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À l’Opéra de Munich, Zubin Mehta endort les Gurre-Lieder

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Munich. Nationaltheater. 15-II-2016. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Gurre-Lieder pour solistes, chœur et orchestre. Stephen Gould (Waldemar) ; Anne Schwanewilms (Tove) ; Okka von der Damerau (Waldtaube) ; Goran Jurić (Bauer) ; Gerhard Siegel (Klaus-Narr) ; Klaus-Maria Brandauer (Sprecher). Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre national de Bavière, direction : Zubin Mehta.

Une direction trop placide, un chœur placé trop loin, des solistes inégaux, cette soirée consacrée au Gurre-Lieder de Schoenberg ne restera pas dans les mémoires.

Même si l’œuvre n’est plus si rare au concert, les Gurre-Lieder de Schoenberg suscitent toujours de grandes attentes, et le public a désormais compris à quelle fête on le conviait en programmant cette œuvre : il ne reste donc plus une seule place pour les trois concerts donnés à l’Opéra de Munich, six ans après les deux concerts où Mariss Jansons avait donné cette même œuvre avec la Radio Bavaroise (un DVD en témoigne).

L’Opéra de Munich marquait ainsi les 80 ans de , son ancien directeur musical (1998-2006), déjà souvent revenu depuis, et on peut supposer que c’est lui qui a souhaité les fêter avec cette œuvre. Mais qu’a-t-il à y dire ? Dès le prélude, la confusion entre les plans sonores s’installe, sur un tempo inutilement étiré ; cette impression reste plus ou moins forte pendant le concert ; Mehta, du moins, ne met pas en péril la délicate coordination avec les chanteurs et le chœur, mais il ne se départit jamais de cette sorte d’indifférence placide qui le caractérise trop souvent depuis quelque temps. Le chœur, défavorisé par son implantation très loin en fond de scène, peine à se faire entendre : il est presque entièrement couvert par l’orchestre lors de sa première intervention, et l’éblouissant chœur final manque cruellement de projection. La seule solution acoustique viable, dans cette salle, aurait été de placer l’orchestre en fosse…

Des solistes très inégaux

Les solistes, eux, sont au moins audibles, mais ils sont inégaux. , qui a souvent chanté Siegfried sur cette scène, fait merveille, avec une diction soignée, des aigus impeccables et un engagement qui fait plaisir à entendre. La mezzo , qui fait partie de la troupe de l’Opéra de Bavière, est une Waldtaube de très haut niveau, avec toute l’émotion contenue qu’on attend de son récit qui est parmi les plus beaux moments de la partition, et est parfaitement à l’aise en ténor bouffe. Les trois autres solistes, hélas, ne donnent pas la même satisfaction. Goran Jurić ne parvient pas à trouver la rhétorique de son rôle, et si la voix est belle, l’humour passe à la trappe ; , qui a eu une des plus belles voix pour ce répertoire, peine désormais à sauver quelques notes brillantes au détriment de la diction et de la précision musicale ; mais le plus problématique est l’acteur , l’une des anciennes gloires du théâtre et du cinéma en pays germaniques, aujourd’hui un peu marginalisé : ce n’est pas de sa faute si sa voix est amplifiée de façon aussi excessive, mais le maniérisme histrionique qu’il met en œuvre ici est bien de son chef.

Avec tous ses défauts, ce concert décevant ne trompe pas le public : quelques bravos presque in memoriam accueillent Mehta et Brandauer, un peu plus de vrai enthousiasme se fait entendre pour les vrais héros de la soirée, et ; mais l’intensité sonore des applaudissements reste modérée par rapport à ce qu’on entend d’habitude dans la même salle, et chacun rentre vite chez soi. Dommage.

Crédits photographiques : © DR

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Munich. Nationaltheater. 15-II-2016. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Gurre-Lieder pour solistes, chœur et orchestre. Stephen Gould (Waldemar) ; Anne Schwanewilms (Tove) ; Okka von der Damerau (Waldtaube) ; Goran Jurić (Bauer) ; Gerhard Siegel (Klaus-Narr) ; Klaus-Maria Brandauer (Sprecher). Chœur de l’Opéra National de Bavière (préparé par Sören Eckhoff) ; Orchestre national de Bavière, direction : Zubin Mehta.

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