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Les adieux à la scène de Marie-Agnès Gillot dans Orphée et Eurydice

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Paris. Palais Garnier. 31-III-2018. Christoph Willibald Gluck: Orphée et Eurydice, opéra dansé en quatre tableaux en langue allemande. Chorégraphie et mise en scène : Pina Bausch. Décors, costumes et lumières: Rolf Borzik. Avec : Marie-Agnès Gillot/Yun Jung Choi, Eurydice; Stéphane Bullion/ Maria Riccarda Wesseling, Orphée; Muriel Zusperreguy/ Chiara Skerath, Amour; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Balthasar-Neumann-Ensemble, direction : Thomas Hengelbrock.

Orphée
C’est une génération qui s’éteint avec le départ à la retraite de l’Opéra National de Paris de . Étoile emblématique de l’ère Lefèvre, elle aura été une des seules Étoiles incontestées et incontestables de ces deux dernières décennies sur la scène de la danse française.

C’est tout naturellement que le choix de l’œuvre pour signifier la fin de sa carrière dans cette institution s’est porté sur l’Orphée et Eurydice de . Elle l’a dansé à maintes reprises en 2012 et en 2014, en a été l’héroïne sur le DVD de l’Opéra et elle parle comme personne le langage de la chorégraphe allemande. Enfin, le mythe d’Eurydice fournit dans cette pièce le support d’un contraste saisissant entre le classicisme gluckien et l’explosion pulsionnelle de . Illustrant une mort qui n’en finit pas d’arriver, la métaphore avec une carrière glorieuse d’une grande artiste telle que Mlle Gillot est toute trouvée, car il est évident que, ne dansant plus à l’Opéra, elle trouvera des moyens d’expression sur d’autres scènes, d’autres lieux. Elle a toujours clamé, avec la grande pudeur et une certaine timidité qui la caractérisent derrière sa gouaille de premier abord, que la danse était le seul moyen qui pouvait canaliser sa sentimentalité exacerbée et que toutes les formes d’utilisation du corps dans l’espace étaient intéressantes pour explorer son rapport à autrui et au monde.

Elle magnifie donc ce rôle où les costumes laissent apparaître un corps incroyablement travaillé, sculpté dans la glaise qui doit assurément dépasser la douleur pour se mouvoir. A la fois soliste et œuvrant autour d’un corps de ballet sans cesse sur scène à la manière du chœur dans le théâtre grec antique, est reine du Palais pour une soirée encore où défilent dans l’esprit tous les rôles qu’elle a fait siens, dans la respiration naturelle de ses mouvements (alors que le style de Pina Bausch est tant et tant réfléchi) et rendant la profondeur finalement très moderne de cette femme qui s’évanouit dans les Enfers pour l’éternité.

L’émotion ne pouvait qu’empêcher d’être absolument attentif à qui a déjà beaucoup accompagné la danseuse. Son corps de marbre évolue avec son habituelle sécheresse et sa virilité contenue : une très belle prestation mais forcément en-deçà de l’évocation dramatique de son Eurydice. Dévolue aux rôles souriants et pétillants, contient en elle tous les jeux rieurs apportés par Amour.

L’absence de renouvellement des distributions au gré des saisons n’est néanmoins pas sans poser la question de la transmission à l’avenir de cette oeuvre offerte à l’Opéra de Paris par Pina Bausch.

Cette soirée d’Adieux ne pouvait se clore sans les danseurs et les personnes d’importance pour l’artiste (son fils, son chien, ses amis proches) venus saluer la carrière de Mlle Gillot sur scène, et tel un kaléidoscope, offrir un panorama de sa vie sur scène. Cet hommage dura fort longtemps, pour mieux la garder sur scène, pour retenir encore le temps qui amènera son absence et le vide qu’il occasionne, telle une Eurydice dont on aurait voulu surmonter plus que les Enfers encore pour la ramener une dernière fois irradier, incandescente, la scène qui l’a vu naître.

Crédit photographique : Marie-Agnès Gillot © Laurent Philippe/Opéra National de Paris

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Paris. Palais Garnier. 31-III-2018. Christoph Willibald Gluck: Orphée et Eurydice, opéra dansé en quatre tableaux en langue allemande. Chorégraphie et mise en scène : Pina Bausch. Décors, costumes et lumières: Rolf Borzik. Avec : Marie-Agnès Gillot/Yun Jung Choi, Eurydice; Stéphane Bullion/ Maria Riccarda Wesseling, Orphée; Muriel Zusperreguy/ Chiara Skerath, Amour; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Balthasar-Neumann-Ensemble, direction : Thomas Hengelbrock.

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