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Rodelinda brille au Théâtre des Champs-Elysées

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 26-X-2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Rodelinda, opéra en trois actes sur un livret de Nicola Francesco Haym d’après Antonio Salvi. Version concertante. Avec : Karina Gauvin, Rodelinda ; Sonia Prina, Bertarido ; Topi Lehtipuu, Grimoaldo; Romina Basso, Eduige ; Delphine Galou, Unulfo; Matthew Brook, Garibaldo. Orchestre Il Complesso Barocco, direction: Alan Curtis.

Avec Giulio Cesare et Tamerlano, Rodelinda fait partie des trois grands chefs-d’œuvre écrits coup sur coup par un Haendel touché par la grâce de l’inspiration et par la présence de vedettes italiennes comme la capricieuse Cuzzoni ou l’incroyable castrat Senesino. Même si l’opéra ne jouis plus de sa popularité d’antan, il a récemment été donné au Metropolitan de New York avec une distribution prestigieuse dont Renée Fleming et vient de faire l’objet d’une sortie en dvd. L’argument en est simple mais efficace : la reine Rodelinda pleure son mari (faussement) défunt Bertarido et son royaume, suite à l’invasion de l’usurpateur Grimoaldo. Ce dernier la veut pour épouse et lui fait un chantage infâme. Rodelinda feint d’accepter au grand dam de Bertarido…

Au théâtre des Champs Elysées, c’est l’ensemble italien et le chef qui font revivre l’œuvre, oeuvre qu’ils connaissent bien pour l’avoir immortalisée sur disque et en avoir fait de nombreux concerts. Bien leur en a pris d’y revenir tant l’interprétation semble bénéficier de l’expérience acquise entre temps. Le Complesso barocco paraît métamorphosé ! Contrairement à d’ordinaire le son est plus dense, et incisif (même si des écueils persistent ça et là et le sens du théâtre manque encore cruellement). Il faut dire que l’orchestre est soutenu par le très talentueux premier violon: Dmitry Sinkovsky. Par ailleurs, l’œuvre est jouée dans son intégralité et tous les da capo ont été conservés. En prime, un duo final amoureux rarement joué.

Dans le rôle-titre, on retrouve la muse du chef (on le comprend) : la très talentueuse soprano canadienne , qui apporte cette charge dramatique qui la caractérise tant, dans pas moins de huit airs et deux duos ! Le crémeux de sa voix centrale, consistante et flexible, est idéal pour assumer toute l’évolution d’un personnage tout à la fois désespéré, indigné,combatif et rusé.

Les deux autres grands rôles Bertarido et Grimoaldo sont respectivement interprétés par la contralto et le ténor . Ce dernier s’acquitte honorablement de sa partie mais son personnage manque de conviction et reste finalement discret (on se souvient avec nostalgie de son Jephtha à l’opéra du Rhin). , quant à elle, marque davantage son rôle grâce à son engagement et son énergie, mais son chant affecté, son interprétation caricaturale parfois ainsi que ses vocalises à l’émission si particulière finissent par lasser, et l’on songe à ce qu’aurait pu faire du rôle une Ann Hallenberg ou un Franco Fagioli.

Heureusement les trois rôles secondaires sont exemplaires ! En particulier le Garibaldo du baryton-basse Matthew Brook dont l’engagement vocal passionne ; voix profonde et timbre chaleureux aux  couleurs multiples, il se joue de toutes les difficultés de la partition avec une facilité déconcertante, cf. son air virtuose « Di cupido ».

Dans le rôle d’Eduige, déchaînée, fait forte impression : on sent que chacun de ses airs a fait l’objet d’une préparation minutieuse aux effets calculés, ses da capo fort inventifs et audacieux  font sensation ! Enfin l’Unulfo de , à la classe inhabituelle dans ce rôle, finit de compléter la distribution. Avec son tempérament de feu et ses vocalises effrénées, elle ne fait qu’une bouchée de l’air « Sono i colpi della sorte ».

Avec cette interprétation, l’ensemble prouve qu’il est capable de porter le drame d’un opéra de Haendel avec force, ce qui laisse augurer bien des réussites concertantes et discographiques, du moins on l’espère.

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 26-X-2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Rodelinda, opéra en trois actes sur un livret de Nicola Francesco Haym d’après Antonio Salvi. Version concertante. Avec : Karina Gauvin, Rodelinda ; Sonia Prina, Bertarido ; Topi Lehtipuu, Grimoaldo; Romina Basso, Eduige ; Delphine Galou, Unulfo; Matthew Brook, Garibaldo. Orchestre Il Complesso Barocco, direction: Alan Curtis.

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