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À Lausanne, Robert Carsen en poète d’Orfeo

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Lausanne. Opéra de Lausanne. 2-X-2016. Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo. Fable musicale en cinq actes et un prologue sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène et lumières : Robert Carsen. Décors : Radu Borezescu. Costumes : Petra Reinhardt. Assistant mise en scène et chorégraphie : Marco Berriel. Assistant lumières : Henri Merzeau. Avec Fernando Guimarães, Orfeo ; Federica DiTrapani, Eiridice ; Josè Maria Lo Monaco, La Musica/La Messaggiera ; Anicio Zorzi Giustiniani, Primo pastore/Eco/Appolo ; Mathilde Opinel, La Ninfa ; Alessandro Giangrande, Secondo pastore : Delphine Galou, Speranza/Proserpina ; Nicolas Courjal, Caron/Plutone ; Tristan Blanchet, Joël Terrin, Nicolas Courjal, trois esprits. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Antonio Greco). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction Ottavio Dantone.

orfeo-01Ouverture de saison colorée avec L’Orfeo de admirablement mis en scène par un cultivant le beau, le rêve et l’humain.

L’Orfeo de n’est certes pas l’opéra le plus populaire du répertoire. Bien sûr, le mythe d’Orphée, son amour pour Eurydice le poussant courageusement à affronter les enfers et enfreignant l’obéissance à Pluton pour finalement perdre son Eurydice, a été célébré sous toutes les formes d’art. Nombre de compositeurs ont exploré cette fable musicale. Monteverdi est un des premiers à raconter ce mythe sous la forme d’un opéra. Quatre cents ans séparent notre monde lyrique de celui du compositeur italien et de son librettiste. On imagine aisément que l’expression musicale d’alors a peu de ressemblance avec celle que l’opéra nous offre aujourd’hui. Cette œuvre continue pourtant de rencontrer un large public malgré la relative austérité de son expression théâtrale. Peu ou pas d’airs, de longues déclamations récitatives qu’un accompagnement musical spartiate peut vite porter vers l’ennui, forment l’essentiel de cet opéra.

Si la structure de l’œuvre de Monteverdi recèle des longueurs, l’esthétique qu’en offre en dissipe la lassitude. Une gageure qu’il renforce faisant fi d’artifices et présentant son travail sur une scène vide. En totale harmonie avec les climats de l’intrigue, il habite son propos de lumières tantôt crues, tantôt chaudes avec d’incisifs éclairages sortant des côtés de la scène. Ainsi, sur un plateau jonché de fleurs, devant un fond de scène éclairé des jaunes éclatants de l’été, les jeunes gens célèbrent les amours d’Orphée et d’Eurydice en de joyeuses danses paraissant improvisées mais réglées au cordeau. Quand, du fond de la salle, s’avance la messagère pour annoncer la mort soudaine d’Eurydice, la scène s’assombrit soudain. Avec les garçons dans l’ombre, dos au public, laissant la messagère dans la lumière pour raconter ce funeste épisode, l’atmosphère est saisissante.

Plus théâtrale, la seconde partie permet au metteur en scène d’offrir de superbes tableaux. Avec quelques gestes mesurés mais ô combien efficaces, Robert Carsen raconte la poésie de l’œuvre. Comme ce moment où, dans la noirceur baignée du brouillard des abîmes de l’Enfer, Proserpine implore la clémence pour Eurydice, s’offrant à Pluton en défaisant ses cheveux et se laissant lentement dévêtir de son sombre manteau. Ou lorsque Apollon accompagne son fils Orfeo dans la mort avec des images d’une grande force rappelant la Piétà de Michel-Ange.

Outre la beauté des climats, les scènes de Carsen s’habillent d’une véritable direction d’acteurs. Traitant chaque personnage avec une humanité profonde, du choriste au rôle-titre, personne n’est laissé sans esprit de participer. On se regarde, on se touche, on se sourit. Avec Robert Carsen, l’autre existe.

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Côté vocal, si la distribution reste homogène, on aurait aimé des solistes quelque peu plus brillants quand bien même l’œuvre ne donne guère la possibilité d’une déclamation lyrique comme celle du bel canto. Si le ténor (Orfeo) domine la partition, il ne convainc guère et reste un Orphée assez pâle, limité dans son expression théâtrale. À ses côtés, charmante et souriante, la soprano italienne (Euridice) manque encore d’audace pour projeter sa voix. Seuls semblent tirer leur épingle du jeu, les chanteurs avec une expérience des scènes et des productions d’opéra autres que celle de la période baroque. Comme la basse (Caron/Plutone) dont les deux personnages font entendre l’autorité d’une voix profonde et timbrée du plus bel effet. De même, la soprano (Speranza/Proserpina), sculpturale et impliquée, offre de belles couleurs vocales à ses personnages, tout comme la voix plus corsée de (La Musica/La Messaggiera).

Une note spéciale doit être attribuée au chœur de l’Opéra de Lausanne qui, outre la précision et les belles couleurs de son chant, démontre une belle habileté scénique et une réelle implication dans la réussite de ce spectacle.

Dans la fosse, le chef , quoique rompu à cette musique, ne parvient pas toujours à sortir l’ d’une certaine torpeur. Pourtant, la symphonie d’ouverture avec ses cornets à bouquin et ses trombones pétaradant depuis les loges de scène auguraient d’un formidable allant musical.

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Opéra de Lausanne. 2-X-2016. Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo. Fable musicale en cinq actes et un prologue sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en scène et lumières : Robert Carsen. Décors : Radu Borezescu. Costumes : Petra Reinhardt. Assistant mise en scène et chorégraphie : Marco Berriel. Assistant lumières : Henri Merzeau. Avec Fernando Guimarães, Orfeo ; Federica DiTrapani, Eiridice ; Josè Maria Lo Monaco, La Musica/La Messaggiera ; Anicio Zorzi Giustiniani, Primo pastore/Eco/Appolo ; Mathilde Opinel, La Ninfa ; Alessandro Giangrande, Secondo pastore : Delphine Galou, Speranza/Proserpina ; Nicolas Courjal, Caron/Plutone ; Tristan Blanchet, Joël Terrin, Nicolas Courjal, trois esprits. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Antonio Greco). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction Ottavio Dantone.

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