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À Turin, la musique et les mots seuls ne font pas La Traviata

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Turin. Teatro Regio. 16-XII-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francisco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène et lumières : Henning Brockhaus. Décors : Josef Svoboda. Costumes : Giancarlo Godis. Chorégraphie : Valentina Escobar. Avec : Maria Grazia Schiavo, Violetta ; Dmytro Popov, Alfredo ; Giovanni Meoni, Giorgio Germont ; Elena Traversi, Flora Bervoix ; Ashley Milanese, Annina ; Paolo Maria Orecchia, Le Baron Douphol ; Dario Giorgelè, Le Marquis d’Obigny ; Mattia Denti, Le Docteur Grenvil ; Alejandro Escobar, Giuseppe ; Giuseppe Capoferri, Le commissionnaire ; Marco Sportelli, Un domestico. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Andrea Secchi), direction : Donato Renzetti

Traviata.01Depuis le départ de Gianandrea Noseda de la direction musicale du Teatro Regio de Turin, les démissions du directeur artistique Gaston Fournier-Facio et du directeur général Walter Vergnano, le nouveau directeur artistique Alessandro Galoppini – alors qu’aucun directeur musical n’a encore été choisi – s’est attelé à une programmation d’urgence de la saison 2018-2019 en favorisant les reprises et les coproductions. C’est le cas de La Traviata de coproduite avec l’Arena Sferisterio de Macerata.

Dans une salle noire, le rideau se lève. Lentement. Très lentement. C’est à mi-chemin de cette traînarde découverte que s’élèvent enfin les premiers accents de l’ouverture. On discerne alors le dispositif scénique fait d’un miroir reflétant le décor () peint sur de larges tapis de sol. Si l’effet assez saisissant d’un espace immense convient parfaitement aux scènes de la réception chez Violetta ou chez Flora, il est moins adéquat pour des scènes plus intimes. Non tant par l’absence de nombreux personnages sur la scène mais parce que la mise en scène et les protagonistes peinent à imposer leur présence.

Avec La Traviata, on touche à l’essence même de l’humain. L’amour, la mort. Le drame de Violetta Valéry s’énonce donc au-delà de notes bien chantées et de mots bien articulés. Malheureusement cette humanité fait défaut dans la direction d’acteurs de , au détriment de l’émotion profonde qu’on ressent devant le drame. À trop vouloir en faire, le metteur en scène allemand parasite l’essence de l’ouvrage. Et la première à en pâtir est la protagoniste du rôle-titre. Ainsi, dans le premier acte, l’intensité amoureuse du duo Alfredo-Violetta est-elle perturbée par de lascifs et inutiles danseurs tournant autour des deux amants ; au même titre qu’on casse l’esprit de l’œuvre du compositeur en montrant les accessoiristes repliant interminablement des éléments de décors – puisque c’est semble-t-il devenu la mode de montrer ceux qui actent en coulisses quand bien même ils ne font pas partie de l’intrigue.

Accomplies avec brio ses écoles techniques dans le répertoire baroque, la soprano (Violetta) s’est logiquement dirigée vers les héroïnes lyriques. Ainsi, après les opéras de Donizetti et de Bellini, la soprano napolitaine aborde les rôles verdiens parmi lesquels La Traviata dont elle porte la voix sur les scènes italiennes depuis bientôt trois ans. Dotée d’une excellente technique vocale, elle se joue fièrement des écueils de la partition. Si dans son « Follie, follie… » du premier acte on admire sa capacité d’émettre les vocalises avec une belle nonchalance, si sa puissance fait merveille dans son « Amami Alfredo… » du deuxième acte, ces indéniables qualités vocales ne suffisent pas au personnage de Violetta. Comme si elle n’avait pas reçu les clés théâtrales de ce rôle, ne parvient pas à transmettre ni les enjeux sociétaux, ni les terribles difficultés de son amour bafoué et détruit.

À ses côtés, le ténor (Alfredo), d’abord réservé, s’affirme dès le deuxième acte où, dans le costume d’un jeune bourgeois, il exulte son amour pour Violetta en offrant un lumineux « De miei bollenti spiriti. » Certes, l’école russe du chant lui confère une projection vocale bien particulière, souvent peu adaptée aux canons de l’opéra italien. Toutefois, le style du ténor ukrainien nous est apparu en net progrès par rapport à sa prestation de La Bohème à Genève en 2016.

Traviata.02Déjà remarqué à Nancy dans Un Ballo in maschera, Otello, Macbeth et Nabucco, l’excellence de la prestation de (Giorgio Germont) nous plonge dans la tradition des grands barytons verdiens. Avec une voix d’une autorité désarmante, une ligne de chant impeccable, il campe un patriarche distant et froid de la plus belle espèce. Superbe dans les scènes avec l’héroïne, catalyseur de l’ambiance, il offre le plus émouvant moment de la soirée avec un « Di Provenza il mare… » chargé de nuances, de silences comptés donnant à cette tirade un poids émotionnel et artistique peu commun trouvant son apogée dans la rare cabalette « No, non udrai rimproveri… »

Des autres protagonistes, on note la belle voix de basse de (Il dottore Grenvil). Comme à son habitude, le Chœur du Teatro Regio impressionne. On n’en dira pas autant de la direction musicale du chef italien qui s’est révélée bien timide et contenue, même si précise, loin des explosions qu’offrait Gianandrea Noseda à ce même pupitre.

Crédits photographiques : Edoardo Pivo © Teatro Regio Torino

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Turin. Teatro Regio. 16-XII-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francisco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène et lumières : Henning Brockhaus. Décors : Josef Svoboda. Costumes : Giancarlo Godis. Chorégraphie : Valentina Escobar. Avec : Maria Grazia Schiavo, Violetta ; Dmytro Popov, Alfredo ; Giovanni Meoni, Giorgio Germont ; Elena Traversi, Flora Bervoix ; Ashley Milanese, Annina ; Paolo Maria Orecchia, Le Baron Douphol ; Dario Giorgelè, Le Marquis d’Obigny ; Mattia Denti, Le Docteur Grenvil ; Alejandro Escobar, Giuseppe ; Giuseppe Capoferri, Le commissionnaire ; Marco Sportelli, Un domestico. Chœur et orchestre du Teatro Regio (chef de chœur : Andrea Secchi), direction : Donato Renzetti

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