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Voix somptueuses et variées aux Rencontres musicales de Vézelay

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Avallon. Collégiale Saint-Lazare. 18-VIII-2016. Œuvres de Tomás Luis de Victoria (ca. 1548-1611), Cristobal de Morales (ca. 1500-1553), Francisco Guerrero (1528-1599), Cipriano de Rore (ca. 1515-1565), Andrea Gabrieli (1533-1585), Adrian Willaert (ca. 1490-1562), Costanzo Festa (1495-1545). Ensemble Gilles Binchois, Les Sonadori.
Vézelay. Basilique Sainte-Marie-Madeleine. 18-VIII-2016. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Les Vêpres de la Vierge. Arsys Bourgogne, Académie d’Arsys Bourgogne, Ensemble La Fénice ; Mihály Zeke, direction.
Asquins. Église Saint-Jacques. 19-VIII-2016. Chants séfarades d’Alexandrie, Turquie, Jérusalem, Sarajevo, Esmirna ; traditionnels instrumentaux berbère et turc ; Œuvres d’Alphonse X le Sage (1221-1284). Canticum Novum, Emmanuel Bardon, direction.
Vézelay. Basilique Sainte-Marie-Madeleine. 19-VIII-2016. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Vigiles Nocturnes ou Vêpres, op. 37 ; Sofia Gubaïdulina (1931-) : Canticle of the sun. Juliette Salmona, violoncelle, Guy-Loup Boisneau, William Mège, percussions. La Tempête, Simon-Pierre Bestion, direction

DSC_2280La Cité de la Voix gère aujourd’hui l’ensemble des activités musicales qui se déroulent sur la colline de Vézelay et qui s’étalent désormais sur toute l’année, ponctuées de temps forts comme l’anniversaire de Bach en mars, les Rencontres musicales en août, sans oublier la résidence d’artistes.

Cette nouvelle structure affirme son identité sous l’égide de Nicolas Bucher qui propose cette année sa première programmation entièrement autonome aux Rencontres Musicales. Chacune des trois journées, intenses de concerts, d’animations et de « mises en oreille », de 9 heures du matin jusqu’à minuit, est organisée par thème.

Sous le signe de Venise

Le jeudi 18 est placé sous le signe de Venise. Venise en tant que carrefour des cultures et des styles, entre le nord et le sud au sein du territoire européen, tandis que le lendemain, c’est de l’Orient qu’il s’agit, ou des Orients, ainsi que des confrontations et fusions de leurs musiques.

Ainsi, le concert offert par l’ (voix) et (instruments), relate les échanges musicaux à l’intérieur de deux grands centres artistiques du XVIe siècle : Tolède et Venise. sert de trait d’union entre ces deux univers. Les instrumentistes, qui jouent tous debout (même pour le ténor et le bassetto de violon), mettent merveilleusement en valeur les voix, dans de splendides polyphonies.

Le soir, les Vêpres de La Vierge de Monteverdi, sont somptueuses sous la direction de , d’autant qu’il a apporté quelques transcriptions (tonalités, effets d’écho…), pour accentuer la théâtralité (les chanteurs sont placés à différents endroits de la nef et du chœur ou se déplacent) et en adoptant le diapason du nord de l’Italie de l’époque, le la à 465. En insistant sur le caractère de chaque chanteur, soliste à une voix spécifique et de couleur assez différente aux autres, veut créer un contrepoint vocal, une expressivité propre à la Renaissance en apportant une touche personnelle. Le pari est réussi pour cette interprétation revisitée mais respectueuse de l’héritage laissé par le compositeur.

L’Orient

Le vendredi 19, « Paz, Salam & Shalom » par évoque la coexistence pacifique des influences chrétiennes, juives et mauresque du XIIIe siècle. Les musiques d’Alphonse X et certains chants et instrumentaux séfarades, interprétés en alternance et presque sans interruption, révèlent certaines similitudes, notamment de sonorité (celle de la Méditerranée ?), mais soulignent surtout leurs divergences ; ainsi le fait de les enchaîner tel un grand cycle sollicite l’ouverture d’esprit des auditeurs et c’est certainement cela que le public applaudit avec enthousiasme.

DSC_3349De retour à la Basilique le soir, la et son chef concoctent un programme intitulé « Nocturne » en combinant les Vigiles nocturnes (Vêpres) de Rachmaninov et la Cantique du soleil de Gubaïdulina, dans l’esprit d’une veille musicale : des vêpres jusqu’à l’hymne au soleil, en passant par les vigiles et les laudes. Lors de la « mise en oreille », parlait de son désir de créer un spectacle plus ouvert qu’un disque qui suit fidèlement la partition, sans hésiter à modifier l’ordre de pièces ou à les entrecouper pour y insérer d’autres œuvres. Les postures des musiciens — parfois assis ou couchés — et leurs emplacements changent souvent, non pas par rapport au texte mais par rapport à l’intensité musicale, dans une interprétation remarquablement soignée du détail. La combinaison des deux œuvres et la mise en espace suscitent la curiosité chez les auditeurs, les rendant plus attentifs à l’écoute… et à la vue aussi. Les percussionnistes et le violoncelliste dans la Cantique du Soleil offrent une formidable performance mais il est dommage que la résonance du lieu ne les rende pas toujours intelligibles.

Outre ces grands concerts, d’autres, en plein air, plus détendus et de genre divers (baroque celtique, pop, variétés, chansons…), des petits déjeuners musicaux et des ateliers de chant pour enfants, égaient l’atmosphère et la rendent encore plus festive.

Crédits photographiques : Arsys Bourgogne, Académie d’Arsys Bourgogne, Ensemble La Fénice et Mihály Zeke ; La Tempête, Simon-Pierre Bestion © François Zuidberg

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