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Arabella à Munich, pour Anja Harteros et Hanna Elisabeth Müller

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Munich. Nationaltheater. 6-VII-2015. Richard Strauss (1864-1949) : Arabella, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Andreas Dresen. Décors : Mathias Fischer-Dieskau. Costumes : Sabine Greunig. Avec : Kurt Rydl (Graf Waldner) ; Doris Soffel (Adelaide) ; Anja Harteros (Arabella) ; Hanna Elisabeth Müller (Zdenka) ; Thomas Johannes Mayer (Mandryka) ; Joseph Kaiser (Matteo) ; Dean Power (Graf Elemer) ; Andrea Borghini (Graf Dominik) ; Steven Humes (Graf Lamoral) ; Eir Inderhaug (Die Fiakermilli) ; Heike Grötzinger (la tireuse de cartes)… Chœur de l’Opéra de Munich (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Philippe Jordan.

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C’est à Andreas Dresen que l’Opéra de Munich confie Arabella, le dernier et pas le moins problématique des opéras de Strauss et Hofmannsthal. 

La longue histoire des cinéastes à l’opéra n’est pas près de trouver sa fin, quelles que soient les qualités qu’en attendent les directeurs qui les engagent. Tous, pourtant, ne sont pas Michael Hanecke, dont le Don Giovanni parisien avait ouvert à l’opéra des territoires qu’on ne soupçonnait pas ; après (pour le Comte Ory), qui n’avait pas très bien compris que le rythme à l’opéra ne se construit pas tout à fait comme dans une comédie pour ados.

Dresen ne tombe pas dans les mêmes travers que Rosenmüller, au contraire : le travail présenté ce soir semble le parfait produit de série d’un artisan de la scène, à la façon de ce que proposait l’Opéra de Paris à l’époque de Hugues Gall, une élégance certaine, une stylisation de bon aloi, une mise en place soignée. Tout n’est pas réussi pour autant : le troisième acte, qui n’est pas le plus réussi dramatiquement tant la résolution du banal quiproquo prend du temps, est surmonté par Dresen en variant les lumières pour tenter de donner des atmosphères contrastées aux différents moments qui le compose : ce n’est pas laid, c’est assez habile, mais cela ne remplace pas une direction d’acteurs travaillée (quand Arabella chante son désarroi, elle est seule éclairée, tandis que les autres personnages tournent poliment le dos) ; surtout, quelle motivation dramatique, dans ce cadre réaliste, pour ces variations de lumière ?

Le décorateur Mathias Fischer-Dieskau place au centre de la scène un gigantesque escalier, qui prend diverses formes au fil des actes : quelques indications du livret indiquent un escalier et, comme dans la production de Peter Mussbach à Paris et Londres, cela suffit à fonder toute une mise en scène. Ici, l’escalier et tout ce qui l’entoure sont situés dans les années 1930, quand le livret parle des années 1860 : ce n’est pas gênant, mais c’est un peu arbitraire. Mais n’y a-t-il que des escaliers dans cet opéra ? N’y aurait-il pas, par exemple, un jeu d’une étonnante perversité avec le genre ? Hofmannsthal place dans la bouche de ses personnages féminins des répliques d’un sexisme vertigineux (quel plus beau sort pour une femme que de servir son époux ?), mais la manière dont Arabella ne se résigne pas à la solution de facilité consistant à épouser l’un ou l’autre de ses riches soupirants, et plus encore les troubles de l’identité sexuelle que Zdenka, l’opprimée, exprime, permettent une lecture plus moderne de l’œuvre : fausse adresse, hélas, dans le travail de Dresen. On ne peut nier que l’ensemble est joli, que la direction d’acteurs est soignée – ce qui n’est pas si mal en comparaison de bien des mises en scène « traditionnelles » façon Nicolas Joel ou Peter Stein –, mais il faudrait un peu plus que cela pour justifier la présence à la scène de cet opéra, qui souffre déjà tellement de son livret impossible.

Arabella München 2015

Musicalement, l’affaire est heureusement beaucoup mieux engagée. , dans la fosse, s’en tire beaucoup mieux ; tout est en place, à défaut d’être très imaginatif ou même simplement théâtral. La grande erreur de distribution consiste à avoir choisi des chanteurs vétérans, à la voix en lambeaux, pour le couple parental. Les efforts de pour jouer de son accent viennois plaisent au public, mais ni lui ni ne sont plus en mesure de tenir leur partition : le texte en pâtit souvent, mais la ligne mélodique n’est pas épargnée, et les rôles ne sont pas si courts. , lui, est bien plus à sa place en Mandryka que dans les différents Wotan qu’il interprétait sur la même scène au printemps : la voix manque un peu de personnalité et de chaleur, mais l’essentiel est là (on pourrait dire à peu près la même chose de ). Tous, pourtant, les parents comme Mandryka, les trois très bons soupirants comme la plus anonyme Fiakermilli, disparaissent derrière le duo féminin qui domine la soirée. Hanna Elisabeth Müller appartient à la troupe de l’Opéra de Munich, mais ce n’est certainement pas une distribution au rabais : non seulement elle n’est pas cantonnée aux petits rôles, mais elle montre dans les grands rôles une maturité et un rayonnement qui promettent beaucoup. Avec elle, a une partenaire à son niveau : ce n’est pas seulement le timbre somptueux de Harteros, c’est son intelligence musicale et émotionnelle d’une artiste au sens plein du terme qui fait ici l’événement.

Crédit photographique : Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 6-VII-2015. Richard Strauss (1864-1949) : Arabella, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Andreas Dresen. Décors : Mathias Fischer-Dieskau. Costumes : Sabine Greunig. Avec : Kurt Rydl (Graf Waldner) ; Doris Soffel (Adelaide) ; Anja Harteros (Arabella) ; Hanna Elisabeth Müller (Zdenka) ; Thomas Johannes Mayer (Mandryka) ; Joseph Kaiser (Matteo) ; Dean Power (Graf Elemer) ; Andrea Borghini (Graf Dominik) ; Steven Humes (Graf Lamoral) ; Eir Inderhaug (Die Fiakermilli) ; Heike Grötzinger (la tireuse de cartes)… Chœur de l’Opéra de Munich (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Philippe Jordan.

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