Strasbourg : Reprise du Rigoletto d’Aix

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 8-XII-2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, mélodrame en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce Le Roi s’amuse de Victor Hugo. Mise en scène : Robert Carsen. Réalisation de la mise en scène : Christophe Gayral. Décors : Radu Boruzescu. Costumes : Miruna Boruzescu. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Dramaturgie : Ian Burton. Avec : George Petean, Rigoletto ; Dmytro Popov, le Duc de Mantoue ; Nathalie Manfrino, Gilda ; Konstantin Gorny, Sparafucile ; Sara Fulgoni, Maddalena ; Scott Wilde, le Comte Monterone ; Manuel Betancourt, Marullo ; Mark Van Arsdale, Matteo Borsa ; Nadia Bieber, Giovanna ; Anna Maistriau, la Comtesse Ceprano / un Page ; Ugo Rabec, le Comte Ceprano ; Jaesun Ko, un Huissier. Chœur de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon) ; Orchestre philharmonique de Strasbourg ; direction musicale : Paolo Carignani.

Rigoletto (Strasbourg13)-24HDAprès le Festival d’Aix-en-Provence l’été dernier et avant la Monnaie de Bruxelles en mai prochain, Rigoletto de Verdi sous la houlette du très demandé fait une halte à l’Opéra national du Rhin, coproducteur du spectacle (Strasbourg en décembre puis La Filature de Mulhouse en janvier). Une distribution entièrement nouvelle en revivifie l’intérêt.

Lors de sa présentation à Aix-en-Provence, la vision de a été abondamment commentée par la critique avec des avis souvent très contrastés. Sans y revenir en détail, elle ne constitue certes pas sa mise en scène la plus évidente et aboutie ni la plus originale mais n’est pourtant pas dénuée des ses qualités coutumières.

La transposition, habituelle chez Carsen, dans l’univers du spectacle passe cette fois par la métaphore du cirque, suggérée par le personnage du bouffon Rigoletto ici devenu clown : fausse bonne idée qui se heurte plus d’une fois au texte, réduit la complexité psychologique des personnages et parasite souvent l’expression des émotions. On regrette également certaines facilités voire trivialités dont Robert Carsen aurait pu aisément se dispenser, comme ces femmes tigresses quasiment nues et se trémoussant lascivement sous le fouet d’un dompteur ou comme ces poupées gonflables qu’exhibe complaisamment Rigoletto. En revanche, le strip-tease intégral du ténor, qui avait tant fait glousser la blogosphère à Aix, a disparu, ce dernier terminant simplement en caleçon avant d’aller rejoindre sa Gilda. Mais on retrouve tout de même l’unicité de la conception, assumée et tenue de bout en bout, le soin apporté aux décors, costumes et lumières, la précision et la véracité de la direction d’acteurs, la fulgurance de certaines images (Monterone dévoilant le cadavre nu de sa fille, le «Caro nome» de Gilda en apesanteur sur un trapèze sous la voûte nocturne étoilée, la chute finale d’une ballerine depuis les cintres à la mort de Gilda au centre de l’arène).

Rigoletto (Strasbourg13)-20HD
Le Rigoletto somptueux de confirme qu’il faut compter ce baryton roumain parmi les tout meilleurs interprètes verdiens du moment. Non seulement la voix est splendide, d’une parfaite homogénéité, l’aigu glorieux et conquérant, la technique accomplie y compris dans des grupetti dignes d’un belcantiste, mais tout semble aisé, naturel, spontané. L’interprète n’est pas en reste, multipliant les nuances, investissant son personnage avec une authenticité et une humanité de chaque instant, se montrant tour à tour violent dans la colère, touchant dans son paternalisme ou déchirant dans la douleur. Une incarnation majeure… Aux côtés d’un Rigoletto d’un tel niveau, le Duc de ne démérite en rien ; là aussi, l’aigu est généreux et rayonnant, la voix saine et artistiquement conduite, le legato soigné, le souci des nuances méritoire, le timbre séduisant en dépit de quelques nasalités et d’une relative monochromie. Avec un tel interprète, ce rôle de bellâtre superficiel et égoïste en deviendrait presque sympathique.

Chez la Gilda de , on apprécie l’intensité dramatique, la substance de la pâte vocale et l’engagement. Mais force est de constater que le rôle ne convient plus à ses moyens actuels ; l’extrême aigu est durci, douloureux, instable, la vocalise est raide et contrainte, l’effort est permanent. Dans ces conditions, son «Caro nome» très exposé se transforme en chemin de croix. En Sparafucile, est splendide, timbre noir et graves profonds incroyablement sonores. La Maddalena de , quelque peu maltraitée par la mise en scène, pâtit, en terme de puissance, d’un entourage aussi relevé. Le timbre est cependant riche et elle évite soigneusement tout poitrinage intempestif.

A la baguette, s’y connaît pour stimuler orchestre et plateau. Son énergie communicative fait avancer la soirée sans temps mort, relance en permanence le discours, assure rythme et dramatisme mais n’évite pas les quelques décalages inhérents à une première. Visiblement convaincu par cette direction, l’ donne son meilleur en intensité et en engagement mais ne peut offrir qu’une palette relativement limitée de couleurs. Le Chœur masculin de l’Opéra national du Rhin est bien sûr parfait, comme toujours.

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