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La somptueuse 2e symphonie de Franz Schmidt sublimée par Semyon Bychkov

À emporter, CD, Musique symphonique

Franz Schmidt (1874-1939) : Symphonie n°2. Richard Strauss (1864-1949) Interlude symphonique d’Intermezzo. Sony 8898535522. Semyon Bychkov, Orchestre philharmonique de Vienne. Enregistré au Musikverein de Vienne, du 1er au 4 septembre 2015. Durée : 55’13’’

 

Les Clefs d'or

Schmidt

Éblouissant chef d’œuvre de la symphonie viennoise du XXe siècle, la Symphonie n° 2 de revient enfin au catalogue par les Wiener Philharmoniker – l’orchestre même auquel le compositeur a appartenu en son temps – sous la baguette fervent de Bychkov qui s’est pris de passion pour cette grande page encore méconnue. Une merveille indispensable !

On connaît mal en France la musique de et c’est bien dommage ! Car cet élève de Bruckner, qui fut violoncelliste au sein des Wiener Philharmoniker, est l’un des plus grands compositeurs viennois du siècle dernier. Les discophiles ont appris à aimer son monumental oratorio « Le livre aux sept sceaux » d’après l’Apocalypse de saint Jean, ou sa sombre Symphonie n° 4, véritable requiem instrumental à la mémoire de sa fille. Mais sa musique de chambre (deux quatuors et trois quintettes avec piano), ses trois premières symphonies comme ses autres pages d’orchestre, ses deux opéras ou son oeuvre d’orgue, en font l’un des maîtres les plus complets et inspirés du XXe siècle autrichien.

s’est pris de passion pour sa Symphonie n° 2 (1913) que le regretté critique Paul-Gilbert Langevin qualifiait de monument le plus éblouissant de la symphonie viennoise après Mahler. C’est d’ailleurs la mort de Mahler, maestro ombrageux et mécontent qu’un musicien de son orchestre compose et ait du succès, qui libéra le formidable élan créateur d’où jaillit cette symphonie. Un orchestre énorme et divisé à l’extrême (les musiciens viennois qui adorent et défendent Schmidt contre vents et marées reconnaissent la terrible difficulté d’exécution de cette musique) est au service d’une richesse d’inspiration illimitée. De moins de cinquante minutes, la symphonie s’ouvre par un allegro orageux et straussien, digne de la Heldenleben par son climat héroïque, avant un génial cycle de variations qui fait office de mouvement lent et de scherzo. Les premières sonnent comme un hommage à Brahms avant une somptueuse variation à la hongroise (Schmidt était natif de Bratislava, à la frontière de l’Autriche, de la Hongrie et de la Slovaquie) puis un scherzo associant une tension brucknérienne et un trio d’une intensité digne du dernier Schubert. Après ce mouvement proprement génial, le puissant finale débouche sur un choral lui aussi brucknérien mais dont la superposition avec le retour de la variation hongroise n’appartient bien qu’à Schmidt. Dans la discographie trop pauvre de cette page magistrale, deux gravures viennoises demeuraient la référence : Mitropoulos en 1958 puis Leinsdorf en 1983. La nouvelle venue possède une qualité sonore supérieure, tandis que les Viennois demeurent sans rivaux dans ce style très particulier. Bychkov les guide avec un véritable amour pour la partition (même si nous gardons une légère préférence pour Leinsdorf), audible au point de rendre ce CD indispensable à tous les amoureux de l’orchestre. Le bref complément tiré d’Intermezzo de Strauss est certes ravissant, mais on aurait préféré une autre grande page de Schmidt (les exubérantes variations sur un thème hussard ou la monumentale chaconne, deux autres chefs d’œuvre trop peu enregistrés). Faible réserve devant ce superbe enregistrement, dont la belle pochette s’orne avec à propos des rinceaux du pavillon de la Sécession.

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  • Michel LONCIN

    « Mahler, maestro ombrageux et mécontent qu’un musicien de son orchestre compose et ait du succès » … ? Il ne faut tout de même pas oublier (voir ce qu’en dit Henry-Louis de la Grange dans sa monumentale biographie de Gustav Mahler) que Franz Schmidt, violoncelliste au Wiener Philharmoniker, lui-même jaloux du compositeur Mahler (antisémitisme ?), était un des principaux « meneurs » de la « Fronde » anti Mahler à l’orchestre !!!

    Quoiqu’il en soit, effectivement, ainsi que l’a écrit Paul-Gilbert Langevin (le SEUL français, après Jean Gallois – et c’est particulièrement SCANDALEUX ! – à avoir consacré ses travaux à Anton Bruckner !), Franz Schmidt est le « dernier » symphoniste autrichien de l’époque post romantique … A tel point que Langevin n’hésite pas à parler de « Seconde Ecole viennoise » qui serait composée de Bruckner, Mahler, Wolf et Schmidt …, la triade Schönberg-Berg-Webern constituant dès lors une « Troisième Ecole de Vienne » …

    • Martin Antoine

      Oui mais Franz Schmidt n’est pas que le vieux barbon envisagé par votre commentaire :
      – créateur avec le quatuor Rosé de la nuit transfigurée de Schoenberg et c’est quant même une preuve de son ouverture d’esprit
      – effectivement musicien passionnant et sa 4 ème symphonie est un immense chef d’œuvre composé à la mémoire de sa fille ; les variations du mouvement lent sont au niveau du meilleur Mahler . Choisir Mehta/ Wiener/ Decca couplé avec la célèbre II de Mahler enregistrée par le jeune Mehta .
      Quant à la II de Schmidt interessant enregistrement de N Jarvi avec le Chicago SO chez Chandos même si Leinsdorf , viennois d’origine, nous donne un Schmidt plus acéré mais disponible dans un magnifique coffret Andante regroupant des enregistrements de concert des Wiener Philharmoniker dans des œuvres du XX ème siècle !

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