À Lausanne, Faust à l’étroit

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra. 7-VI-2015. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après le poème éponyme de Johann Wolfgang von Goethe. Mise en scène, décors, costumes et lumières : Stefano Poda. Avec : Paolo Fanale, Le Docteur Faust ; Kenneth Kellog, Mephistofélès ; Régis Mengus, Valentin ; Maria Katzarava, Marguerite ; Marina Viotti, Marthe ; Benoît Capt, Wagner ; Carine Séchaye, Siebel. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Marcel Seminara). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

Faust.Lausanne.01Après la magnifique production d’Ariodante de Händel, l’Opéra de Lausanne ouvre à nouveau son plateau au metteur en scène, scénographe, costumier et chorégraphe pour Faust, l’œuvre majeure de , coproduit avec le Teatro Regio de Turin.

Un événement attendu d’une part par la rareté des apparitions scéniques de cet opéra (le dernier Faust donné en Suisse Romande date d’avril 1995), par la beauté de la musique alliée avec l’intelligence d’écriture du livret et d’autre part, par l’extraordinaire imagerie qu’en donnait le metteur en scène lors de sa création turinoise.

Avec l’immense ouverture de scène du Teatro Regio de Turin et celle, beaucoup plus modeste de l’Opéra de Lausanne, à Stefano Poda de résoudre le problème spatial de ces deux ambiances avec l’énorme anneau noir, figure omniprésente de son discours scénique, symbole, selon le metteur en scène, du « pacte entre l’Homme et le Non-Être ». Si dès l’ouverture du rideau, la présence de cette pièce magistrale impressionne, elle devient bientôt obsédante, écrasante pour l’intrigue. Occupant pratiquement toute la scène, ce symbole devient un obstacle à l’accès psychologique du récit. Malgré les efforts d’adaptation de la mise en scène, il manque au spectacle lausannois, l’espace, l’air, la grandeur que Stefano Poda avait si heureusement montrés à Turin. Le manque de recul, l’impression d’entassement nuisent à certaines scènes dont on se demande la signification. Ainsi en est-il de ce serpent imaginaire que les choristes réalisent avec les avant-bras accolés à ceux de leurs compagnons. Ce confinement involontaire aurait peut-être été moins gênant si le metteur en scène italien avait axé son travail lausannois vers une direction d’acteurs plus fouillée. Or il n’y a guère que Méphistofélès () qui semble théâtralement à l’aise, encore qu’avec sa stature et ses enjambées, la scène lui est presque trop exiguë. Ainsi, le docteur Faust () et Marguerite () n’arrivent pas à nous convaincre de leur passion mutuelle.

Certes, comparaison n’est pas raison. Et votre serviteur s’excuse de ne pas être un spectateur totalement objectif de cette production lausannoise. Mais ce n’est qu’au cinquième acte qu’émerge pleinement l’univers visionnaire de Stefano Poda. La scène, plus ouverte, laisse place à l’expression d’une nuit de Valpurgis dont la noirceur cendrée est étourdissante de poésie. Une vision d’un noir désespérant plus irrévocable que le rouge des flammes de l’enfer offrant au spectateur une chorégraphie magnifiquement suggestive sur l’inspirée musique de . L’émotion scénique est à son comble quand se lève le rideau sur l’expiation de Marguerite, s’ouvrant sur un saisissant chemin de lumière. Rédemption de l’Homme vainquant la Mort.

Faust.Lausanne.02Musicalement, le spectacle de l’Opéra de Lausanne confirme la profession de foi de son directeur Éric Vigié : l’opéra, c’est du chant. Le chant est effectivement à l’honneur. D’abord avec les seconds rôles, tenus avec talent, il exhibe des chanteurs investis vocalement et soignés dans leur diction. Le livret de Faust, d’une langue magnifiquement écrite et théâtralement intelligente, favorise la locution. Ainsi, l’articulation française de (très beau et sonore Valentin), de (Marthe, pleine d’autorité et d’assurance vocale), de (Wagner) et de (Siebel toujours à l’aise dans les rôles travestis) sont remarquables d’intelligibilité sans que la qualité vocale n’en soit diminuée.

Si la basse (Mephistofélès) offre une voix aux graves d’une belle rondeur, il peine quelque peu dans le registre aigu, avec « Un veau d’or est toujours debout » tendu. Cependant, passé le probable stress des premiers instants de la Première, il termine sa prestation avec une aisance vocale couronnant un instrument de belle facture.

La soprano mexicaine (Marguerite) possède un matériel vocal puissant aux aigus impressionnant. Toutefois, cette indéniable santé vocale manque de charme. On aurait aimé qu’avec ses superbes qualités, elle donne plus de sensibilité à la timidité, la fraîcheur et la légèreté du personnage.

Les premières notes du ténor (Faust) le montrent avec une certaine apreté de ton qui disparaît cependant peu à peu pour offrir une douceur et une brillance qu’on ne lui soupçonnait plus. Son « Salut, demeure chaste et pure » avec un magnifique diminuendo sur la note finale (ah ! Giuseppe di Stefano, combien as-tu fait d’émules depuis ce certain soir de 1951 ?) reste un moment d’art lyrique privilégié.

Le bel qui dans l’ouverture sait émouvoir, perd passagèrement de sa superbe sous la direction parfois timide du chef français , pour retrouver une vigueur plus avant et terminer l’opéra dans un éblouissant final. Dans sa prestation, l’autorité et la solidité du Chœur de l’Opéra de Lausanne confirment ses sensibles progrès.

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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