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Retour triomphal du Ballet de Vienne à Paris

Danse , Festivals, La Scène

Théâtre du Châtelet. 5/VII/13. Dans le cadre des Etés de la Danse. Ballet de l’Opéra national de Vienne : Soirée hommage à Rudolf Noureev. Avec les solistes et les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Vienne, direction artistique : Manuel Legris. Musiques enregistrées.

Attention, soirée pour balletomanes avertis ! Près de trois heures d’extraits et de pièces courtes autour d’un fil rouge, . Pour ce spectacle inaugural de la neuvième édition du festival Les Etés de la Danse, qui invite chaque année une compagnie étrangère, , directeur artistique du et ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris a répondu à l’invitation en choisissant des pièces en lien avec l’histoire ou la personnalité de . Une soirée très attendue à laquelle le public du Châtelet a fait un triomphe.

Pendant presque 25 ans, Rudolf Noureev a été associé au Ballet de Vienne, en tant que danseur, mais aussi chorégraphe et producteur de ballets classiques. C’est à Vienne qu’il montera son premier « Lac des Cygnes » et son premier « Don Quichotte » dans les années 1960. Plus tard, il y reviendra pour monter « La Belle au bois dormant » et « Raymonda ». En 1982, Rudolf Noureev devient citoyen autrichien et est nommé membre honoraire de l’Opéra de Vienne. Depuis son arrivée à la direction artistique du Ballet, en 2010, a souhaité associer plus étroitement le nom du chorégraphe à la compagnie en lui consacrant chaque saison un Gala.

Qui dit Gala entend une forme un peu surannée de spectacles de danse, réservée aux ballettomanes avertis, qui s’y rendent avec ferveur pour applaudir des versions rares ou des productions oubliées, mais aussi des danseurs exceptionnels dans des pas de deux taillés pour la performance technique. Ce Gala Noureev ne déroge pas à la règle – un peu frustrante – du saucissonnage, en offrant pas moins de dix extraits ou pièces courtes ayant de près ou de loin un lien avec Noureev.

Pour familiariser le public parisien avec les danseurs du Ballet de Vienne, qui n’a pas foulé les scènes parisiennes depuis 1968, Manuel Legris a eu une excellente idée : faire précéder chaque séquence d’une courte vidéo des danseurs en répétition, indiquant leur nom. La soirée commence avec « Laurencia », de Vakhtang Tchaboukiani, un pas de six à tonalité espagnole offrant un véritable festival de manèges et de tours en l’air. En démarrant sur les chapeaux de roues, le ton de la soirée est donné : hyper personnalisation, hétérogénéité des styles, bref, un écrin sur mesure pour mettre en valeur les performances techniques des danseurs, du très russe à la très japonaise . Les autres pas de deux ou ensembles extraits de ballets classiques sont à l’avenant, comme le brillant pas de deux de l’acte III de « La Belle au Bois dormant », chorégraphié par Noureev en 1966. , élégante, fine et précise est accompagnée par , un danseur solide aux pectoraux développés qui vient d’être promu « premier soliste » dans la compagnie. Après l’entracte, mêmes éblouissements techniques avec le pas de cinq de l’acte I du « Lac des Cygnes », dans sa première version, datée de 1964, puis avec le pas de deux du « Corsaire », où le couple vedette de la compagnie et Denys Cherevychko scotchent les spectateurs à leurs fauteuils avec un rebond extraordinaire et des fouettés de folie. Le directeur artistique lui-même ne peut que crier « Bravo ! »

Plus d’homogénéité et d’esprit collectif, en revanche, dans l’interprétation des pièces néoclassiques ou contemporaines, comme le subtil et élégant « Before nightfall », de (1985), qui rassemble une douzaine de danseurs impressionnants et poignants. Même rigueur et même engagement dans le « Bach Suite III » de , qui clôt en beauté la soirée. Apaisement, harmonie et luminosité sont apporté par les dix jeunes danseurs au milieu desquelles irradie la belle .

En guise d’intermèdes, on apprécie aussi beaucoup le piquant pas de deux de l’acte II de « La Chauve-Souris », de , un chorégraphe qui s’est beaucoup intéressé à Noureev. La superbe et longue illumine littéralement ce court extrait, dont on aurait aimé voir davantage. Amusant aussi, le duo plein d’humour de « Black Cake », de Hans van Manen, une variation spirituelle autour du couple et du tango dans laquelle se glissent à merveille et .

Il reste en revanche beaucoup à faire pour retrouver l’esprit originel de Forsythe dans « The vertiginous thrill of exactitude », un quintet a priori très audacieux. Bras approximatifs, ensembles brinquebalants, la rigueur exigée par le chorégraphe manque dans cette version bancale. Quant à Balanchine, il n’aurait pas non plus été emballé par le pas de deux de « Rubis », sorti de son contexte, malgré l’excellence des danseurs et .
Bilan en demi-teinte donc, pour cette première prise de contact avec la compagnie viennoise, jeune et enthousiaste, qui offre de grands talents et de belles personnalités, mais serait bien inspirée de privilégier l’épure dans ses programmations afin de mettre en valeur ses qualités tout en masquant ses éventuels défauts. Peut-être cela sera-t-il le cas des deux autres soirées programmées pendant ces trois semaines de festival, un programme mixte contemporain et le fameux « Don Quichotte » ?

Crédits photographiques : photo 1 : Pas de deux Rubis M.Yakovleva-M.Sosnovschi; photo 2 Before Nightfall , Nina Poláková-Roman Lazik © Mikael Pöhn

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