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Les mousquetaires s’aventurent au couvent, et J. Deschamps aussi

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Comique, 15-VI-2015. Louis Varney (1844-1908) : Les Mousquetaires au couvent, opérette en trois actes sur un livret de Paul Ferrier et Jules Prével. Mise en scène : Jérôme Deschamps ; décors : Laurent Peduzzi ; lumières : Marie-Christine Soma ; chorégraphie : Glyslein Lefever. Avec : Marc Canturri, Narcisse de Brissac ; Sébastien Guèze, Gontran de Solanges ; Franck Leguérinel, l’abbé Bridaine ; Anne-Catherine Gillet, Simone ; Anne-Marine Suire, Marie de Ponrcourlay ; Antoinette Dennefeld, Louise de Ponrcourlay ; Nicole Menestier, la Mère supérieure ; Doris Lamprecht, Mme Pichard / Sœur Opportune ; Jérôme Deschamps, le Gouverneur. Les Cris de Paris (chef de chœur : Geoffroy Jourdain) ; Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, direction : Laurent Campellone.

LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT1Pour clôturer huit années de mandat en tant que directeur de l’Opéra-Comique, a choisi, non pas un opéra, ni un opéra-comique, mais une opérette, résumant ainsi son attachement à un répertoire spécifiquement français.

Lors de sa création aux Bouffes-Parisiens le 16 mars 1880, l’opérette a connu un franc succès. L’œuvre a hissé au sommet du podium son compositeur , jusqu’alors caché derrière son père, chef d’orchestre célèbre : le fils est désormais considéré comme digne successeur d’Offenbach, qui venait de mourir. L’opérette reprend l’intrigue d’un ancien vaudeville, L’habit ne fait pas le moine de Saint-Hilaire et Duport, dans le contexte républicain de la fin du 19e siècle, anticlérical pour le monde des hommes, mais traditionnel pour celui des femmes (en l’occurrence des jeunes filles), deux mondes qui se mêlent et se confrontent à la fois.

La musique ignore le wagnérisme qui faisait alors ravage en France, et s’attache à la tradition des airs à reprise, avec des mélodies simples et courtes. Selon , qui a dirigé admirablement l’orchestre de l’Opéra de Toulon et l’ensemble des chanteurs – y compris les très homogènes Cris de Paris –, est un « élagueur », avec une écriture droite, verticale, qui évite le superflu. En effet, ses musiques suscitent la bonne humeur et l’envie de fredonner car elle est simple, justement. Mais cette simplicité ne rabaisse jamais la qualité théâtrale, bien au contraire, elle est très efficace pour faire avancer l’intrigue.

La mélodicité et la gaieté, ce sont certainement les qualificatifs qui conviennent au mieux à . Vivifiante et espiègle, elle nous fait découvrir une nouvelle facette de son talent (surtout de danseuse !) et toute la salle est ravie ! En Marie, , de l’Académie de l’Opéra-Comique, fait ses débuts très remarqués dans un rôle important sur la scène parisienne. La sœur de Marie, Louise, est chantée par l’excellente , qui se montre très à l’aise aussi bien dans le chant que dans le parlé. , grand maître en matière de comédie, semble dépasser largement les autres chanteurs ; (Narcisse) et (Gontran) s’amusent beaucoup dans leur rôle respectif de mousquetaires, mais leur voix se resserre de temps à autre malgré leur très beau timbre.

La mise en scène de , ainsi que les décors et les costumes sont déjà abondamment commentés çà et là : anachronisme visuel et verbal (décors d’école actuelle pour l’acte II, objets actuels comme accessoires, utilisation de vocabulaires et d’expressions populaires d’aujourd’hui) ; le rôle du gouverneur tenu par lui-même, pour une scène librement adaptée dans le style des Deschiens ; Jésus qui descend de la croix pour une pause déjeuner ; des pompiers qui vérifient des équipements d’incendie au milieu du plus beau moment de la pièce (le duo Marie-Gontran de l’acte II) ; des costumes fantaisistes à couleurs vives… Si les dialogues sont drôles et piquants, nous avons tout de même eu le sentiment que le dosage des gags (surtout pour l’anachronisme voulu) est par moments surchargé.

Nous espérons vivement qu’Olivier Mantei, successeur de Jérôme Deschamps, continue la ligne directrice établie par celui-ci : promouvoir des répertoires rares, oubliés et/ou légers, dans des représentations de grande qualité et dans un esprit de troupe d’autrefois.

LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT

Crédits photographiques : Nicole Monestier (la Mère supérieure) / (Simone) / Jérôme Deschamps (le Gouverneur) /  (l’abbé Bridaine) /  Doris Lamprecht (sœur Opportune) / Les Cris de Paris © Pierre Grosbois ; (Simone) / Ronan Debois (Rigobert) © Pierre Grosbois

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