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La Vérité vivaldienne à l’épreuve de la famille à Schwetzingen

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Schwetzingen. Rokokotheater. 27-XII-2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : La verità in cimento, Dramma per musica sur un livret de Giovanni Palazzi. Mise en scène : Yona Kim ; décors : Jan Freese ; costumes : Falk Bauer. Avec : David DQ Lee (Melindo) ; Philipp Mathmann (Zelim) ; Francisco Fernández-Rueda (Mamud) ; Francesca Lombardi Mazzulli (Rosane) ; Franziska Gottwald (Damira) ; Shahar Lavi (Rustena). Philharmonisches Orchester Heidelberg ; direction : Davide Perniceni

LA_VERITA_OHP_O_7804_SBUne équipe musicale solide et une mise en scène agréable et efficace servent une oeuvre qui aurait bien mérité d’être jouée sans coupures.

Année après année, le théâtre de Heidelberg propose à son public une expédition hivernale au théâtre rococo du château voisin de Schwetzingen, le petit Versailles des électeurs palatins. Après une longue période consacrée aux opéras napolitains, c’est cette année Vivaldi qui est à l’honneur : il faut regretter que cette efficace comédie cruelle qu’est La verità in cimento ait été amputée d’une demi-heure, mais même ainsi l’œuvre trouve le temps de prouver son efficacité dramatique, à rebours des clichés qui ont longtemps été attachés au théâtre lyrique de Vivaldi.

Le décor simple et efficace de Jan Freese, riche de possibilités théâtrales, est le premier atout de la soirée, et la metteuse en scène l’utilise habilement pour donner de la profondeur à l’histoire de famille dysfonctionnelle que propose le livret. Un père, deux fils, deux mères, et le jeu complexe de chaque personnage pour trouver sa place dans sa sphère intime et dans les jeux de pouvoir du monde : c’est à la fois un argument rebattu du théâtre baroque et un sujet brûlant, et on aurait bien tort de renvoyer un opéra comme celui-là à une sorte de folklore décoratif. Une des grandes qualités du travail de – malgré les coupures – est sa capacité à donner un sens théâtral aux particularités musicales du genre, ces longs airs à da capo que des metteurs en scène moins ambitieux rendent si ennuyeux. On pourrait aller plus loin dans la caractérisation des personnages, mais cette vie théâtrale, du moins, rend les enjeux clairs et la narration fluide.

La sécheresse de l’acoustique du théâtre de Schwetzingen est toujours une surprise aux premières notes de musique ; une fois l’oreille adaptée à ces conditions particulières, il faut reconnaître au chef un sens dramatique et une ambition louable de donner à cette musique toutes ses couleurs. Son orchestre, qui est celui du théâtre de Heidelberg, n’est naturellement ni spécialisé dans ce répertoire, ni adepte des instruments anciens, mais le résultat n’en est pas moins convaincant.

Dans la distribution, ce sont d’abord les deux contre-ténors qui attirent l’attention : est plus angélique, plus soucieux de pureté instrumentale, avec un grand succès auprès du public ; , lui, a une approche plus nettement dramatique, avec des passages fréquents en voix de poitrine qui peuvent à l’occasion laisser perplexe, mais l’ensemble est personnel et vivant. Leurs mères, avouons-le, sont un peu moins nettement dessinées, ce qui est surtout dommage pour le rôle central de Damira, mais leur père, , est sans doute le plus à l’aise face à la virtuosité vivaldienne tout en composant un personnage ambigu et émouvant.

Crédit photographique : © Sebastian Bühler

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Schwetzingen. Rokokotheater. 27-XII-2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : La verità in cimento, Dramma per musica sur un livret de Giovanni Palazzi. Mise en scène : Yona Kim ; décors : Jan Freese ; costumes : Falk Bauer. Avec : David DQ Lee (Melindo) ; Philipp Mathmann (Zelim) ; Francisco Fernández-Rueda (Mamud) ; Francesca Lombardi Mazzulli (Rosane) ; Franziska Gottwald (Damira) ; Shahar Lavi (Rustena). Philharmonisches Orchester Heidelberg ; direction : Davide Perniceni

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