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Soirée Stockhausen au Festival d’Automne

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Paris. Cité de la Musique. 13-XI-2013. Festival d’Automne. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Trans pour orchestre et électronique ; Bassetsu Trio pour cor de basset, trompette et trombone ; Menschen hört pour sextuor vocal ; Unsichtbare Chöre pour bande magnétique à huit pistes. Marco Blaauw, trompette ; Stephen Menotti, trombone ; Fie Schouten, cor de basset ; Neue Vocalsolisten Stuttgart ; Klaus-Dieter Hesse, réalisation sonore (Trans) ; Kathinka Pasveer, collaboration à la réalisation scénique (Trans) ; Pauk Jeukendrup, réalisation sonore ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau, direction : François-Xavier Roth.

stockhausenUne banderole alertant le public de la Cité de la Musique sur la situation critique de l’, menacé de disparaître était dressée à l’entrée du bâtiment en cette soirée de concert du Festival d’Automne où les musiciens allemands sous la direction de leur chef célébraient un de leurs génies nationaux .
faisait une nouvelle intervention publique en début de seconde partie pour mobiliser les esprits alors qu’une pétition signée par un grand nombre de chefs d’orchestre internationaux a été adressée aux institutions allemandes concernées pour qu’elles modifient leur décision.

Le concert fleuve, à la mesure de ce « rêveur d’inouï » (3 heures 30 de spectacle!) débutait par la pièce symphonique mixte Trans (1971), celle que ce même  a crée sous la direction d’Ernest Bour en 1971 à Donaueschingen. Selon le rituel imposé par Stockhausen, elle doit être jouée deux fois dans la même soirée. Le compositeur dit avoir rêvé ce nouvel opus qu’il va concevoir selon ses propres images, visuelle et auditive. Un immense rideau s’ouvre au début de l’oeuvre, découvrant à travers un tulle mauve deux rangées d’instrumentistes à cordes (sans pupitres) dans des positions très extatiques, « comme des personnages de musée en cire » raconte Stockhausen. Leurs sonorités très planantes et judicieusement traitées par l’électronique pour obtenir un léger « sfumato » sont bientôt concurrencées par celles des vents et des percussions, invisibles et spatialisées, creusant l’espace du rêve. Sur la bande huit pistes passe le bruit fracassant d’un métier à tisser dont le compositeur avait écouté la mécanique avec une certaine fascination; il vient périodiquement perturber le long fleuve tranquille des cordes et semble fournir les nervures structurelles de cette performance d’une grosse demi-heure. Elle est animée par trois interventions insolites autant que parodiques de l’alto, du violoncelle et de la trompette qui émerge seule au-dessus des cordes. Celles-ci se mettent à tanguer dangereusement après un long silence énigmatique. La seconde audition après la première pause expliquait en partie la longueur inhabituelle du concert.

Bassetsu Trio pour cor de basset, trompette et trombone est une réélaboration d’un moment important de Mittwoch aus Licht tiré de l’opéra en sept journées Licht que Stockhausen compose de 1977 à 2002. Les trois instrumentistes, absolument sidérants de souplesse et de virtuosité – , et , tous rompus à l’ascèse stockhausienne – évoluent sans partition avec les déplacements et la chorégraphie des gestes prévus par Stockhausen qui écrit le son dans l’espace. Les instruments sont toujours légèrement amplifiés avec un très bel effet de spatialisation à la fin de cette longue trajectoire, lorsque les trois instrumentistes quittent la salle en continuant de jouer.

Toujours extrait de Mitwoch aus Licht, Menschen hört (Hommes, écoutez) est liée à Michaelion, scène avec laquelle doit se terminer Licht. L’oeuvre convoquait les six Neue Vocalisten Stuttgart qui apparaissaient à l’étage, de part et d’autre de la salle, tenant en leur main… un globe coloré représentant une planète. Stockhausen précise les couleurs des costumes de chaque chanteur, évoluant bien sûr sans partition. Les voix très pures et hiératiques s’inscrivent dans une polyphonie épurée et un climat méditatif très immersif.

Une deuxième pause découragea une partie de l’auditoire; il était en effet plus de 22h30 lorqu’était lancée la bande magnétique huit pistes de 47′ Unsichtbare Chöre (Choeurs invisibles). La pièce est extraite cette fois de Donnerstag aus Licht; la bande est diffusée au cours du premier acte (Jeunesse de Michael) et fait entendre trois écrits intertestamentaires ( de Moïse, de Lévi et de l’Apocalypse syriaque de Baruch) en allemand et en hébreu. L’étirement excessif du temps de l’oeuvre ne gâche en rien des moments d’une grande beauté dans le traitement spectaculaire des masses chorales investissant tout l’espace de résonance; Stockhausen fait apprécier la beauté de la langue dans des instants psalmodiques et incantatoires, telle la partie litanique, entendue dans le grain sombre des voix, qui termine cette oeuvre visionnaire.

Crédit photographique : K.Stockhausen, Toronto, décembre 1971 © Stockhausen – Stiftung für Musik

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Paris. Cité de la Musique. 13-XI-2013. Festival d’Automne. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Trans pour orchestre et électronique ; Bassetsu Trio pour cor de basset, trompette et trombone ; Menschen hört pour sextuor vocal ; Unsichtbare Chöre pour bande magnétique à huit pistes. Marco Blaauw, trompette ; Stephen Menotti, trombone ; Fie Schouten, cor de basset ; Neue Vocalsolisten Stuttgart ; Klaus-Dieter Hesse, réalisation sonore (Trans) ; Kathinka Pasveer, collaboration à la réalisation scénique (Trans) ; Pauk Jeukendrup, réalisation sonore ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau, direction : François-Xavier Roth.

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