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Belle Walkyrie munichoise à Paris

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 24-IV-2012. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Avec : Thomas Johannes Mayer, Wotan ; Lance Ryan, Siegmund ; Ain Anger, Hunding, Anja Kampe, Sieglinde ; Nina Stemme, Brünnhilde ; Michaela Schuster, Fricka ; Danielle Halbwaschs, Gerhilde ; Golda Schultz, Ortlinde ; Heike Grötzinger, Waltraute ; Anaïk Morel, Schwertleite ; Erika Wueschner, Helmwige ; Roswitha C. Müller, Siegrunde ; Okka von der Damerau, Grimgerde ; Alexandra Petersamer, Rossweisse. Orchestre du Staatsoper de Munich, direction Kent Nagano

Un an après leur Parsifal parisien, les mêmes troupes du Staatsoper de Munich emmenées par leur chef revenaient au Théâtre des Champs Elysées pour une Walkyrie de concert qui, comme le Parsifal, bénéficiait d’une intéressante distribution vocale.

Et de ce point de vue, le premier acte sera à marquer d’une pierre presque blanche tant les trois principaux protagonistes, mais surtout le duo des jumeaux, firent preuve d’une exceptionnelle vaillance, compensant largement le timbre quelque peu ingrat et peu porteur d’expression du Sigmund de , seul relatif regret de ce premier acte. Car, contrairement à l’an dernier où l’orchestre était passé au travers du premier acte, il était bien présent dès l’orage introductif, même si on en a connu de plus impressionnants, les sextolets des altos et seconds violons faisant penser au bourdonnement d’un essaim d’abeilles plus qu’au déchainement des éléments. Mais il faisait preuve d’une présence et d’une concentration que ne se démentira pas jusqu’à la fin de l’œuvre. Et qui apporta aux personnages plus qu’un accompagnement, le chef sachant d’ailleurs assez remarquablement doser la puissance symphonique pour les porter constamment sans jamais les engloutir, contrairement à ce que fit ici même il y a peu lors d’un Tristan par ailleurs assez remarquable, où ses chanteurs furent pulvérisés façon puzzle au troisième acte. Cette comparaison nous inclinerait à penser qu’on ne peut pas tout avoir, l’animation façon Nelsons et le contrôle façon Nagano, car sans doute pour éviter de le pousser au-delà du raisonnable sonore (et peut être de ses capacités techniques) ce dernier nous donna la sensation de ne pas toujours emmener son orchestre au bout de l’expressivité, le troisième acte, à commencer par la célèbre Chevauchée, s’en ressentira sans doute un peu plus que les deux autres.

Mais revenons aux personnages, avec l’entrée en scène de la belle voix d’, Hunding nuancé qui n’est pas le méchant de service comme parfois, et si, du coup, il ne fait pas spécialement et immédiatement peur, il n’en dégage pas moins une incontestable stature, non dénuée d’une certaine noblesse. Il tranche ainsi avec le Siegmund rageur de , on l’a dit d’une constante vaillance, faisant de lui plus un tueur et un homme de la forêt, en même temps que lui faisant perdre une partie de sa sensibilité, et de fait meilleur dans l’action que dans le récit. Alors que la Sieglinde d’ réussit la gageure de passer de la fragilité apparente de la femme écrasée par son Hunding d’époux, à la femme courageuse prête à tout abandonner pour suivre Siegmund. Et elle vola presque la vedette à dans leurs scènes communes, au point qu’on s’est dit qu’elle était à deux doigts d’enfourcher le destrier de la Walkyrie. L’arrivée des Dieux au second acte marqua un peu plus nettement l’avantage pris, dans cette distribution, par les chanteuses sur les chanteurs. La double confrontation de Wotan avec sa fille bien aimée puis son intransigeante épouse montra que avait, en tout cas ce soir, sans doute le format vocal requis mais pas plus, ce qui, il n’y a pas si longtemps aurait fait de lui le Wotan du moment, mais plus vraiment aujourd’hui où la concurrence est plus relevée. Il ne démérite aucunement, mais reste un cran en dessous de la superbe prestation pleine de subtilité, d’imagination, d’intelligence de texte et de santé vocale de , lumineuse Fricka qui va retourner comme une crêpe le puissant Wotan sans avoir l’air de se forcer.

Complétant, si on ose dire, le trio féminin, nous sembla par moment un poil sur la réserve, mais des réserves comme ça, on en redemande car la qualité veloutée du chant était bien là, la voix avait timbre, puissance et nuances dignes d’une Brünnhilde plus humaine que fille de Dieux. Cette magnifique prestation faisait plaisir à entendre et on se dit qu’avec juste un peu plus de spontanéité elle aurait fait une Brünnhilde historique, ce qu’elle fera surement un jour prochain. La qualité des ensembles retenus par le Staatsoper de Munich pour ses productions, que nous avions remarqué lors de leur Parsifal, se confirma une nouvelle fois avec le superbe groupe des huit Walkyries qui auraient méritées un orchestre plus tranchant pour faire de leur chevauchée le sommet attendu.

Cette soirée passée en compagnie de cette Walkyrie munichoise était, malgré les quelques réserves évoquées jusqu’ici, une belle réussite, où trônaient à son sommet les trois incarnations des personnages féminins auxquelles le public du Théâtre des Champs-Élysées fit une véritable ovation et c’était plus que méritée. Tous les autres furent largement applaudis car ils remplirent leur contrat avec les honneurs, et même si on se prit à rêver de ce qu’aurait donné dans une telle œuvre le phénoménal Philharmonique de Vienne entendu ici même la veille, l’orchestre et son chef se sont montrés à la hauteur, en tous cas plus convaincants que l’an passé pour Parsifal.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl; Nina Stemme © Tanja Niemann

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 24-IV-2012. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Avec : Thomas Johannes Mayer, Wotan ; Lance Ryan, Siegmund ; Ain Anger, Hunding, Anja Kampe, Sieglinde ; Nina Stemme, Brünnhilde ; Michaela Schuster, Fricka ; Danielle Halbwaschs, Gerhilde ; Golda Schultz, Ortlinde ; Heike Grötzinger, Waltraute ; Anaïk Morel, Schwertleite ; Erika Wueschner, Helmwige ; Roswitha C. Müller, Siegrunde ; Okka von der Damerau, Grimgerde ; Alexandra Petersamer, Rossweisse. Orchestre du Staatsoper de Munich, direction Kent Nagano

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