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Eugène Onéguine à Paris, Pagliero enfin

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Paris. Palais Garnier. 3-II-2014. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : extraits de Les Saisons, Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane, Francesca Da Rimini, ballet en trois actes d’après le roman d’Alexandre Pouchkine. Arrangements et orchestration : Kurt-Heinz Stolze. Chorégraphie et mise en scène : John Cranko. Décors et costumes : Jürgen Rose. Lumière : Steen Bjarke. Avec : Karl Paquette, Eugène Onéguine ; Ludmila Pagliero, Tatiana ; Mathias Heymann, Lenski ; Charline Giezendanner, Olga ; Christophe Duquenne, le Prince Grémine ; Christine Peltzer, Madame Larina ; Ghyslaine Reichert, la Nourrice ; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris.Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : James Tuggle

Eugène Onéguine 1On a fort tort de considérer que la danseuse , parce qu’elle est brune, danseuse d’allegro et d’origine argentine, serait la meilleure représentante de rôles de caractère comme Kitri par exemple; à l’aune des autres typologies de solistes de l’Opéra de Paris, c’est celle qui s’en rapproche certes le plus, mais il a fallu, à nos yeux, que la direction de la danse lui donne cette opportunité d’un personnage aussi dramatique que celui de Tatiana pour faire valoir un nouveau joyau sur sa couronne d’étoile. Enfin, comme un aboutissement, il a été possible de la voir évoluer dans un rôle de composition où sa pudeur et sa retenue naturelles parlent pour elle et se font le support ineffable de la représentation que l’on peut se faire de l’héroïne russe. Toujours aidée d’une technique superbe, elle livre une poignante tragédie, jusque dans l’honneur de la femme du monde qui aime Onéguine et dont elle sait qu’elle ne sera jamais aimée en retour pour elle-même, mais pour ce qu’elle signifie comme fantasme inatteignable pour lui, maintenant qu’elle est femme d’un autre.

Une très belle construction dans la conceptualisation du rôle qui légitime enfin totalement cette danseuse dans les rôles les plus difficiles du répertoire, que ce soit sur le plan de la technique (où elle a toujours brillé), ou sur le plan de l’émotion : depuis ce soir, il n’y a plus de doute sur le fait qu’un cœur sensible palpite sous l’édifice de l’impétuosité esthétique.

Elle est accompagnée, pour les honneurs de la première distribution, de , qui bénéficie désormais d’une place de premier choix parmi les danseurs Etoiles. C’est, comme toujours, un grand partenaire. Lui aussi profite de l’aura de Mlle Pagliero, car il danse de façon très personnalisée, avec une présence fort intéressante, dans un entre-deux : Onéguine est déjà âgé pour Tatiana dès le premier acte, et quand il voudrait revenir sur le passé au dernier acte, il est déjà trop tard. Du côté des hommes, Mathias Heymann, qui reprend Lenski où il avait été nommé à la précédente reprise, acquiert depuis son retour sur scène un poids dramatique qui ne lui a rien fait perdre de sa légèreté et de son insouciance habituelles.

Onéguine (saison 2011-2012)

Enfin, pour clore le quatuor de la pièce, Olga était campée par la très belle Mlle Giezendanner : cela semble facile de lui attribuer cet adjectif, mais on ne peut que lui être reconnaissant d’avoir travaillé ce haut du corps de façon à le rendre plus lyrique, plus fluide par rapport à ce à quoi le style Opéra se suffit parfois. Dans une certaine pondération, l’ensemble des quatre protagonistes peut paraître objectivement disparate, mais il se saisit d’une certaine dynamique où l’on en fait pas trop, et où les choses sont abordées avec une certaine simplicité (sans que cela en soit péjoratif pour autant).

Onéguine 2

Dans ce contexte, le corps de ballet ne peut être que fantomatique face au dénouement du drame, comme si l’action se déroulait sur deux plans différents qui cohabiteraient de façon permanente sans jamais se rencontrer réellement. En tout cas, les garçons ont pris visiblement beaucoup de plaisir et ont, avec un entrain communicatif, donné beaucoup de corps aux ensembles ; pour une fois, on voit des gens sourire et vivre sur la scène de l’Opéra. Et l’on retrouve la bonhomie provinciale de dans le rôle de la nourrice, rôle de composition s’il en est.

Très succinctement, on ne peut que souhaiter que l’orchestre s’élève au niveau de la troupe de danse, car les approximations d’intonations, de départ, voire les problèmes de justesse ont fait douter qu’il s’agissait là d’un des meilleurs orchestres nationaux. Pour une fois que ce n’était pas du Minkus !

Cette série de représentations verra le départ d’une des plus belles étoiles de la compagnie, Mlle (où elle avait été par ailleurs nommée la même soirée que M. Heymann, il y a quatre ans). Avec ce qu’il nous a été proposé de voir ce soir, on peut penser, d’une certaine façon, que son départ ne signe pas la fin des héroïnes néoclassiques à l’Opéra de Paris.

Crédits photographiques : photo 1 , © Julien Benhamou, Opéra National de Paris ; photo 2 Corps de ballet © Michel Lidvac , Opéra National de Paris, photo 3  © Julien Benhamou, Opéra National de Paris

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Paris. Palais Garnier. 3-II-2014. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : extraits de Les Saisons, Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane, Francesca Da Rimini, ballet en trois actes d’après le roman d’Alexandre Pouchkine. Arrangements et orchestration : Kurt-Heinz Stolze. Chorégraphie et mise en scène : John Cranko. Décors et costumes : Jürgen Rose. Lumière : Steen Bjarke. Avec : Karl Paquette, Eugène Onéguine ; Ludmila Pagliero, Tatiana ; Mathias Heymann, Lenski ; Charline Giezendanner, Olga ; Christophe Duquenne, le Prince Grémine ; Christine Peltzer, Madame Larina ; Ghyslaine Reichert, la Nourrice ; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris.Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : James Tuggle

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