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Un très sage Idomeneo à Montpellier

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Montpellier. Opéra-Comédie. 28-XII-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1797) : Idomeneo, re di Creta K.366, opéra en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en scène : Jean-Yves Courrègelongue. Décors : Mathieu Lorry-Dupuy. Costumes : Yashi. Lumières : John Torres. Avec : Brendan Tuohy, Idomeneo ; Marion Tassou, Ilia ; Anna Manske, Idamante ; Clémence Tilquin, Elettra ; Antonio Figueroa, Arbace ; Nikola Todorovitch, Grand-Prêtre de Neptune, Premier Troyen ; Jean-Vincent Blot, La voix de Neptune ; Véronique Parize, Première femme crétoise ; Alexandra Dauphin, Seconde femme crétoise ; Jean-Claude Pacull, Second Troyen. Chœur et chœur supplémentaire de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Noëlle Gény ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Sébastien Rouland.

Image 7L’Opéra de Montpellier présente une nouvelle production de Idomeneo de Mozart dans une lecture scéniquement sage et musicalement honnête.

On perçoit chez Jean-Yves Courrègelongue l’intérêt porté au corps comme signifiant de l’action, souvent dans un décor de couleurs froides, aux formes simples. La leçon de Robert Wilson n’a rien chez lui d’une imitation et il serait injuste de dire qu’en éteignant les lumières, on se retrouverait dans l’atelier du Watermill Center. La comparaison serait plutôt à chercher du côté du cinéaste Robert Bresson et de son travail avec des acteurs amateurs – sans doute gauches et candides mais extraordinaires par ce qui se dégage d’expression dans leur absence de métier. Loin de nous l’idée de pointer l’amateurisme de la troupe de jeunes chanteurs réunis dans cette production d’Idomeneo à l’Opéra-Comédie de Montpellier… Il règne sur le plateau un indéniable esprit de troupe qui manquait à des productions plus « officielles » comme par exemple celles d’Olivier Py en 2009 à Aix-en-Provence ou au Théâtre des Champs-Elysées en 2011.

Epure et simplicité

Le décor de Mathieu Lorry-Dupuy souligne la symbolique d’une piscine abandonnée (fausse référence aux carrelages blancs de Warlikowski) à travers laquelle se reflète la symbolique de cet élément marin, source de gloire et de menace. Rien de provocant ou de gratuit dans cette épure censée fonctionner comme une toile de fond assez neutre sur laquelle se détachent les affects et les drames. Débarrassée de son antiquité de bazar, cet opera seria mésestimé expose des situations de conflits psychologiques qui en font une œuvre de la filiation et du passage de témoin entre les générations. Ilia et Elettra sont les deux pôles autour desquels gravitent les enjeux – la première, en tant que féminité libre et en devenir, à l’opposé de la seconde, femme émancipée et victime de son ambition. Chez Courrègelongue,  Idomeneo rejoint la série des grands personnages mozartiens que le destin rétrograde au second plan (Titus, Almaviva ou, dans une certaine mesure, Don Giovanni). L’acte III est ici le plus réussi, dans cette volonté d’illustrer ce nœud gordien situation qu’un deus ex machina vient trancher en dernier ressort.

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Le plateau est dominé par l’Elletra au caractère bien trempé de . La jeune soprano se joue au III des difficultés du périlleux « D’Oreste, d’Aiace« , dont la ligne court en volutes élégantes jusqu’à l’embrasement final. L’Ilia de est l’autre heureuse surprise de cette production. Séduisante d’engagement dans son « Padre, germani, addio« , on en viendrait presque à regretter un manque d’abandon qui viendrait colorer à merveille un « Zeffiretti lusinghieri« , prometteur mais un rien corseté. campe un Idamante à la projection assez modeste mais très convainquant dans les airs. L’Idoménée de cherche ses marques et son legato dans « Vedrommi intorno » et se libère complètement dans « Fuor del mar » au II et « Torna la pace » dans le final. Ni (Arbace), ni (Grand Prêtre de Neptune) ne déméritent, tandis que mériterait davantage qu’une invisible voix de Neptune de quelques minutes. Les chœurs, préparés par Noëlle Gény, sont vraiment admirables de bout en bout.

Dans la fosse, joue la carte de la fluctuation des tempi et du jeu des couleurs. L’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon se plie jusqu’à une certaine limite à cette approche souvent vivifiante, parfois aléatoire. Les cors sont à la peine quand les cordes accélèrent sans trop de problème, quitte à laisser de la couleur en chemin…

Crédits photographiques : © Marc Ginot / Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

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Montpellier. Opéra-Comédie. 28-XII-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1797) : Idomeneo, re di Creta K.366, opéra en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en scène : Jean-Yves Courrègelongue. Décors : Mathieu Lorry-Dupuy. Costumes : Yashi. Lumières : John Torres. Avec : Brendan Tuohy, Idomeneo ; Marion Tassou, Ilia ; Anna Manske, Idamante ; Clémence Tilquin, Elettra ; Antonio Figueroa, Arbace ; Nikola Todorovitch, Grand-Prêtre de Neptune, Premier Troyen ; Jean-Vincent Blot, La voix de Neptune ; Véronique Parize, Première femme crétoise ; Alexandra Dauphin, Seconde femme crétoise ; Jean-Claude Pacull, Second Troyen. Chœur et chœur supplémentaire de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Noëlle Gény ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Sébastien Rouland.

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