La Belle Hélène un peu trop sage de Nancy

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 14-XII-2018. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Belle Hélène, opéra-bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Bruno Ravella. Décors : Giles Cadle. Costumes : Gabrielle Dalton. Lumières : Malcolm Rippeth. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Avec : Mireille Lebel, Hélène ; Philippe Talbot, Pâris ; Éric Huchet, Ménélas ; Franck Leguérinel, Agamemnon ; Boris Grappe, Calchas ; Yete Queiroz, Oreste ; Raphaël Brémard, Achille ; Christophe Poncet de Solages, Ajax I ; Virgile Frannais, Ajax II ; Sarah Defrise, Bacchis ; Elisabeth Gillming, Léœna ; Léonie Renaud, Parthœnis ; Benjamin Colin, Philocome. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Laurent Campellone

La Belle Hélène©C2images pour Opéra national de Lorraine (7bis)Après Barkouf à Strasbourg, l’Opéra national de Lorraine propose à son tour son spectacle de fin d’année, tout en inaugurant l’année du bicentenaire de la naissance d’Offenbach, avec la bien plus classique Belle Hélène

Avec Werther à Nancy en mai dernier, le metteur en scène a montré son affinité avec l’âme romantique et su faire naître sur scène l’émotion et la vérité des sentiments. Lui proposer pour les fêtes de fin d’année d’aborder l’univers si éloigné d’Offenbach et de l’opéra-bouffe n’est pas frappé du sceau de l’évidence. En déplaçant l’action de la Grèce antique à un pays d’Amérique latine sous dictature militaire (dans les décors avenants et variés de Giles Cadle), en faisant de Pâris un agent secret chargé durant l’ouverture d’aller y séduire la femme du président afin de déclencher un conflit, se montre conforme à la parodie et à la critique de l’actualité voulues par Offenbach et ses librettistes. Dans cet univers de bande dessinée digne de James Bond, auquel ne manquent ni les smokings, ni les lunettes fumées, ni même les gadgets élaborés par Q, on s’étonne tout de même de trouver des temples dédiés aux dieux grecs et des uniformes du XIXe siècle pour les caciques du régime.

Mais de l’anachronisme peut naître le comique. Ce n’est pas tout à fait le cas dans ce spectacle où l’on sourit souvent mais où l’on rit peu, en dépit d’une direction d’acteurs bien réglée, de dialogues actualisés aux nombreux jeux de mots et clins d’œil, des chorégraphies classiques mais peu « déjantées » de Philippe Giraudeau. Et on s’ennuie ferme durant la trop longue scène du jeu de l’oie aux allures de jeu télévisuel. Au moins, aura su éviter la plaisanterie grivoise et la surenchère de gags plus ou moins réussis.

On ne saurait non plus tenir rigueur de ce manque de fièvre à la distribution soigneusement choisie et parfaitement impliquée. Pour les deux interprètes principaux, il s’agit d’une prise de rôle. Magnifiée par les tenues élégantes de Gabrielle Dalton qui évoquent parfois Grace Kelly ou tout autre star hollywoodienne voire Céline Dion à la toute fin, est une Hélène très convaincante à l’investissement dramatique constant et au timbre chaud et profond mais qui manque toutefois de projection. Même s’il s’oblige à alléger pour ne pas couvrir sa partenaire dans leurs duos, n’a pas cette difficulté en Pâris charmeur et il y fait valoir à la fois son aisance scénique et une technique vocale accomplie, aigus en voix mixte compris. Le rôle est cependant un peu grave pour lui.

Le reste de la distribution est plus rompu au style requis par la musique d’Offenbach, qu’ils ont souvent chantée. Sonore et clair de diction, y compris dans les dialogues, marque de son empreinte le rôle de Calchas par sa forte présence et ses dons comiques. use de sa haute stature et d’un calibre vocal conséquent pour incarner pleinement ce grand benêt de Ménélas. Après avoir été longtemps un Calchas drôlissime, en vient au rôle vocalement moins exigeant d’Agamemnon où ses talents burlesques inaltérés font toujours merveille. Moins avancée dans la carrière, apporte à Oreste son séduisant timbre de mezzo-soprano. Le reste de la distribution ne souffre aucun reproche même si demeure l’impression persistante qu’ils font tous parfaitement leur métier sans se laisser pleinement gagner par la fantaisie du texte et de la musique.

De l’énergie, à la direction en possède à revendre. Sa baguette alerte à la gestuelle marquée, ses tempos très vifs (occasionnant du coup quelques décalages), son attention permanente au plateau tentent d’insuffler un supplément de dynamisme. L’Orchestre symphonique et lyrique y répond de manière inconstante, souffrant à certains moments de chutes de tension, de cordes trop grêles et de bois trop pesants. Toujours très impliqué en revanche, le se laisse parfois emporter dans des tutti saturés, chez les sopranos particulièrement.

Crédit photographique : (Hélène), (Pâris) © C2images pour Opéra national de Lorraine

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  • Xavier Bernoncourt

    Sympathique production mais on n’est effectivement pas au niveau d’un Laurent Pelly…!
    L’Opéra de Lorraine reste malgré tout une maison hautement recommandable, c’est ce que me confirme tout le monde autour de moi !

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