus intense en Angleterre, notamment grâce à sa défense efficiente venue du célèbre chef d’orchestre sir (1879-1961).
En 1929, il est décoré par le roi George V lors d’un festival de ses œuvres organisé par son dévoué défenseur au Queen’s Hall de Londres. Il ne devait plus retourner dans ce pays.

Figure relativement solitaire de la musique de son temps, il décède en France le 10 juin 1934 à l’âge de 72 ans.

Esthétique

Un peu de précision sur l’esthétique de Frederick Delius chez qui l’on a perçu des points communs avec la couleur orchestrale de son exact contemporain (1862-1918). Une autre grande influence est à rapprocher de l’œuvre d’Edvard Grieg (1843-1907). Toutefois ses traductions musicales de la nature caractérisent nombre de ses partitions et l’amènent à élaborer et à proposer régulièrement de belles mélodies et à utiliser des harmonies richement chromatiques. Un autre article traitera des aspects esthétiques de la musique de Delius. De son vivant sa musique connaît une certaine renommée en Angleterre et en Allemagne.
Son œuvre … « est celle d’un romantique à la sensibilité délicate et à l’imagination vive, plus intéressé par l’expression de ses émotions que par la solution de problèmes techniques», indique justement Jacques Michon, qui précise encore : « Rejetant le contrepoint qui d’après lui « ne mène nulle part », il est par contre un merveilleux harmoniste et sait jouer de façon subtile des timbres de l’orchestre. » Et pour achever à grands traits son esthétique la même source conclut : « La seule forme traditionnelle à laquelle le génie de Delius consent à s’attacher est celle de la variation… »
Rappelons que très jeune il fut marqué par la découverte de la Valse en mi mineur, op. posth. de Chopin et par l’ opéra Lohengrin de . Vers la même époque il eut l’occasion de visiter la Norvège et Paris dans le cadre de son engagement dans la société de son père retirant de ses expériences exaltantes des marques indélébiles. Ses séjours prolongés dans la plantation américaine le mirent à proximité des musiques noires, contacts dont il retira sans doute des caractères dont se revêtira une partie de la musique.

De nombreux commentateurs ont souligné combien certaines musiques de Delius baignaient dans une atmosphère nordique difficile à expliciter certes mais indéniable.

Nous allons à présent développer les riches relations tissées entre Frederick Delius et le monde musical et littéraire scandinave dont l’origine remonte manifestement à l’époque de son séjour allemand, à Leipzig.

Après avoir quitté les Amériques, il entre en août 1886 au fameux Conservatoire de musique de Leipzig, créé par Mendelssohn en 1843.
En ces murs réputés, il a pour maîtres de célèbres personnalités de l’époque. Citons (1824-1910), compositeur allemand qui compta parmi ses élèves Edvard Grieg, , Leoš Janáček, Isaac Albeniz, Johan Svendsen, , , Max Bruch…, Hans Sitt (1850-1922), professeur de violon, membre du Quatuor Brodsky, personnalité que Delius avait déjà rencontrée à Chemnitz en 1881 (cours de violon) et Salomon Jadassohn (1831-1902), compositeur juif à la tête d’un vaste catalogue, qui lui enseigne l’harmonie et le contrepoint. Il ne semble pas avoir tiré énormément de profit, d’après ses dires, de l’enseignement de cette institution, mais on peut supposer qu’en réalité il absorba beaucoup de connaissances et écouta énormément de musique. Il y vécut pendant environ un an et demi.
De sa fréquentation d’Edvard Grieg, alors pensionnaire de cet établissement fort prisé, il tire de grands profits relationnels et musicaux. Ces mois lui font adopter non seulement la manière singulière de son condisciple mais aussi embrasser l’art wagnérien dont il adopte le principe des lignes mélodiques et le développement thématique continue. Sa musique sera durablement marquée par une recherche du beau, de l’euphonie, même si parfois agrémentée de quelques timides dissonances. Le climat politique général du temps favorisait le retour aux sources populaires et ainsi utilisera-t-il des motifs folkloriques anglais. De cette relation fraternelle (fin 1887) allait s’exacerber son amour de la musique de son aîné ainsi que son amour pour la chose scandinave.
Ainsi, il fréquente assidûment et se lie d’amitié avec nombre de jeunes nordiques avec lesquels il s’implique totalement et passionnément dans un monde musical fascinant. Son intérêt pour la Scandinavie, déjà très aiguisé, s’exacerbe alors.
Il se rend en Norvège en 1887 et s’extasie encore face aux paysages grandioses et sauvages dont regorge ce pays encore très peu fréquenté.

Après presque deux saisons passées à Leipzig Delius retourne à Bradford en mars 1888. Son père, réticent aux aspirations musicales affichées de son fils, l’attend de pied ferme, souhaitant le renvoyer sans ménagement s’occuper de sa plantation en Floride. Le conflit paraît inévitable. L’intervention d’Edvard Grieg auprès de Julius Delius est organisée afin de le convaincre d’accepter et de financer les études de son fils dont on savait parfaitement les réticences à cet égard. L’ayant invité à dîner, il le convainc de continuer à aider son fils. L’homme n’est en rien hostile à la musique mais il nourrit une profonde méfiance envers la société des musiciens et des compositeurs surtout s’il s’agit de son propre enfant. Il semble heureux d’avoir rencontré ce Grieg réputé et finit par donner son assentiment et accepter le financement de l’entreprise. Peu après Fritz partit pour la France où l’attendait son destin.

Une photographie datant de cette époque  représente un groupe de jeunes musiciens scandinaves résidant alors dans la ville allemande à la même époque que Delius qui les fréquenta et souvent noua des liens de profondes amitiés.

De gauche à droite, on découvre Nina Grieg, Edvard Grieg, Johan Halvorsen, Frederick Delius et . Tous allaient connaître une belle carrière musicale. Nina comme chanteuse appréciée notamment dans l’illustration des chansons de son mari Edvard Grieg, pianiste, chef d’orchestre et surtout un des compositeurs les plus fêtés de son époque. Johan Halvorsen allait faire une carrière dans son pays comme chef d’orchestre célébré et comme compositeur de musique souvent destinée au théâtre. Enfin, sera plus tard considéré comme le digne continuateur de Grieg effectuant une grande partie de son parcours en Allemagne. Tous véhiculaient, non sans fierté, leur culture norvégienne revendicatrice d’une indépendance artistique vis-à-vis du Danemark et politique vis-à-vis de la Suède. Dès lors les relations reliant Delius à la Scandinavie furent intenses et régulières durant une grande partie de son existence.

Grieg rapporte dans une lettre datée du 25 décembre 1887 à son grand ami norvégien Frants Beyer le merveilleux réveillon passé en compagnie de ses amis à Lepzig. Il indique que Johan Halvorsen avait joué des danses folkloriques du pays puis que, en compagnie de Christian Sinding, avaient interprété une Suite dans le style ancien de ce dernier. Ensuite, Grieg et Halvorsen avaient donné la Sonate pour piano et violon n° 2 du premier tandis que Nina Grieg avait chanté des chansons de lui-même et de Sinding avant que « Mr Delius joua une pièce pour piano qu’il appela ‘Norwegian Sleigh-ride’ avec le plus grand talent… ». Les joyeux lurons se quittèrent à plus de deux heures du matin.

Christian Sinding, plus tard considéré comme le compositeur norvégien le plus important après Grieg, avait séjourné durant trois ans au Conservatoire de Leipzig (1874-1877), lieu où il devait retourner deux ans plus tard et trouver le succès avec un Quintette avec piano composé en 1882 puis y séjourner une fois de plus en 1886 date à laquelle il rencontre Delius. On pense que c’est lui qui introduisit le jeune anglais auprès du déjà très populaire Grieg dont la gloire repose sur les pièces pour piano, le fameux Concerto pour piano en la mineur et la musique de scène (suivie de deux suites d’orchestre) pour Peer Gynt d’après un texte d’Ibsen.

Au tout début de l’année 1887, toujours à Leipzig et pour célébrer l’année nouvelle, Grieg réunit ses amis artistes priés de venir avec une composition afin de la présenter aux autres. On imagine l’ambiance débridée. L’alcool coule à flot et finalement on joue très peu de musique. Delius avait apporté Promenade en traîneau (Sleigh Ride, orchestré plus tard, en 1889, et rebaptisé Winter Night) nettement influencé par la manière de son ami Grieg. Grieg dont on retrouve le style dans Zwei braume Augen et aussi dans Florida Suite pour orchestre (1887), marqué également par la musique noire américaine entendue sur place. Florida Suite publié après la mort de Delius et dirigée par Thomas Beecham beaucoup plus tard, fut donné lors d’une soirée arrosée à Leipzig dans un restaurant de la ville, où se trouvait un Edvard Grieg positivement conquis.

Grieg détecte le talent de son ami britannique (lettre écrite à Leipzig et datant de février 1888) et ne lui cache pas ses impressions. « Tes manuscrits constituent une surprise agréable, ils sont vraiment stimulants et je perçois en eux les signes du compositeur le plus talentueux dans le domaine du grand style, celui qui aspire aux objectifs les plus élevés. » Ailleurs, en février 1888, il écrit que Delius est « profondément musical ».

Preuve que Delius est à cette époque surtout considéré comme un musicien britannique ces mots de Grieg : « Mon plus fervent souhait est que tu reçoives un jour dans ton pays d’origine la reconnaissance que tu mérites… »

Delius écrit en août 1888 à son ami Grieg une lettre de Saint Malo : « Je te le dis franchement, au cours de ma vie je n’ai jamais rencontré un caractère capable de gagner tout mon amour comme tu l’as fait… Tu es le seul homme qui a pu changer cela et capter toute mon attention sur toi et soulever les sentiments que j’éprouve à présent pour toi. »

Très rapidement Delius allait se prendre d’intérêt puis de passion pour les poètes norvégiens d’abord, puis danois ensuite. Gage de son attachement aux Grieg il leur dédie deux de ses toute premières partitions. Par exemple, le mélodrame (une ouverture de concert) Paa Vidderne (d’après Ibsen) à Edvard et les 5 Lieder aus dem norwegischen à Nina en 1888. Cette dernière musique sera la première publiée en Angleterre deux ans plus tard. Paa Vidderne sera donné à Christiania à l’automne 1891, première exécution publique d’une musique orchestrale de notre compositeur.

Avant que Delius ne quitte Leipzig au printemps 1888, sa musique Florida, composée l’année précédente, est dirigée par Hans Sitt (1850-1922), chef d’orchestre originaire de Bohème et membre du Quatuor Brodsky, lors d’une répétition au début de cette année. Confirmant la marque imprimée par Delius ces mots que son ami Sinding lui adresse peu après, dans une lettre du 9 avril 1888 : « Tu ne peux imaginer combien tu me manques. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un en qui j’ai investi ma confiance si totalement. » Quelques années plus tard, en avril 1891, ses sentiments n’ont pas perdu de leur intensité puisqu’il lui écrit : « Je t’ai toujours admiré… », soulignant combien il appréciait que son ami ne se laisse pas influencer par les évènements extérieurs.

Quittant Leipzig et l’Allemagne Fritz se rend, comme on l’a dit, à Bradford, rejoint sa famille et décide d’organiser la fameuse rencontre entre Grieg et son père, dans l’optique de le décider à financer sa carrière musicale. En effet, Grieg doit se rendre à Londres pour jouer son Concerto pour piano en la mineur et diriger ses belles Mélodies élégiaques, le 3 mai. Frederick (qui se prénomme encore Fritz) assiste au concert. Dès le 4 mai ce dernier en appelle à son ami qui accepte de l’aider. Il adresse un courrier au père qui se rend à Londres, pas mécontent d’entrer en contact avec un Edvard Grieg célébré dans toute l’Europe, et qui, à l’étonnement de tous, se laisse convaincre par les arguments du Norvégien. Non seulement Frederick pourra poursuivre sa carrière musicale mais en plus recevoir une pension mensuelle !
Installé dans une très confortable renommée Grieg ne manqua pas de conseiller et encourager son plus jeune ami : « Consacrez-vous à présent, tandis que vous êtes encore jeune, à la poursuite de votre art… Suivez à la fois votre vraie nature et la voix intérieure de vos idéaux et de vos inclinations. »

Dans une lettre à , un jeune musicien australien né en 1882, Delius confia à son tour : « J’étais très fier d’avoir fait sa connaissance… Comme tout enfant, j’ai été élevé avec Mozart et Beethoven, et quand j’ai découvert Grieg j’ai ressenti pour la première fois de ma vie l’effet d’un courant d’air frais venu des montagnes. »

Grieg ne ménagea pas ses dons de persuasion avec comme conséquence positive le départ de son ami pour Paris en quête de la reconnaissance escomptée en tant que compositeur. Il est reçu par son oncle Théodore parfait contraire de son père autoritaire et froid, qui commence à le présenter à diverses personnalités (dont , …) et l’emmène sans tarder à l’Opéra (Lalo, Verdi…)

Peu après, il s’installe d’abord à Ville d’Avray, en proche banlieue, à proximité du lac où Corot avait vécu et travaillé jusqu’en 1875. Là, il noue de profondes relations d’amitiés avec un violoniste norvégien, Arve Arvesen, nouvellement arrivé de Leipzig où il l’avait fréquenté. Ils sortent souvent ensemble. Il informe l’ami Grieg en février 1889 : « Samedi dernier, Arvesen, un violoniste et Soot, un peintre norvégien, sont venus me voir à Ville d’Avray. Nous avons joué ensemble ta Sonate en do mineur, ce qui a ravivé de nombreux souvenirs. »

Déjà, dans un courrier du 20 juin 1888, assez critique encore, il confie à Grieg combien « les Français sont très artistes… » mais aussi que « la grande vitalité de la Nature en est absente, du moins en ce qui concerne la musique. Tout est trop raffiné, trop affecté. Mais on peut apprendre beaucoup ici. » Et d’ajouter : « La liberté des mœurs est aussi largement déployée. » C’est dans ce lieu de débauche qu’il allait contracter la syphilis…

Si de nombreux artistes scandinaves se passionnent pour la vie artistique parisienne, des artistes français en retour reçoivent certaines influences venues du Nord. Ainsi par exemple, (1822-1890) s’inspire d’un livret de Bjørnstjerne Bjørnson, Hulda (1885) et Edouard Lalo (1823-1892) élabore sa Rhapsodie norvégienne (1879). Divers musiciens français organisent des tournées en Norvège : le pianiste Raoul Pugnot et la mezzo-soprano Pauline Viardot en 1881 ; la mezzo-soprano Désirée Artot et le baryton Mariano de Padilla en 1883 ; le violoniste Johannes Wolff en 1885, le violoniste en 1886, le pianiste Arthur de Greef en 1889…

A Paris, la majorité des Scandinaves s’installent à proximité de Montmartre et de Montparnasse. Ils sont nombreux à se rencontrer dans leurs cafés préférés et à marquer une nette propension à rester entre eux. Delius les fréquente, avantagé par sa proximité avec Grieg et sa connaissance de la langue norvégienne.

Le peintre norvégien Edvard Munch a laissé un portrait d’Arvesen réalisé probablement en 1887. De Delius il a réalisé deux esquisses au crayon, très ressemblantes, preuves de leur relations amicales, au début des années 1890.
Les amis ne s’oubliaient pas ainsi qu’en témoigne ce passage d’une missive de Grieg du 30 décembre 1888 qui de Bergen s’exclamait : « Et tu as écrit un quatuor à cordes ! Quelle époque merveilleuse que celle de la jeunesse lorsque se déversait d’un seul élan de nos cœurs un long courant. »
Delius souhaitant revoir son ami Grieg lui propose en janvier de venir le rejoindre à Paris début mai 1889 pour qu’ils puissent se rendre ensemble à l’Exposition Universelle.

En juin 1889 il part pour la Norvège où il rejoint son ami Sinding (1856-1941) se rendant avec lui successivement à Hamar, Christiania, Bergen et enfin chez Grieg à Trodlhaugen. Les trois musiciens organisent de belles randonnées dans la région montagneuse et sauvage du centre du pays, le Jotunheim. Ce séjour permet à Delius de se rapprocher des chants populaires norvégiens qu’il note régulièrement. Il s’en servira en partie pour l’élaboration de The Song of the High Hills. Il absorbe également avec fascination les nombreuses légendes colorées locales que lui comptent ses amis et dont il se souviendra lorsqu’il composera son premier opéra Irmelin. Ravi de ce mémorable séjour de plus de trois mois il rentre en France.

En 1890 toujours, il aura orchestré une œuvre de Grieg, Norwegian Bridal Procession (Marche nuptiale), commencé à composer une cantate pour ténor et orchestre sur un texte du poète danois Holger Drachmann : Sakuntala et achevé un recueil de chansons Seven Songs from the Norwegian dont certaines paraissent par trop érotiques au couple Grieg (lettre du 29 juin 1892). Cf. infra.

Delius aura l’occasion de retourner à Leipzig en mai 1890. Là, il fréquenta deux musiciens norvégiens promis à un bel avenir, deux compositeurs et chefs d’orchestre nommés Johan Selmer et Iver Holter.

Johan Selmer (1844-1910) qui a étudié à Paris et en Allemagne gardera un profond attachement pour la capitale française où sa participation à la Commune (1871) l’obligea à quitter le pays. Il reviendra plus tard en France. Quant à Iver Holter (1850-1941) il sera le premier à diriger en public une musique de Delius.

A Leipzig encore il assiste à une représentation des Maîtres chanteurs de et à une répétition de certaines de ses œuvres. Ensuite il se rend à Jersey avec Grieg et Gudmund Stenersen, un peintre norvégien (1863-1934) réputé pour ses illustrations, avant de regagner la France.

A Paris, Delius noue également d’amicales relations avec Bergliot Bjørnson, la fille du grand écrivain qui l’invite à venir rencontrer son père en Norvège, reste quelques jours chez les Bjørnson puis rejoint Grieg pour une nouvelle randonnée. Se joint à eux Iver Holter, compositeur et chef d’orchestre (qui dirigera Paa Vidderne le 10 octobre suivant à Christiania). Grieg émit un avis sévère sur ce mélodrame conduisant bientôt Delius à s’en éloigner et à se concentrer sur sa conversion en poème symphonique pour orchestre abandonnant le texte d’Ibsen (utilisé pour l’exergue seulement), celui-là même qui sera dirigé par Holter en 1891. Il rentre en France au début du moins de novembre et s’installe à Paris même pour quelques années, décision dont s’étonne Nina Grieg : « … les coins tranquilles à l’écart du monde, tout cela ne vous manque-t-il pas ? »

Les relations épistolières vont bon train. Et lorsque Delius co-publie un livre intitulé Anatomie et physiologie de l’orchestre en 1894, aussi bien Ottokar Nováček (1866-1909), un condisciple tchèque de Leipzig que Sinding demandent des nouvelles. Ce dernier interroge le 11 septembre de cette année-là : « Comment cela se passe-t-il avec la chiromancie et l’astrologie ? Et tes recherches sur la pyramide ? »

Delius rencontre un étrange personnage, August Strindberg (1849-1912), dans l’atelier d’une sculptrice suédoise, Ida Ericson (1853-1927), mariée en 1891 à un musicien et compositeur amateur franco-norvégien, William Molard (1862-1937), qui tient salon pour ses amis artistes, rue Vercingétorix. Parlant de l’écrivain suédois, Delius précise qu’il le voit très régulièrement notamment à « la Crèmerie » de la madame Charlotte Caron, sise rue de la Grande Chaumière, personnage singulier qui semble-t-il accordait de larges crédits aux artistes qui franchissaient sa porte et s’installaient pour toutes sortes de discussions, souvent en rapport avec l’avancement de leurs œuvres respectives. Delius précise que parmi les habitués de l’endroit, où l’on pouvait se restaurer pour une somme très modique, se côtoyaient, outre Strindberg, le peintre français Paul Gauguin (1848-1903), le dessinateur d’affiches tchèque Alfons Mucha (1860-1939), le poète Leclercq, le peintre polonais Slewinski, et d’autres encore dont le maître de ballet des Folies-Bergères (tchèque également). « Je vivais à Montrouge, rapporte Delius, et prenait habituellement mes repas chez moi, mais à l’occasion j’allais dîner ou luncher à la crèmerie pour rencontrer Gauguin et Strindberg. Où je pouvais aussi aller chercher Strindberg pour une promenade dans l’après-midi. »
Son amitié avec Strindberg et le peintre norvégien Edvard Munch (1863-1944) fut d’une rare intensité. Avec le premier, du genre plutôt instable, cherchant à fabriquer de l’or, fantasque, imprévisible, il partage une passion pour Nietzsche et les promenades dans les rues mais ce dernier quitte Paris brusquement. Ils ne se reverront plus. Avec le second qu’il rencontre à Paris probablement en 1893 par l’intermédiaire d’un poète norvégien, Vilhem Krag (1871-1933), directeur du Théâtre national de Norvège de 1908 à 1911, il établit une belle et durable relation amicale.

Il fréquente aussi le compositeur français (1870-1958), qui collaborera à plusieurs projets avec lui et (1875-1937) qui rencontre Grieg dans le salon Molard en 1894, également Déodat de Severac (1872-1921).

Une jeune femme originaire du Schleswig-Holstein, Jelka Rosen, fréquentait comme étudiante l’Académie Colarossi, également située rue de la Grande Chaumière avec son amie allemande Ida Gerhardi. Nous sommes au début de l’année 1896 et Jelka Rosen tombe amoureuse du musicien qui répond positivement à ses sentiments (lettre du 1er mars). C’est elle qui lui fait découvrir le village de Grez-sur-Loing où elle peint pendant l’été. Ils y vivront presque constamment jusqu’au décès de Delius. Auprès de cette artiste il trouve un certain apaisement alors que la vie trépidante du centre de la capitale ne lui apportait plus qu’excès, fatigue et moindre productivité.
Jelka Rosen, née en 1868, six ans après Delius, venait d’une famille protestante aisée d’origine allemande (sa mère était la fille du grand pédagogue et compositeur germano-bohémien Ignaz Moscheles, 1794-1870) où l’on parle allemand, anglais et français ; elle se rend en France en 1892 en compagnie de sa mère. Elle aussi fréquente « la Crèmerie », y côtoie beaucoup de monde mais rencontre et s’attache à Frederick Delius en janvier 1896. Après le dîner, elle chante des mélodies de Grieg, lui le connaît personnellement, plus tard, ils se retrouvent souvent et s’éprennent l’un de l’autre.

Delius invité et apprécié aux soirées étudiantes et bohémiennes qui se déroulaient dans les ateliers de Gauguin ou de Molard jouissait d’un confort matériel bien supérieur à la moyenne des participants plutôt impécunieux (non compris Gauguin, d’après le témoignage de Judith Ericson-Molard).

Edvard Munch peint un Autoportrait à la cigarette en 1897 et dessine un portrait en noir et blanc très intéressant de Strindberg (1896) tandis que ce dernier photographie la même année le poète Paul Verlaine (1844-1996) sur son lit de mort et montre le résultat à Delius.

« J’ai été surtout impressionné d’entendre que tu avais déjà complété un nouvel opéra… J’admire ton énergie… », lui écrit Sinding dans un courrier du 25 juin 1895. De fait, un de ses amis français, le jeune et prometteur , avait ou allait effectuer des réductions pour piano de plusieurs opéras de Delius (Irmelin ; The Magic Fountain ; Koanga ; A Village Roméo and Juliet).

Quelle bouillonnante activité artistique dans ce petit coin de Paris où tous se croisent au moins cordialement. On imagine la qualité des rencontres, les fous espoirs en un avenir glorieux, la réécriture d’un monde nouveau, tout cela agrémenté d’excès en tout genre.

Delius avait rencontré Strindberg à la fin de l’année 1894 à Paris et s’ils se fréquentèrent régulièrement, on ne trouve de trace de l’influence de la littérature du Suédois sur la musique du Britannique. Par contre celui-ci mettra en musique des poèmes de Verlaine, notamment « Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? » Toute une interrogation existentielle fascinante !

Un des plus proches amis de Delius dans la capitale française fut assurément Edvard Munch dont l’Autoportrait au squelette date de 1895. En décembre 1896, il écrit : « Je ne vois pas beaucoup de Norvégiens ici mis à part Munck (sic) ». Il précise encore combien Strindberg s’intéresse à l’alchimie et clame avoir extrait de l’or à partir de la terre prise au cimetière du Montparnasse… Et il nous fait découvrir un trait du tempérament bousculé de Strindberg en révélant qu’il imaginait très souvent être victime de tentatives d’assassinat de la part de forces occultes ou autres ! Soudainement Strindberg quitta son appartement, erra dans Paris et regagna la Suède.

L’été 1896 Delius passe pour son plus grand plaisir ses vacances en Norvège. Le violoniste et compositeur norvégien Halfdan Jebe (1868-1937), grand amateur de vin, de femmes et de musique, l’accompagne ; de même que l’écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952), futur prix Nobel de littérature (1920). Tous deux rencontrés dès l’époque de ses études à Leipzig. L’année suivante il retourne en Floride pour quelques mois, revient en France où il travaille encore sur son opéra Koanga et finit par s’installer durablement à Grez-sur-Loing avec Jelka.

Gunnar Heiberg (1857-1929), dramaturge et critique norvégien, rencontré dans le salon des Molard à Paris, lui passe commande (été 1897) d’une musique de scène pour une pièce retenue par le théâtre de Christiania. Les deux hommes travaillent ensemble à Grez sur Folkerradet (Le Parlement du peuple). L’écrivain souhaite que l’on inclut de manière humoristique, moquant la ferveur patriotique, l’hymne national norvégien « Ja, vi elsker dette landet » (Oui, nous aimons ce pays, musique de Richard Nordraak sur un texte de B. Bjørnson). Delius se rend à Christiania en octobre 1897 pour affronter une opposition virulente provoquée par cette inclusion jugée irrespectueuse. Il écrit à Jelka le 23 octobre : « Maintenant, personne ne parle plus de la pièce de Heiberg, mais seulement de ma musique ». Il rencontre alors régulièrement Ibsen qui le félicite. Delius en tirera une suite symphonique pour orchestre Norwegian Suite, en cinq mouvements, où une fois encore l’on perçoit des influences venues à la fois de Grieg et de Wagner.

Il part pour le Danemark et assiste le 13 novembre à l’exécution de Over the Hills and Far Away sous la baguette de Hans Haym, né en 1860, directeur musical de la ville d’Eberfeld depuis 1890.

Il retrouve à Paris le pianiste et compositeur italo-allemand Ferruccio Busoni (1866-1924) qu’il connaissait également depuis son séjour à Leipzig et précise dans une lettre à Jelka (janvier 1898) : « Je passe beaucoup de temps avec Busoni qui va jouer demain avec moi mon concerto pour deux pianos. »

Les relations avec la Norvège ne faiblissent pas, souvent même apparaissent des norvégiennes. La pianiste norvégienne Charlotte Bødtker Naeser (qui deviendra Charlotte Winter-Hjelm) envoie une lettre et une photo à Delius depuis le Chili le 21 mars 1898… démarche légèrement aguicheuse. Plus tard au cours de cette année 1898, c’est en compagnie d’une autre norvégienne qu’il appelle le peintre Daniel de Monfreid dans l’optique affichée d’acquérir une toile de Gauguin dont celui était était en possession. Il s’agit de la femme couchée : Plus jamais.
Après le concert donné à Londres (St James Hall, le 30 mai 1899) et entièrement dévolu à sa musique, Edvard Munch n’oublie pas de féliciter son ami anglais et le « congratule du fond du cœur » (lettre du 24 juin 1899). Les succès que Delius accumule ne modifient guère l’attitude rigide de ses parents. Il tente de faire publier sa musique, ses chansons principalement, par l’éditeur danois Wilhelm Hansen mais constate, dépité, ses échecs répétés auprès des éditeurs.

Au cours de cette année 1899 Delius vit principalement en France (Paris et Grez-sur-Loing) mais avec une nouvelle fois des escapades estivales en Norvège et au Danemark.

La compagne de Delius, Jelka Rosen, fréquente, lui aussi d’ailleurs, le sculpteur français August Rodin (1840-1917) dans les premières années de leur installation à Grez et entretient une correspondance cordiale et artistique avec l’immense artiste. Les relations humaines ou musicales du compositeur avec l’Angleterre, l’Allemagne (, le chef d’orchestre à Düssedorf Julius Buths, Busoni), la France (il fréquente , Messager, Florent Schmitt, Ravel…), la Suisse, sont loin de lui procurer de constantes satisfactions dans la défense de son catalogue. Elles feront l’objet d’autres analyses sur Resmusica.

Tous ses amis savent désormais que les Delius vivent assez loin de Paris et de la vie déliée de ses artistes. Ainsi Edvard Munch écrit-il à Karen Bjølstad en février 1903 : « Je vais séjourner en dehors de Paris chez les Delius… », nouvelle que Jelka répercute dans sa lettre à Rodin le mois suivant : « Le jeune Munk (sic), un très, très intéressant peintre norvégien est ici… »

A la fin de cette riche année 1903, après l’exécution à Bâle de son Mitternachtslied, pour baryton solo, chœur d’hommes et orchestre, d’après Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, c’est à son vieil ami, Edvard Grieg qu’il confie le 28 septembre 1903 : « De mon Mitternachtslied ai-je besoin de te dire qu’il n’a absolument aucune relation avec le Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss que je considère comme un échec complet. Mais je pense que Till Eulenspigel et Une vie de héros en particulier sont des œuvres magnifiques… »

Frederick et Jelka vivaient ensemble depuis six ans. Ils décident de se marier le 25 septembre 1903 lui en profitant pour abandonner son prénom (Fritz) au profit de Frederick, ce qui semble étonner et amuser Nina et Edvard Grieg qui espèrent, dans une lettre du 23 octobre 1903, qu’ils retrouverons à l’identique celui qu’ils ont fréquenté autrefois. C’est encore une fois à Grieg qu’il rapporte cette journée dans une lettre écrite trois jours seulement après la cérémonie. « Le 25, je me suis marié avec mon amie Jelka ici à Grez (civilement bien sûr). Je me suis encore davantage éloigné de Dieu et de Jésus… Elle est peintre et est très douée… Je t’envoie à toi et à ta chère femme mes meilleurs souvenirs… ». Grieg répond le mois suivant : « Tu as maintenant atteint le zénith de ta vie. Je veux dire lorsque l’artiste propose ses meilleurs œuvres. »

En avril 1906 Delius reçoit une missive de Munch l’informant de son projet d’exposition à Paris et lui demandant son aide. A cette époque le compositeur s’active en Allemagne et ailleurs pour promouvoir sa musique, rencontre de nombreuses personnalités du monde musical non scandinave, voit sa santé décliner progressivement. Mais là c’est un autre récit.

En juillet 1908 Delius reçoit le compositeur anglais (1868-1946) à Grez puis il rejoint la Norvège pour de nouvelles randonnées avec son grand défenseur le chef anglais Thomas Beecham (1879-1961).

C’est à Grez au cours des années 1880 que se sont regroupés de nombreux impressionnistes européens autour de l’hôtel Chevillon. Parmi les scandinaves on retient la présence des peintres Richard Bergh, Christian Krogh, Karl Nordström, Carl Larsson, Julie Beck, Emma Löwstadt, Christian Skredsvig. Le célèbre Carl Larsson écrit en 1882 que « Grez est un petit paradis… Je pense que Grez doit tenir sa place dans l’histoire de l’art suédois ». De nombreux artistes sont charmés par les couleurs de l’endroit.

L’ état de santé du compositeur s’est sensiblement dégradé et le diagnostic de syphilis tertiaire a été posé avec certitude. Au cours de l’été 1911 Frederick et Jelka partent une nouvelle fois se ressourcer en Norvège dans les montagnes de Rondane et la vallée de Gudbrandsdal partageant leur temps entre promenades pour lui et peinture pour elle.

Après la composition de An Arabesque, pour baryton solo, chœur mixte et orchestre, il se met au travail sur un ambitieux poème symphonique, The Song of the High Hills, stimulé par son contact intime avec les montagnes norvégiennes.

Maintenant sa musique se joue plus fréquemment un peu partout en Europe et aux Etats-Unis, il se déplace souvent pour l’entendre, marque que sa renommée atteint un sommet indéniable au cours des années 1913-1914. Il ne manque pas de revenir à Paris et même d’assister à la création agitée du Sacre du printemps de Stravinsky le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Elysées. Il continue de composer. Si la guerre le prive d’une partie de ses revenus, elle ne l’empêche pas de se rendre à Bergen en Norvège en été 1915 ou il déguste la paix des montagnes sauvages tant aimées pour ne revenir à Grez que fin novembre.

Au cours de l’hiver 1916 il élabore une partition inspirée encore une fois par la Norvège, un poème symphonique baptisé Eventyr, dans lequel il traduit en musique, et non sans originalité au niveau de l’orchestration, ses impressions ressenties au contact des légendes et contes de ce pays tant aimé, notamment à travers les textes réunis par Peter Christian Asbjørnsen (1812-1885) sous les titres de Contes populaires norvégiens (1842-1844) et Contes de la Hulche et légendes populaires (1845-1848).

Une fois encore, après un séjour à Londres, Delius gagne la Norvège, nous sommes alors en 1919, et se rend ensuite à Francfort en septembre pour les répétitions de son opéra Fennimore dont la première rencontre un beau succès. L’année suivante, à la mi-juin 1920, ils retournent en Norvège et s’installent dans le village de Lesjaslog (vallée du Gudbrandsdal) pour un repos véritable, partageant leur temps entre ballades, farniente et pêche. Les Delius enthousiasmés par l’endroit prennent la décision d’y faire construire un petit chalet baptisé « Høifagerli ». Frederick aimait s’y ressourcer et déguster le calme grandiose des paysages impressionnants.

Deux ans plus tard, son état de santé s’étant dégradé, il part en cure à Wiesbaden, en Hesse, pour y recevoir les meilleurs soins et y demeure cinq mois. Il y apprécie, entre autres, la visite de son ami Edvard Munch. La création de son Requiem à Londres date de cette époque. Quittant le sanatorium et les bains de Wildbald, mi-mai 1922, affaibli, il retrouve sa chère Norvège (encore à Lesjaskog) et bénéficie d’une santé meilleure. Il rentre par Oslo, Hambourg et Cologne avant de retourner à Francfort après un séjour à Grez.
L’année suivante, toujours attirés et fidèles à la région, ils séjournent une fois encore à Lesjaskog (juillet 1923) pour quelques semaines. Leur excellent ami l’Australien (1882-1961) les y rejoint et apporte une certaine bouffée d’air frais. Frederick ne retournera plus jamais déguster les saisissants paysages de cette nature si chère à son être.

Hélas, son état de santé s’aggrave très sensiblement et le condamne bientôt à une quasi impotence et cécité.

Notons que c’est un Danois Paul von Klenau (1883-1946) dont la carrière de chef et de compositeur se déroule en grande partie en Allemagne qui assure la direction de Mass of Life à Londres en 1925.

Sa musique connaît un certain nombre d’exécutions et sa réputation internationale s’étoffe au fur et à mesure que sa santé décline et, en dépit de contacts et de visites, lui prouvant qu’enfin sa position de créateur devient une réalité tangible.

Edvard Munch en 1920 esquisse un beau dessin de Delius dans une salle de concert de Wiesbaden. Les deux amis se rencontreront encore en 1920 et en 1922 avec toujours autant de plaisir. En 1928, de Grez, Jelka informe Munch de la dégradation de l’état de santé de son mari. Ce dernier lui confie son souhait de leur rendre visite encore une fois et de les peindre. Grieg était mort en 1907, Sinding faisait carrière en Allemagne, Halvorsen devait s’éteindre l’année suivant la disparition de Frederick Delius survenue le 10 juin 1934, sa femme, elle, décèdera peu après en mai 1935.

« J’ai eu une vie magnifique » avait-il confié à son soutien Eric Fenby. Athée, suiveur de Nietzsche, amoureux de l’instant présent, créateur contemporain d’immenses compositeurs, Delius œuvra opiniâtrement en faveur de sa musique et n’abandonna jamais sa passion sincère pour la littérature et les paysages scandinaves qui constituèrent une part importante de son inspiration et de sa culture.

Sa passion pour la géographie nordique et la littérature scandinave vint alimenter sa propension à la méditation, à la solitude, à une certaine mélancolie non dénuée de sensualité. Il élabora une manière d’impressionnisme revisité et enrichi par les apports admirés d’Edvard Grieg et également de .

Delius aimait particulièrement les textes du Danois Jens-Peter Jacobsen (1847-1885) mais aussi de divers autres littérateurs scandinaves dont il mit en musique un certain nombre de poèmes. précise fort justement : « Les poètes scandinaves ne cesseront de hanter le monde poétique de Frederick ».

Très marqué par la littérature du poète et romancier Jacobsen qui décéda en 1885, il ne semble pas l’avoir rencontré. En 1901 il avança que le roman de Jacobsen Fru Maria Grubbe (1876) était un des meilleurs livres qu’il ait jamais lu. C’est un autre texte, le fameux Niels Lyhne (1880), qui lui fournit le sujet de son opéra baptisé Fennimore and Gerda (1908-1911), qui sera son dernier opéra. An Arabesk, pour baryton, chœur et orchestre (1911), toujours d’après Jacobsen, est considéré comme une grande réussite. Ce sera la dernière participation de Delius à un texte scandinave.

Fennimore and Gerda (1908-1910) qui repose donc sur un épisode du roman est sous-titré : Deux épisodes, tirés de la vie de Niels Lyhne, en onze tableaux d’après le roman de J.P. Jacobson. Ici encore transparaît son amour de la Scandinavie. La création se déroule à Frankfort le 21 octobre 1919 sous la direction de G. Brecher (avec R. van Scheidt et E. Holt). D’une durée de 1h30 Delius y réalise une étude de caractère intéressante se dispensant de l’utilisation de thème et de leitmotiv.

D’autres partitions telles que The Song of the High Hills (1911-1912), North Country Sketches (1913-1914) et Eventyr (1917) véhiculent des images et des sonorités manifestement puisées en grande partie dans son vécu nordique.

Dès 1885 il met en musique To brune øjne (Zwei braune Augen/Deux yeux bruns) du célèbre (1805-1875), suivi en 1889 par Sakuntala, pour ténor et orchestre de Holger Drachmann (1846-1908) qui ne sera créé qu’un siècle plus tard.

Helge Rode (1870-1937) fut sans doute le plus ancien et le plus fidèle ami danois de Delius. En 1898 il lui écrivit afin de suggérer une collaboration pour un ouvrage sur le théâtre. Rien n’en résulta. Mais la pièce de Rode Dansen gaar de 1889 lui inspira un poème symphonique (1899) intitulé La Ronde se déroule. Créé sous la baguette de Alfred Hertz (1872-1942), chef d’orchestre américain d’origine allemande, au St James’s Hall, le 30 mai 1899. Il sera révisé en 1901 sous le titre de Lebenstanz (Life’s dance/Danse de la vie) et présenté par Julius Buths (1851-1920), pianiste et chef d’orchestre allemand, à Düsseldorf le 21 janvier 1904 puis, encore révisé en 1912 et créé par l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par le chef et compositeur Oskar Fried (1871-1941), à Berlin, 15 novembre 1912. Delius et Rode avaient un ami commun en la personne du peintre norvégien Edvard Munch qui peignit son tableau Life’s Dance à la même époque. Ils se sont probablement rencontrés en 1889-1890 par l’entremise de Bergliot Bjørnson et ont entretenu ensuite une correspondance amicale pendant de longues années.

D’une manière générale Delius fréquenta de près les mouvements scandinaves artistiques progressistes de son époque, notamment au tournant du siècle.

Dans le même registre Delius avait composé une musique de scène en 1897 pour Folkeraadet d’après Gunnar Heiberg (1857-1929), directeur du théâtre de Bergen, dont la création se déroula le 18 octobre 1897 au Théâtre de Christiania sous la baguette du chef norvégien de Per Winge (1858-1935), également compositeur et organiste, placé dans la descendance romantique de son compatriote Halfdan Kjerulf (1815-1868). Ce Winge étudia auprès des Norvégiens suivants : le pianiste Edmund Neupert (1842-1888) qui s’installera plus tard à New York, Otto Winter-Hjelm (1837-1931), organiste, critique et compositeur, et le célèbre chef d’orchestre Johan Svendsen (1840-1911). Puis il se perfectionna comme il se devait alors à Leipzig (1883-1884) et à Berlin. Quant à Gunnar Heiberg, c’est un dramaturge et critique norvégien qui a vécu à Paris où il rencontra Delius, probablement dans le salon de William Molard. A Grez-sur-loing, Delius reçut sa visite, croqué par Munch, en 1896, qui lui demanda une musique de scène pour sa pièce Folkeraadet (Le Parlement du peuple) achevée en 1897. Delius se rendit à Christiania en octobre de cette année pour la création. La réception fut rude et orageuse à cause paraît-il d’une parodie de l’hymne national norvégien. Dans une lettre écrite fin décembre 1897, Delius précise à Jelka : « Personne ne parle plus de la pièce de Heiberg, mais seulement ma musique. Christiania est divisée en deux camps – pour ou contre – tous les bons artistes sont pour. Tous les bourgeois sont contre. J’ai eu de bons contacts avec Ibsen qui a été enchanté et m’a félicité chaleureusement. Chaque soir au théâtre c’est une bataille rangée au moment où la musique commence. Sifflements ou hourrah. Certains parlaient de me lyncher… » Delius devient donc soudainement une personnalité controversée. Le peintre Christian Krogh (un des maîtres de Munch) le dessine et l’interview alors pour le journal Verdens Gang, de Christiania, daté du 23 octobre 1897.

La musique orchestrale de Delius résulte en partie de la fascination du compositeur pour les paysages nordiques, notamment Eventyr (Il était une fois), une ballade d’après Asbjørnsen élaborée en 1917 dont la création se déroula avec l’orchestre du Queen’s Hall dirigé en ce lieu par le chef anglais (1869-1944) le 11 janvier 1919.

Paa Vidderne (On the Heights/Sur les cîmes) est un poème symphonique inspiré par l’immense auteur dramatique aux fortes aspirations philosophiques et sociales, Henrik Ibsen (1829-1906), composé en 1890-1892, dédié à Grieg et créé par la Société de musique de Christiania guidée par Iver Holter, à Oslo le 10 avril 1891. C’est un mélodrame-récitation.

Il compose un interlude pour un opéra inspiré par un texte d’Ibsen, Empereur et Galiléen mais ne concrétise rien d’autre avec ce projet. Bientôt son intérêt va se porter sur les sagas nordiques et déboucher sur Irmelin dont il rédige le livret.

Mais c’est surtout dans le domaine de la musique chorale et dans celui de la chanson que Frederick Delius affiche ses affinités les plus fortes avec la littérature scandinave. Ses mises en musique, sources d’expression délicate, proposent de très belles pages qui ne décevront pas ceux qui oseront les aborder.

Le monde de la chanson pour voix et piano fascinait encore les compositeurs qui y voyaient une possibilité assez facile de se faire connaître. Parmi son catalogue intéressant ce genre nous trouvons une nouvelle fois la démonstration de l’ouverture de Delius vers les textes scandinaves, norvégiens et danois essentiellement.

En 1889-1890, il compose Seven Songs from the Norwegian (textes norvégiens traduits en allemand) qui seront publiés un peu plus tard (1892 et 1909) sous le titre de Seven German Songs. Une traduction anglaise suivra avec quelques variantes au niveau des titres.

Les cinq premières chansons des Songs from the Norwegian publiés en 1892 sont dédiées à Nina Grieg (1845-1935), chanteuse norvégienne appréciée, femme du compositeur qu’elle épouse en 1867. Signalons que plusieurs de ces poèmes ont déjà été mis en musique par Edvard Grieg auprès duquel il n’hésite pas à solliciter son opinion, ce dernier s’exécutant de bonne grâce sans oublier d’exprimer son esprit critique.

D’ailleurs, c’est par cette littérature norvégienne que Delius fut initialement fasciné, dès 1881, année de sa découverte du pays alors qu’il n’avait que 19 ans. Très tôt il commença à lire la littérature scandinave qui progressivement à cette époque intéressait de plus en plus le reste du monde. Ses premières mises en musiques s’adressaient à des poèmes de H.C. Andersen et B. Bjørnson. Avec le temps sa passion des paysages norvégiens perdura tandis que la littérature danoise envahit progressivement ses pensées.

Lors d’un voyage en Norvège, Delius rendit visite au fameux écrivain Bjørnson et entendit la première de Paa Vidderne. Il ne put s’empêcher de donner quelques informations à l’ami Grieg le 16 juillet 1891. « Je suis arrivé ici hier de Aulestad où j’ai passé un week-end des plus plaisants avec Bjørnson… Je reste suffisamment longtemps en Norvège pour pouvoir entendre mon ouverture que dirigera Iver Holter. »
Au même Bjørnson qu’il connaissait bien sûr, Grieg confie dans une lettre : « Je viens tout juste de recevoir chez moi l’un de vos invités. L’Anglais Delius, un musicien moderne talentueux, une nature idéaliste. Je me rend au Jotunheim avec lui… » (lettre du 23 juillet 1891).

Copenhague attirait la vie artistique de la région, celle de la Norvège notamment, comme le montre une affiche de concert annonçant une soirée au parc d’attraction du Tivoli le 10 octobre 1891 placée sous la direction de Iver Holter en présence du violoniste Frederik Frederiksen et du baryton Salomon Smith. On y proposait la Suite pour orchestre à cordes de Iver Holter, un concerto pour violon de Joachim Raff (pédagogue et compositeur suisse, proche de , 1822-1882), Bergmanden de Emil Sjögren (suédois ayant beaucoup fréquenté la capitale française, 1853-1918), Jeg vil ud de Catharinus Elling (compositeur et folkloriste norvégien qui passera aussi par Leipzig, 1877-1878) et enfin la création de Paa Vidderne de Fritz Delius. Delius retourne à Paris et s’y installe ce même mois d’octobre, et le cercle de ses relations s’élargit sensiblement. Le peintre Daniel de Monfreid, un ami de Gauguin, réalise un portrait de lui en 1893.

Deux des Danish Songs avec accompagnement orchestral seront donnés à Paris le 16 mars 1901 sous la direction de Vincent d’Indy à la Société Nationale de Musique.

Textes scandinaves retenus et mis en musique par Delius.

avec Zwei braune Augen (1885), déjà signalé.

Bjørnstjerne Bjørnson. Bjørnson, patriote convaincu, jouissait d’une intense popularité, né en 1832 et mort à Paris en 1910, il était l’un des plus grands auteurs dramatiques de Norvège. Dès 1885 Delius avait composé une mélodie sur un de ses poèmes : Over the mountain high (Au-dessus des hautes montagnes).
Sonnenscheinlied, pour chœur mixte chanté, avec les autres chants du recueil, sera donné par les Linden Singers placés sous la direction de I. Humphris, à Londres au St John’s, Smith Square, le 11 janvier 1974. Ce chant fait partie des Six German Partsongs.
Twilight Fancies (Voix du soir ou Pensées crépusculaires/Evening voices) du même Bjørnson, d’abord pour voix et piano (1889), orchestré en 1908, sera dirigé par avec l’orchestre du Queen’s Hall à Liverpool le 21 mars 1908 en présence du chanteur O. Wood.
Dans Five Songs from the Norwegian de 1888, d’abord en traduction allemande puis anglaise on trouve Slumber Song (Chant pour dormir).
Notons encore Sweet Venevil et Love concealed, parties des Seven Songs from the Norwegian et Skogen gir susende, langsom besked (1890/1891). Et aussi Secret Love (ou Hidden Love, Secret amour). Softly the Forest (des Four Posthumous Songs, 1891.

Holger Drachmann. Lyse Naetter (1891) ; Im Glück wir lachend gingen(In Bliss we walked with laughter), 1898 ; Jeg hører i Natten (I hear in the night), (1901) ; Summer Landscape (1902), aussi orchestré ; Summer Nights : On the seashore (Nuits d’été : sur le rivage)., premières des Seven Danish Songs, 1896-1897). Dreamy Nights (Nuits rêveuses).
Notre compositeur retint The Violet (La violette) du Danois Ludvig Holstein (1864-1943), pour voix et piano (1900), plus tard orchestré (1908) et donné par O. Wood, l’orchestre du Queen’s Hall et H. Wood à Liverpool le 21 mars 1908. De Holstein, il met en musique Let springtime come (Laisse venir le printemps), 1897. En 1900, il met en musique Autumn.

Henrik Ibsen. Delius connut personnellement Henrik Ibsen (1828-1906) et posa ses notes sur plusieurs textes du littérateur norvégien. On citera les collaborations suivantes. Paa Vidderne, pour récitant et orchestre, 1888, créé par S.S. Hungnes et l’Orchestre philharmonique d’Oslo, dirigé par C. Farncombe, retransmission télévisée en Norvège le 17 mai 1983.
Et encore, The Bird’s Story (Une histoire d’oiseau), pour voix et piano (1889), orchestré en 1908. Donné par O. Wood et l’Orchestre du Queen’s Hall dirigé par H. Wood à Liverpool le 21 mars 1908.
Et encore, Hochgebirgsleben (1888), Cradle Song (Berceuse, 1889/1890), dédié à Nina Grieg. Minstrels (Le Ménestrel).

. Le peintre suédois Ernst Josephson a réalisé en 1879 un portrait très expressif de Jacobsen. « J’ai écrit 5 chansons sur des poèmes de J.P. Jacobsen. Je pense qu’ils sont bons. Je ne parviens pas à trouver un éditeur qui me paie et je ne veux plus rien publier gratuitement, sinon je meurs d’inanition. » (lettre de Delius de décembre 1896). Claude Debussy dans la Revue Blanche du 1er avril 1901 indique à ses lecteurs dans son style si caractéristique : « Je ne vois guère à retenir après cela que des « Poèmes Danois » pour chant et orchestre de Fritz Delius : ce sont des chansons très douces, très blanches, de la musique pour bercer les convalescents dans les quartiers riches… Il y a toujours une note qui se traîne sur un accord ; telle, sur un lac, une fleur de nénuphar fatiguée d’être regardée par la lune, ou bien encore… Un petit aérostat bloqué par les nuages. C’était ineffable comme tout, cette musique ! »

De Jacobsen qu’il appréciait particulièrement il prendra les textes suivants :
The page sat in the lofty tower (1895) (Le page était assis dans la haute tour) et, constituant six des Seven Danish Songs de 1896-1897 : Through long, long years (Au bout de longues, longues années); Wine Rose ; Let Springtime Come ; Silken Shoes (Souliers de soie); Irmelin Rose ; In the Seraglio Garden Dans le jardin du sérail) . Red Roses (Roses rouges)

On sait combien Delius aimait la littérature de dont retrouve aussi la trace dans Seven Danish Songs (avec des poèmes de Drachmann) pour une voix et orchestre (ou piano), 1897. Cinq d’entre elles furent interprétées par C. Andray et dirigées par Hertz au St James Hall le 30 mars 1899 ; deux le furent par Andray sous la direction de Vincent d’Indy, Paris, Société Nationale de Musique le 16 mars 1901.

Jacobsen encore avec An Arabesque (An Arabesk), pour baryton, chœur et orchestre, 1911. Création : P. Heming, Welsh Musical Festival Choral Society, Orchestre symphonique de Londres, dir. A.E. Sims, Newport, Monmouthshire, le 28 mai 1920. Delius en orchestra trois. Il en donne une version anglaise.

Ludvig Oskar Josefson (1832-1899), auteur de drames, directeur du Théâtre national de Christiania (1873-1877). Black Rose (Roses noires, 1901).

Th. Kjerulf. Longing (Désir ardent) des Five Songs from the Norwegian (1888).

Jag havde en nyskaaren Seljefløjt ,(I once had a newly-cut willow pipe), sur un texte de l’écrivain et poète norvégien Vilhelm Krag (1871-1933), influencé par Drachmann et J.P. Jacobsen, un temps directeur du Théâtre national d’Oslo (1908-1911) en 1895. Grieg a mis en musique cinq de ses poèmes (op. 60).

Andreas Munck (1811-1884). Poète norvégien ayant surtout vécu à Copenhague à partir de 1866. Il fréquente Grieg, notamment lors de son séjour à Rome. Représenté avec Sunset (Coucher de soleil), 1888.

Du Norvégien John Paulsen (1851-1924), il met en musique Summer Eve (Soir d’été) inclus dans Five Songs from the Norwegian (1888). Mis en musique par Grieg dans ses opus 26, 58 et 59.

Aasmund Olaf Vinje (1818-1870), norvégien, quasi autodidacte, il devient écrivain, journaliste et politicien : The Homeward Journey (Le Retour au pays), 1889/1890.

Johan Sebastian Welhaven (1807-1873). Norvégien, ami de Henrik Wergeland, il a laissé de beaux poèmes dont The Nightingale (Le Rossignol) mis en musique par Delius, appartenant également au Five Songs from the Norwegian (1888).

Pour en savoir plus…

Pour élargir ce bref panorama uniquement centré sur les relations liant Frederick Delius et le monde scandinave nous recommandons la très belle monographie publiée en français par dans le cadre de la série Horizons des Editions Papillon (2010). Un ouvrage indispensable parfaitement présenté en ligne par Jean-Christophe Le Toquin sur Resmusica.com le 7 février 2011.

Signalons les propos de Jacques Michon dans la collection U2 (Armand Colin) qui a publié La musique anglaise, une honnête synthèse mais un peu ancienne puisque publiée en 1970.

Pour ceux qui lisent l’anglais on se contentera de rappeler l’ouvrage de Christopher Palmer : Delius. Portrait of a Cosmopolitan. Duckworth. 1976.

Egalement l’article de Anthony Payne pour The New Grove. Twentieth-Century English Masters. Papermac. 1980.

Delius. A Life in Pictures par Lionel Carley et Robert Threlfall. Oxford University Press. 1977 avec de nombreuses illustrations et citations.

Le livre de Lionel Carley, Grieg and Delius. A Chronicle of their Friendship in Letters, apporte de nombreuses informations. Marion Boyars, Londres Publishers. 1993.

Enfin on lira dans The Music Makers. The English Musical Renaissance from Elgar to Britten de Michael Trend le chapite 2 : The English Environment : Elgar, Delius. Weindefleg & Nicolson. Londres. 1985.

Plus de détails

Pour célébrer le cent-cinquantenaire de Frédérick Delius, Resmusica consacre un dossier complet à la vie et à l’œuvre de Frédérick Delius à travers plusieurs témoignages de ceux qui se sont engagés pour défendre sa musique. Pour accéder au dossier complet : Frédérick Delius : « la musique est un cri de l’âme »

 
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