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Kirill Petrenko trouve le son juste des Soldats de Zimmermann

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Munich. Nationaltheater. 4-XI-2014. Bernd Alois Zimmermann (1918-1970) : Die Soldaten, opéra en 4 actes sur un livret du compositeur d’après Les Soldats de J. M. R. Lenz. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décors : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Christoph Stephinger (Wesener) ; Barbara Hannigan (Marie) ; Okka von der Damerau (Charlotte) ; Hanna Schwarz (mère de Wesener) ; Michael Nagy (Stolzius) ; Heike Grötzinger (mère de Stolzius) ; Tarek Nazmi (comte de Spannheim) ; Daniel Brenna (Desportes) ; Kevin Conners (Pirzel) ; Christian Rieger (Eisenhardt) ; Tim Kuypers (Haudy) ; Wolfgang Newerla (Mary) ; Nicola Beller Carbone (comtesse de la Roche) ; Alexander Kaimbacher (le comte son fils)… Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kirill Petrenko.

© Wilfried Hösl et réalisent une vision classique de l’opéra-monstre de Zimmermann

Comment faire, aujourd’hui, pour remplir une salle d’opéra ? Visiblement, monter une nouvelle production de Tosca ne suffit pas, comme l’expérimente avec douleur l’Opéra de Paris ces jours-ci ; non, mieux vaut monter Les Soldats de Zimmermann, œuvre réputée impossible mais qui, ces vingt dernières années, aura fait le tour de toutes les grandes scènes d’Europe et d’ailleurs – Resmusica a ainsi parlé de productions à Amsterdam et à Berlin. Il ne fait guère de doute que cette production munichoise doive le jour au moins en partie au désir du directeur musical , dont l’implication dans cette partition est totale : à la suite d’un travail de préparation harassant, il livre une interprétation remarquable de la partition monstre de Zimmermann, l’intelligence du musicien aboutissant au résultat attendu, espéré, mais rare : cela consiste tout simplement à faire sonner la musique de Zimmermann pour ce qu’elle est, de la musique tout court, et pas la masse sonore plus ou moins informe que des interprètes moins compétents en tirent et qui passe pour l’essence de la « musique contemporaine » – le secret est à la fois dans la précision absolue du geste et dans une attention continue aux enjeux musicaux et dramatiques de chaque moment pour l’intégrer dans le parcours de l’œuvre. Sans doute certaines scènes comme le cri de douleur final, à force de superpositions, demeurent-elles moins lisibles, mais la direction de Petrenko permet dans l’ensemble aux chanteurs de prendre toute la place nécessaire dans la complexe dramaturgie de Zimmermann.

C’est particulièrement précieux pour l’héroïne de la soirée, , dont la voix frêle mais solide, d’une constante séduction, a besoin d’un tel écrin pour se déployer. Hannigan, on le sait, est une actrice remarquable, la mise en scène ne manque pas d’en tirer le meilleur parti ; elle aussi, comme Petrenko, réalise l’impossible en faisant oublier les difficultés de la partition : du chant, tout simplement. Ce n’est pas sans impact sur l’inteprétation du personnage : quand la chanteuse souffre autant que son personnage, on obtient une image purement victimaire de Marie ; la force séductrice de est infiniment plus ambiguë.

munich dir soldaten2La production d’ tire parti d’un décor qui multiplie les espaces de jeu – sur la scène même, les scènes de foule trouvent leur place comme celles de la vie familiale des Wesener ; au-dessus, une immense croix constituée de cases grillagées accueille au début du spectacle des scènes qui donnent la tonalité générale de l’œuvre, où des soldats brutalisent des femmes, mais aussi les scènes de la vie des gens de bonne famille, les Stolzius ou la comtesse de la Roche. Kriegenburg, qui réalise au théâtre ses propres décors mais les délègue à pour l’opéra, sait naturellement remarquablement utiliser toutes les possibilités techniques de la scène en créant des lieux toujours changeants et toujours parlants pour situer l’action ; ce très beau spectacle ne possède pas tout à fait la force émotionnelle ravageuse de son Wozzeck sur la même scène, et on pourra préférer la vision moins aimable de Calixto Bieito à Zurich et Berlin, mais sa clarté et sa force visuelle ont de quoi contenter le public le plus exigeant.

Il en va largement de même pour les interprètes qui entourent . On apprécie d’autant plus en Desportes que la distribution prévoyait initialement Endrik Wottrich dans ce rôle très au-dessus de ses capacités ; et s’il faut à nouveau en passer (comme à Salzbourg, comme à Berlin !) par une comtesse à bout de voix, incapable de produire autre chose qu’un parlé-chanté chaotique, on retrouve avec plaisir l’inusable , mais aussi toute une série de membres de la troupe de la Staatsoper au meilleur de leur forme : il y a eu un effort ces dernières années pour augmenter le niveau de cette troupe qui ne sert plus simplement à assumer au quotidien les micro-rôles des opéras du répertoire, mais assume des fonctions beaucoup plus importantes avec succès. Cette représentation était la dernière prévue cette saison d’une production créée en mai dernier : il faut espérer que, malgré le coût prohibitif de chaque représentation l’Opéra de Bavière n’en restera pas là.

Crédits photographiques :  Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 4-XI-2014. Bernd Alois Zimmermann (1918-1970) : Die Soldaten, opéra en 4 actes sur un livret du compositeur d’après Les Soldats de J. M. R. Lenz. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décors : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Christoph Stephinger (Wesener) ; Barbara Hannigan (Marie) ; Okka von der Damerau (Charlotte) ; Hanna Schwarz (mère de Wesener) ; Michael Nagy (Stolzius) ; Heike Grötzinger (mère de Stolzius) ; Tarek Nazmi (comte de Spannheim) ; Daniel Brenna (Desportes) ; Kevin Conners (Pirzel) ; Christian Rieger (Eisenhardt) ; Tim Kuypers (Haudy) ; Wolfgang Newerla (Mary) ; Nicola Beller Carbone (comtesse de la Roche) ; Alexander Kaimbacher (le comte son fils)… Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kirill Petrenko.

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