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Castor & Pollux dépoussièré par Haïm et Kosky

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Dijon. Auditorium. 28-IX-2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, tragédie lyrique, version de 1754 sur un livret de Pierre-Joseph Bernard. Mise en scène : Barrie Kosky. Scénographie et costumes : Katrin Lea Ting. Avec : Pascal Charbonneau, Castor ; Henk Neven, Pollux ; Emmanuelle de Negri, Télaïre ; Gaëlle Arquez, Phœbé ; Frédéric Caton, Jupiter ; Erwin Aros, Mercure et athlète. Chœur et orchestre du Concert d’Astrée, direction musicale Emmanuelle Haïm.

Castor & Pollux_Opéra de Dijon©Gilles Abegg_IMG_0261Avec Castor & Pollux proposé par l’Opéra de Dijon, c’est véritablement dans l’atmosphère d’une tragédie antique pleine de sang et de fureur que nous plongent et .

Car, contrairement à ce que l’on peut croire, la musique de Rameau s’y prête. Ces deux-là s’entendent à merveille pour utiliser à leurs fins sa nervosité, sa dynamique trop souvent édulcorée par des interprétations sucrées. Ils s’accordent magnifiquement pour nous donner de Castor et Pollux une vision presque romantique de cette histoire du triomphe de la fraternité ; triomphe certes, mais à quel prix !

, directeur du Komische Oper de Berlin, demande aux acteurs, enfermés dans une boîte qui délimite l’espace, énormément de mobilité. Cela s’accorde avec la musique du compositeur : ils courent, ils se fracassent contre les parois, et ils expriment par leurs corps même, par leur gestique, leurs caractères propres mais aussi l’enfermement que chacun se fabrique, et que chacun essaye de briser. Ainsi, Télaïre semble  être une héroïne tantôt impulsive, tantôt caressante et amoureuse mais aussi  désespérée.  Les combats entre Lyncée et Castor, puis celui entre Pollux et Lyncée,  traités en live comme des règlements de comptes entre mauvais garçons, accentuent le climat de violence. En revanche, les suivantes d’Hébé sont toutes en caresses sinueuses et donc voluptueuses. Les costumes contemporains, dans des tons assortis avec art, contribuent aussi à actualiser évidemment cette idée de modernité, et les lumières jouent un rôle constant en soulignant l’évolution du drame.

Le chœur,  dont les apparitions sont toujours ménagées avec subtilité sinon avec humour, est remarquable en tous points : la sonorité de ce groupe, équilibrée plutôt en renforçant les graves, est absolument magnifique. L’ensemble est très présent dans l’action, que ce soit dans le chœur funèbre, dont il sait ménager les silences, ou dans le trépidant « Brisons tous nos fers ». Lui aussi sait bouger, danser les tambourins et autres gavottes, donnant parfois l’impression d’une foule désorganisée.

Castor & Pollux_Opéra de Dijon©Gilles Abegg_IMG_9820Les danses, inséparables de la tragédie lyrique, sont traitées d’une manière originale. En effet, elles sont interprétées par le chœur lorsque l’action le permet, ou elles servent les mouvements scéniques : cela donne encore plus de fluidité à l’action et supprime l’impression de divertissement hors sujet que l’on avait souvent en regardant les opéras français de l’époque.

Les rôles titres ont été choisis visiblement en fonction de leurs voix bien différenciées. Castor au timbre très clair,  après un début un peu troublé, devient un partenaire sensible et nous émeut dans son air mélancoliquement voluptueux « Séjour de l’éternelle paix ». Pollux sait exprimer aussi bien la détermination que l’amour fraternel avec une égale vigueur, et il a dans cette version un rôle primordial. La méchante Phébé nous envoûte par sa puissance et par sa diction parfaite. Télaïre a le redoutable privilège de montrer un caractère à plusieurs facettes. Elle surmonte vocalement et scéniquement très bien cette difficulté : on lui demande de bouger sans cesse, et cet aspect tourbillonnant révèle cette psychologie pleine de spontanéité.

« Voici des Dieux l’asile aimable »… Cette phrase prononcée par Télaïre peut dépeindre le bonheur toujours renouvelé que l’on ressent à écouter . « Quel plaisir » que de se laisser séduire par ces sonorités pleines et moelleuses ! Les graves sont renforcés, comme dans le chœur (Ah, la Basse Fondamentale…), l’accompagnement est accordé subtilement à la puissance des voix et les entoure comme une liane sans les écraser. Tout est fluide, sans lourdeur, élégant comme on en rêve. Les interventions des bois, de la percussion sont des vrais bonheurs : vive Rameau !

 Photos : Castor & Pollux / Opéra de Dijon © Gilles Abegg

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Dijon. Auditorium. 28-IX-2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, tragédie lyrique, version de 1754 sur un livret de Pierre-Joseph Bernard. Mise en scène : Barrie Kosky. Scénographie et costumes : Katrin Lea Ting. Avec : Pascal Charbonneau, Castor ; Henk Neven, Pollux ; Emmanuelle de Negri, Télaïre ; Gaëlle Arquez, Phœbé ; Frédéric Caton, Jupiter ; Erwin Aros, Mercure et athlète. Chœur et orchestre du Concert d’Astrée, direction musicale Emmanuelle Haïm.

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