Hänsel et Gretel à l’Opéra : comment ça va avec la névrose ?

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Palais Garnier. 14-IV-2013. Engelbert Humperdinck (1854 – 1921) : Hänsel und Gretel, opéra en 3 actes sur un livret d’Adelheid Wette. Mise en scène : Mariame Clément ; décors et costumes : Julia Hansen ; chorégraphie : Mathieu Guilhaumon ; lumières : Philippe Berthomé. Avec : Anja Silja, La Sorcière Grignotte ; Élodie Hache, Le Marchand de sable ; Olga Seliverstova, Le bonhomme rosée ; Jochen Schmeckenbecher, Peter ; Irmgard Vilsmaier, Gertrud ; Daniela Sindram, Hänsel ; Anne-Catherine Gillet, Gretel. Maîtrise des Hauts-de-Seine et Chœur d’Enfants de l’Opéra national de Paris ; Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Claus Peter Flor.

Hänsel et Gretel n’avait jamais été donné à l’Opéra, alors que c’est le pain (d’épices !) quotidien du public allemand et américain. C’est chose faite, dans une nouvelle production qui restera certainement parmi les éléments positifs du bilan de Nicolas Joël. On connaît la répugnance de ce dernier pour les mises en scène choquantes, et pourtant, propose une lecture quelque peu radicale.

Il n’y a pas de force surnaturelle, ce sont les enfants qui transposent les éléments d’une vie familiale bourgeoise (située dans un salon et une chambre) dans leur monde imaginaire (les deux pièces symétriques de l’autre côté de la scène, peuplées de sosies). Ce traitement systématique finit par donner à l’œuvre un aspect sordide bien éloigné de son esprit, et c’est le principal reproche que l’on peut faire à cette mise en scène ; c’est en quelque sorte le revers de sa cohérence et de son inventivité. La cabane de la sorcière n’est qu’une vision fantasmée d’un gâteau d’anniversaire aperçu trop tôt, les enfants en pain d’épices ne sont finalement que les copains venus au goûter, les quatorze anges des ours en peluche, le Marchand de sable une gentille dame en visite. Et, à l’origine de ce « roman familial », il y a la découverte par les enfants de leur engendrement, puisqu’ils observent la chevauchée érotique de leurs parents. La Sorcière, naturellement, n’est autre que la Mère. Bref, une lecture brillante et virtuose, mais aussi univoque, et qui cède parfois à la facilité (le Bonhomme Rosée en Fée Clochette, le french cancan des sorcières).


L’exécution musicale est tout aussi solide, menée avec naturel et efficacité par , superbement servie par l’ et la . On pourra tout de même regretter que des passages soient un peu expédiés, surtout au second acte, comme le duo du coucou ou la pantomime des anges : c’est une partition si succulente !

Le chef veille en tout cas à ne pas couvrir des voix qui sont presque toutes peu volumineuses, et que le dispositif scénique, tout en boîtes sur les côtés de la scène, n’avantage guère. Les deux héros forment un duo plein d’espièglerie et de charme : alourdissant un peu son beau timbre pour camper un Hansel très crédible, , Gretel à la fois radieuse et consistante. Le reste de la distribution est plutôt convaincant musicalement et dramatiquement, mais c’est la Sorcière d’ qui donne l’incarnation la plus frappante. De la voix, il ne reste plus qu’une diction et quelques aigus caractéristiques, mais l’actrice est toujours phénoménale. Un monstre sacré, s’il en est.

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