Tristan et Isolde démythifiés à Strasbourg

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 21-III-2015. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Antony McDonald. Décors et costumes : Antony McDonald et Ricardo Pardo. Lumières : Mimi Jordan Sherin. Dramaturgie : Helen Cooper. Avec : Ian Storey, Tristan ; Melanie Diener, Isolde ; Attila Jun, le Roi Marke ; Raimund Nolte, Kurwenal ; Michelle Breedt, Brangäne ; Gijs Van der Linden, Melot ; Sunggoo Lee, un Berger, un Marin ; Fabien Gaschy, un Timonier. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (Chef de chœur : Sandrine Abello), Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : Axel Kober.

tristan_acte1_photoalainkaiser_55061426673936-bisÀ l’Opéra du Rhin, poursuit un cycle Wagner jusqu’ici plutôt inégal avec un Tristan et Isolde bien plus équilibré et convaincant.

Est-ce la proximité et l’attractivité sur le public allemand qui n’a que le Rhin à franchir ? Est-ce la germanophonie de tradition en terre d’Alsace ? Quoi qu’il en soit, Wagner est toujours bienvenu à l’Opéra national du Rhin et y est accueilli par des salles pleines et enthousiastes. Après l’éclatante réussite de la Tétralogie mise en scène par David McVicar sous la direction de Nicholas Snowman, son successeur a continué en programmant chaque saison un opéra de (Tannhaüser en 2013, Le Vaisseau Fantôme en 2014) avec, il faut bien le reconnaître, une moindre réussite. Pour la saison prochaine, il semble que soit envisagé le rarissime La Défense d’aimer. Mais pour cette année, c’est le monumental Tristan et Isolde qui est au menu.

Le metteur en scène en présente une vision très concrète, presque réaliste, ni conceptuelle, ni psychanalytique, toute fraîche dans sa simplicité. Les décors et costumes inspirés par les années 40 et qu’il a lui-même conçus avec Ricardo Pardo figurent au I le pont et la timonerie d’un cargo où les mondes féminins et masculins sont clairement situés à des étages différents, au II une chambre d’hôtel au papier peint jaunâtre bien peu seyant (on se croirait chez Christoph Marthaler!). Au III Kareol, le château natal de Tristan, n’est qu’une maison de pêcheurs en bois au mobilier succinct, où son tricycle d’enfant a été oublié dans un coin. La mer est, comme il se doit, omniprésente en fond de scène. trouve des attitudes parfaitement naturelles, des gestes pleins de vérité, qui humanisent les protagonistes, les rapprochent du public et, partant, rendent celui-ci plus sensible à leurs affects et à leur drame. Évidemment, si l’on y gagne en crédibilité théâtrale et en émotion, on y perd en hauteur de vue et en grandeur du mythe dans ce qui finit par s’apparenter à une banale histoire d’adultère dans un univers bourgeois.

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a beaucoup chanté le rôle de Tristan et cela commence à s’entendre. Surtout en début de spectacle, la voix bouge énormément et il use voire abuse d’un mezza voce détimbré tout en claironnant quelque aigus. Par bonheur, les choses s’améliorent en cours de soirée ; il retrouve de la vaillance pour le duo d’amour et délivre au III une agonie de Tristan intensément vécue et très émouvante. est une fort belle Isolde, au médium charnu et puissant, à l’autorité et à la présence scénique indéniables. Cependant l’extrême aigu lui reste délicat, qu’elle escamote ou raccourcit assez volontiers ; peut-être se ménageait-elle pour une Liebestod finale très engagée et aux aigus cette fois glorieux et tenus. Rien à redire en revanche au formidable Roi Marke de , somptueuse voix de basse au timbre profond et nourri, bouleversant de détresse et de colère contenue dans son monologue du second acte. Transformée par le costume et la mise en scène bien plus en servante ou nourrice qu’en double d’Isolde, réussit une Brangäne dramatiquement crédible et vocalement assurée, en dépit d’un aigu parfois tendu ; dommage qu’elle soit reléguée en coulisses pour ses appels qui, du coup, manquent d’ampleur et de mystère. Le Kurwenal de emporte moins l’adhésion : question de timbre trop clair, de largeur vocale un peu limite aux deux extrémités de la tessiture et d’incarnation trop monolithique. Gijs Van der Linden en Melot, tout comme Sunggoo Lee en berger ou marin, tiennent quant à eux parfaitement leur rang.

À la tête d’un irréprochable , puissant et engagé, assure une direction précise, alerte et exceptionnellement attentive à chacun. Donnant tous les départs aux chanteurs qui ne le quittent pas des yeux, il se montre tout aussi appliqué et efficace dans les transparences presque chambristes des appels de Brangäne que dans la violence des climax orchestraux, où il a tout de même tendance à couvrir les chanteurs. Cantonné lui aussi dans les coulisses, le ne peut hélas pas montrer toute sa vigueur et son intensité habituelles.

Crédit photographique : © Alain Kaiser

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