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L’Affaire Makropoulos à Munich, une histoire d’hommes

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Munich. Nationaltheater. 1-XI-2014. Leoš Janáček (1854-1928) : L’Affaire Makropoulos, opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après Karel Čapek. Mise en scène : Árpád Schilling. Décors et costumes : Márton Ágh. Avec : Nadja Michael (Emilia Marty) ; Pavel Černoch (Albert Gregor) ; Kevin Conners (Vítek) ; Tara Erraught (Krista) ; John Lundgren (Jaroslav Prus) ; Dean Power (Janek) ; Gustáv Beláček (Dr. Kolenatý) ; Reiner Goldberg (Hauk-Šendorf)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale: Tomáš Hanus.

L’Opéra de Munich livre une production élégante et efficace du chef-d’oeuvre de Janáček, plombée seulement par son héroïne

Quelques années après une Jenůfa scéniquement modeste mais gâtée par ses distributions successives, l’Opéra de Munich offre un autre chef-d’oeuvre de Janáček à son public, dans le cadre d’une saison où le XXe siècle est présent en majesté. Cette fois, la mise en scène est à la hauteur de l’enjeu : la comédie de Čapek est si touffue que le metteur en scène a déjà fort à faire à en restituer l’essentiel ; si le travail d’ ne peut vraiment rivaliser avec la fantastique machine à fantasmes de à Paris, il réalise un spectacle clair, esthétiquement élégant et offrant une direction d’acteurs vivante et soignée. La manière dont sont à la fois distingués et harmonisés les personnages de tous ces hommes qui tournent autour de l’héroïne, tous si vivants, si persuadés de leur individualité mais si désespérément interchangeables, est de ces détails qui n’offrent peut-être pas de perspective nouvelle, mais sont d’une grande aide pour restituer à un public peu familier de l’œuvre les enjeux essentiels de cette ébouriffante comédie.
Et l’atmosphère discrètement pop de décors qui changent assez souvent pour écarter tout risque de monotonie est idéale pour créer, devant un public d’aujourd’hui, à la fois distance et adhésion.

Comme à Paris pour la création de la production de Warlikowski, c’est qui dirige, avec un orchestre cent fois mieux disposé que ne l’étaient les musiciens parisiens en pleine grève du zèle ; mais il ne se contente pas de faire sonner l’orchestre avec une impressionnante plénitude sonore qui n’est d’ailleurs pas sans quelque brutalité : il a aussi, pour cette production, réalisé une nouvelle édition critique de la partition, qui s’entend dès l’ouverture où l’architecture des tempos est profondément modifiée – on attend avec impatience un enregistrement de cette nouvelle version pour en étudier plus à loisir les apports.  Cet effort musicologique ne va cependant pas contre le théâtre : au contraire, il est placé plus haut qu’à l’accoutumée pour pouvoir suivre au plus près les chanteurs et leur assurer l’indispensable soutien.

Il est en cela admirablement suivi par une distribution masculine proche de la perfection, hors le vétéran , franchement dépassé par son rôle ; comme souvent, c’est le très gratifiant rôle du déplaisant Jaroslav Prus () qui emporte la palme, mais Pavel Černoch confirme qu’il est le ténor idéal pour Janáček, et les chanteurs de la troupe de l’Opéra de Bavière complètent le tableau avec efficacité.

Hélas, il n’en va pas de même pour la distribution féminine. Passe encore pour la Krista de , qui manque simplement de charisme et de fraîcheur ; mais il est difficile de comprendre que , à ce stade de sa carrière, ait pu être choisie pour incarner la fascinante héroïne du conte. Au lieu de la grande cantatrice qu’est censée être Emilia Marty, le public trouve une chanteuse qui se bat pendant toute la soirée avec sa voix, qui la lâche à quelques moments capitaux et ne lésine pas sur les fausses notes. On attendra avec impatience que la production soit reprise, si possible en gardant dans la fosse, mais avec une interprète plus respectueuse d’une partition hors du commun.

Crédits photographiques : Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 1-XI-2014. Leoš Janáček (1854-1928) : L’Affaire Makropoulos, opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après Karel Čapek. Mise en scène : Árpád Schilling. Décors et costumes : Márton Ágh. Avec : Nadja Michael (Emilia Marty) ; Pavel Černoch (Albert Gregor) ; Kevin Conners (Vítek) ; Tara Erraught (Krista) ; John Lundgren (Jaroslav Prus) ; Dean Power (Janek) ; Gustáv Beláček (Dr. Kolenatý) ; Reiner Goldberg (Hauk-Šendorf)… Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale: Tomáš Hanus.

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