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L’éloge du son à la Cité de la Musique

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Paris. Festival d’Automne. Cité de la musique. 17-X-2014. Clara Iannotta (née en 1983): Intent on Resurrection – Spring or Some Such Thing pour dix-sept musiciens; Luigi Nono (1924-1990): Omaggio a György Kurtag pour quatre solistes et électronique en temps réel; Helmut Lachenmann (né en 1935): Concertini pour ensemble. Lucile Richardot, contralto; Ensemble Intercontemporain; direction Matthias Pintscher.

IannottaAutour de , figure centrale du Festival d’Automne, et révèlent des mondes en soi autant qu’une filiation fertile lors du concert éblouissant que donnait l’ à la Cité de la Musique.

Dans Intent on Resurrection – Spring or Some Such Thing (un titre inspiré par les vers poignants de l’écrivaine irlandaise Dorothy Molloy), la compositrice romaine fait naître un univers sonore bruité, d’une grande sensibilité, qui laisserait croire à la présence d’une source électroacoustique, alors qu’il n’en est rien. La matière sonore très plastique, fragile et bruissante, toujours à fleur de résonance, induit des modes de jeu très diversifiés – violons joués à la verticale, mouvements circulaires des archets, gestes-son à voir autant qu’à écouter…. Les musiciens virtuoses de l’EIC assument avec finesse et précision cette approche singulière de l’instrument, nous conviant à l’expérience d’écoute étrange autant que fascinante d’un monde sonore où l’humour le dispute à la gravité.

Omaggio a György Kurtag (1983 révisé en 1986) appartient aux oeuvres du dernier Nono auxquelles le Festival d’Automne s’attache cette année. C’est une réponse à l’hommage fait à Nono par le compositeur hongrois en 1979 et semble faire écho au précepte de ce dernier: « … le moins de matériau possible… ». A la voix de contralto – exemplaire – s’agrègent une flûte, une clarinette et un tuba, trois solistes de l’EIC époustouflants, qui étaient confrontés ce soir à une des partitions les plus délicates de leur répertoire. Les quatre « sources sonores » étaient cernées par un éclairage individuel et disposées devant qui dirigeait avec toute la souplesse et la discrétion requises. L’oeuvre quasi spectrale repose sur les seuls phonèmes du nom de György Kurtag émis par la voix dont la couleur vient se fondre avec celles des instruments, dans un rapport infime et fragile de quarts de ton.  Agissant sur le son et le souffle captés en direct, l’électronique donne à cette épure une dimension spatiale plus envoûtante encore.

Concertini (2005) d’, qui occupait la seconde partie du concert, est une pièce de quarante trois minutes. C’est certainement l’oeuvre la plus éblouissante et aboutie du Maître de Stuttgart. Il y fait l’éloge du son, envisagé dans tous ses paramètres, énergétique, résonnant, coloré et mouvant, qu’il articule à l’échelle spatiale avec une virtuosité confondante. Six groupes instrumentaux sont répartis autour du public, laissant le tuba – souverain Jérémie Dufort – trôner au fond de la salle. Le titre Concertini renvoie à l’écriture soliste d’un (guitare, harpe…) ou plusieurs instruments qui rythment le parcours temporel de la grande forme. La musique « d’os » du premier Lachenmann s’incarne ici dans des morphologies sonores aux qualités les plus diversifiées, du son lisse (le souffle originel) aux matières plus granuleuses, tel cet effet gratté, imitant le güiro, assumé par toutes les familles instrumentales, y compris le tuba; sorte de son référentiel traversant toute l’oeuvre, il semble nous guider dans le labyrinthe sonore.

Mais l’oeuvre n’aurait pas pris un tel envol sans l’investissement très communicatif de tous les musiciens et le travail hors norme de , seul au centre de « l’arène », qui donnait à l’écriture lachenmanienne son énergie galvanisante.

Photo : Clara Iannotta / DR

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Paris. Festival d’Automne. Cité de la musique. 17-X-2014. Clara Iannotta (née en 1983): Intent on Resurrection – Spring or Some Such Thing pour dix-sept musiciens; Luigi Nono (1924-1990): Omaggio a György Kurtag pour quatre solistes et électronique en temps réel; Helmut Lachenmann (né en 1935): Concertini pour ensemble. Lucile Richardot, contralto; Ensemble Intercontemporain; direction Matthias Pintscher.

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